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Perspectives internationales sur la participation politique des femmes
Quatre femmes engagées parlent des progrès et des obstacles

Afghan voter education
Une Afghane participe à un programme d'information électorale.
Afghan student
La promotion de la participation politique des femmes est un élément important de la politique étrangère des Etats-Unis. Les pouvoirs publics de ce pays, ainsi que des femmes de par le monde entier, travaillent à favoriser la pleine participation des femmes à la vie politique et sociale grâce à des programmes qui appuient l'enseignement pour ces dernières, le renforcement de leurs capacités de direction et leur représentation au sein des gouvernements locaux et nationaux.

Dans le document ci-après, quatre femmes qui cherchent à promouvoir la participation politique de leurs semblables parlent des progrès et des obstacles sur la voie de leur pleine implication dans la prise de décisions d'ordre politique.

Pourquoi faut-il que les femmes soient parties prenantes au processus de prise de décisions politiques ?

Mme Ferris - Les femmes sont des politiciennes nées parce qu'elles s'occupent de la santé et du bien-être de la famille. Elles traitent avec la belle-famille. Elles sont politiciennes toute la journée, chaque jour, au sein de la famille et de la collectivité.

Du fait que les femmes tiennent des rôles dans la société distincts de ceux des hommes, elles considèrent les problèmes sous une perspective différente et, face au même problème, elles arrivent à la solution de manières différentes. Les femmes tendent à favoriser la collaboration, à travailler en équipe et à tendre l'autre joue.

Aucune femme n'a appris à son enfant à résoudre un problème à l'aide d'un poignard ou d'un pistolet. Ainsi, les aptitudes et les talents qu'elles apportent à un poste de direction sont extrêmement différents de ce qu'y apportent les hommes. Pour moi, c'est là un atout puissant parce que la prise de décisions devient le fruit de la collaboration et de la recherche de solutions.

Mme Bwomezi - Dans certaines parties du monde, comme en Afrique, les femmes, il n'y a pas si longtemps, participaient à la prise des décisions, qu'elles fussent épouse de chef ou mère de famille. Avec la structure formelle apportée par le colonialisme, les femmes ont eu besoin d'un certain niveau de connaissances pour pouvoir s'intéresser à la prise de décisions politiques aux plans local et national.

Les femmes ont donc commencé à perdre du terrain en raison de leur illettrisme et sont restées à la maison pour allaiter leurs enfants et ramasser du bois de feu. Petit à petit l'élite s'est remplie d'hommes. La société se compose pour moitié d'hommes et de femmes mais les femmes sont devenues les victimes des règles créées par les hommes.

Naturellement, les femmes ont voulu reconquérir ce terrain. Elles ont donc commencé à réaliser certaines percées et cette tendance se poursuivra. Mais sans les connaissances nécessaires, elles restent à l'arrière-plan. C'est pourquoi un effort concerté s'impose pour assurer aux femmes les connaissances qui leur permettront de négocier au sein de ces nouvelles structures où les hommes prédominaient avant le retour des femmes sur la scène et qui exigent un certain niveau de connaissances.

Je ne pense pas que le progrès soit possible si on ne fait pas revenir les femmes. La démocratie implique la participation. Si 50 % de la population mondiale n'est pas engagée à tous les niveaux, peut-on prétendre qu'il existe une démocratie où que ce soit dans le monde ?

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Qaderia Ibrahim prononce un discours électoral dans un jardin public de Kaboul.(©AP/WWP)
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Mme Mbow - Les femmes ont plus de responsabilités et elles ont de nombreux rôles à jouer au sein de leur société, aussi importe-t-il qu'elles soient actives dans l'arène politique. A mon avis, la présence de femmes peut provoquer des changements dans divers domaines, par exemple la promotion de la paix. Nous avons surtout besoin de paix en Afrique et je pense que les femmes cherchent à favoriser la paix et s'intéressent particulièrement aux choses essentielles de la vie quotidienne.

La corruption en Afrique est l'un des principaux obstacles au développement. Je ne dis pas que les femmes ne soient jamais impliquées dans la corruption, mais je crois qu'elles le sont plus rarement.

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Une Sénégalaise supervise un centre d'appels téléphoniques à Dakar. (©AP/WWP)
Senegalese woman
Si nous observons la dynamique des femmes dans le développement à l'heure actuelle, je suis certaine que si nous impliquons davantage les femmes dans la politique, elles mettront plus l'accent sur les intérêts de la société.

Mme Gross - Ce qui me dérange, c'est que l'on pose même la question de savoir s'il faut que les femmes participent à la politique. Nous avons dépassé ce stade. Il le faut parce que c'est une question d'égalité et de justice. Pourquoi les femmes ne devraient-elles pas être les égales des hommes ?

Nous avons atteint un stade de développement où les hommes seuls ne suffisent plus à la tâche. Il y a trois cents ans, personne ne possédait de machine à laver, de radio ou de télévision. Il n'y avait pas de voitures, pas de téléphone, et le niveau de scolarisation était très faible. Selon la division du travail, la femme restait au foyer pour s'occuper du ménage pendant que l'homme sortait travailler. Mais le monde extérieur actuel a rendu le monde intérieur des ménages extrêmement compliqué et l'homme ne peut plus le gérer à lui seul. Il est très important que les hommes reconnaissent ce fait.

Et les femmes sont douées de beaucoup de créativité. Au XXIe siècle, notre monde a tant de problèmes. Il est bon que l'humanité appelle les femmes à devenir des partenaires à égalité avec les hommes, partout sur notre planète.

L'une des raisons les plus importantes de cette égale participation des femmes à la société est l'idée de civisme et de responsabilité civique. Nous ne pouvons avoir un Etat faisant deux poids, deux mesures : les hommes d'un côté et les femmes de l'autre.

Quelles sont les étapes les plus importantes que les femmes ont besoin de franchir dans chacun de vos pays pour s'impliquer davantage dans le processus politique ?

Mme Gross - L'alphabétisation est la clé de voûte de la paix, de la sécurité et de la démocratie en Afghanistan. Comment l'Etat peut-il bien fonctionner lorsque 85 % de la population ne sait ni lire ni écrire ? Comment l'Etat peut-il communiquer avec le peuple ?

La participation des citoyens est à la base de la démocratie, mais elle ne peut se réaliser que si les citoyens sont lettrés. Tous, les hommes comme les femmes, doivent comprendre les lois de la nation. On ne peut avoir de participation des citoyens sans l'Etat de droit si on ne comprend pas la charpente juridique qui établit les frontières du possible. Nous devons enseigner le droit constitutionnel et les autres lois à notre population.

Mme Mbow - Même les gens instruits vivent dans des conditions qui les empêchent d'employer leur savoir à cause de leur profonde pauvreté. Ils n'ont pas d'emploi, ou n'ont pas la possibilité d'améliorer leur situation.

Le renforcement de la classe moyenne est important pour la démocratie car un Etat démocratique ne fonctionne pas bien si la classe moyenne s'appauvrit ou si elle n'est pas en mesure de participer à la vie politique du pays.

Mme Bwomezi - Nous devons travailler à stimuler l'élément « demande » de la participation des femmes aux affaires publiques. Les personnes qui auront des résultats sont les personnes engagées et non les politiciens. Les politiciens ne cherchent guère à instruire les électeurs, ils ne veulent pas d'électeurs instruits car ceux-ci les feraient perdre aux urnes.

Au sein de notre « Partenariat pour l'instruction des femmes », nous appliquons un principe pratique : aller au-devant de la population, diriger des ateliers propres à faire ressortir les qualités et les connaissances qui pousseront les femmes à exiger ce dont elles ont besoin. Une Constitution est une chose merveilleuse, mais il n'y a pas assez de femmes qui font les réclamations nécessaires.

Quels sont, selon vous, les principaux problèmes auxquels les femmes ont à faire face dans votre pays ?

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Une jeune Afghane assiste à un cours à Surkh Abat.(©AP/WWP)
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Mme Gross - En Afghanistan, il nous faut en fait réaliser un sondage pour savoir quels sont les principaux problèmes, les classer par ordre de priorité pour pouvoir dire quels sont les cinq principaux, et faire de ces cinq le point de départ de notre action. C'est très important.

Dans l'immédiat, il faudrait qu'une femme siège à la Cour suprême. Il est nécessaire que le président Karzaï nomme des femmes et que le Parlement les confirme. Nous avons beaucoup de femmes juges tout à fait compétentes.

Mme Mbow - Ce qui affecte le plus les femmes en milieu rural mais aussi dans les villes, en particulier dans les banlieues, c'est la pauvreté. Certes, la santé est un sujet extrêmement important, mais en Afrique la lutte contre la pauvreté est prioritaire.

Il nous faut des ressources pour promouvoir la création d'entreprises capables de fournir aux femmes les moyens de lutter contre la pauvreté. La pauvreté est liée aussi à l'analphabétisme.

Mme Bwomezi - En Ouganda, la paix et la sécurité priment. Dans un pays déchiré par la guerre civile, les Ougandaises doivent pouvoir se lever le matin vivantes pour se rendre dans leur potager et trouver de quoi préparer un repas.

La pauvreté vient ensuite, suivie de l'éducation bien sûr, l'alphabétisation. Une fois posés les fondements en Ouganda, toute mesure, qu'elle appartienne au domaine de la santé, de l'éducation ou de la lutte contre la pauvreté, doit adopter une approche qui tienne compte des femmes.


La discrimination positive ne peut être superficielle. Il ne sert à rien d'accroître la scolarisation des filles si ensuite elles ne trouvent pas d'emploi.


Date de rédaction: Jeudi 2 mars 2006   Mise à jour: Jeudi 2 mars 2006



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