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Actualités de Washington
  

Une vie nouvelle attend un jeune Soudanais aux États-Unis

Il raconte toute l'horreur d'une attaque de son village

Daid Dak, Soudanais réfugié aux États-Unis
David Dak. (Photo offerte par David Dak et par l'ACDA)

Par Jim Fisher-Thompson and Al Murphy
Rédacteurs du « Washington File »

Washington - David Dak se souvient très bien de l'attaque de son village au sud du Soudan : la terreur ressentie lorsqu'il fut réveillé en sursaut au milieu de la nuit et les cris faisant écho aux coups de feu qui le poussèrent à s'enfuir dans les fourrés, où il se retrouva séparé à tout jamais de ses père et mère.

Le 19 août, à l'occasion d'une interview accordée à Al Murphy, un responsable des programmes de conférenciers au département d'État, il s'est souvenu de cette nuit terrible. « Avant la guerre, la paix régnait, nous avions du bétail, nous allions à l'école, et nous avions de la nourriture », raconte-t-il, tandis qu'après l'attaque de son village, « nous n'avions plus de parents, plus de maison, plus d'eau, plus de nourriture, plus de couvertures, plus de chaussures ».

Après de longues nuits cauchemardesques et des marches interminables, il finit par atteindre un camp de réfugiés en Éthiopie. Par la suite, il eut la possibilité d'émigrer aux États-Unis et de repartir du bon pied.

Des milliers d'autres jeunes eurent moins de chance, raconte-t-il, et furent les victimes de la faim, de la soif, ou d'attaques par des lions, des hyènes ou des léopards. (Les Nations unies estiment que le conflit soudanais a déjà fait quelque deux millions de morts au Soudan, dont un grand nombre ont été les victimes de raids par les milices appuyés par des hélicoptères de combat qui faisaient du rase-mottes sur le village pour effrayer la population et la faire fuir.)

David et ses amis sont des victimes de la guerre civile qui, depuis 1983, oppose le nord du Soudan, dont les habitants sont en majorité arabes et musulmans, au sud du pays habité surtout par des Noirs de religion chrétienne.

Au camp de réfugiés, à proximité de Pinyudo, David se retrouva avec d'autres « garçons perdus », des jeunes qui, comme lui, avaient perdu leurs parents et qui n'avaient plus personne pour s'occuper d'eux.

Il chercha à rentrer au Soudan avec d'autres garçons, mais ils furent de nouveau obligés de partir. Cette fois-ci, ils se réinstallèrent dans un vaste camp de réfugiés à Kakuma, dans le nord du Kenya.

En 2001, les États-Unis sont intervenus et, avec l'aide d'organisations locales, ils ont aidé environ 3.600 jeunes Soudanais à se réinstaller sur leur territoire, dans des villes diverses telles qu'Omaha (Nebraska), Houston (Texas) et Boulder (Colorado). Nombreux, parmi ces jeunes, sont ceux qui, aujourd'hui, font des études universitaires, un destin auquel ils n'auraient pu s'attendre dans leur pays d'origine déchiré par la guerre.

Arrivant aujourd'hui à la trentaine, David Gak fait des études d'auxiliaire médical à l'université de l'État de Pennsylvanie. Évoquant sa vie dans son nouveau pays et ses espoirs pour l'avenir, il explique : « La vie est meilleure aux États-Unis, mais c'est compliqué. C'est difficile de financer son éducation et beaucoup de gens comme moi ne peuvent obtenir d'assurance médicale. Mais le plus dur est derrière nous. »

Les défis ne manquent pas aux États-Unis, mais souligne-t-il, « il existe de belles opportunités », et en sa qualité de survivant, il ajoute : « J'ai l'habitude de saisir les chances qui me sont offertes, et l'Amérique est la terre des possibilités ».

Pour ce qui est de son pays d'origine, il place de grands espoirs dans l'Accord général de paix, qu'ont signé le gouvernement du Soudan et le Mouvement de libération du peuple du Soudan en janvier (MLPS). Le 9 juillet, les membres d'un gouvernement d'unité nationale prêtèrent serment, un événement gâché trois semaines plus tard par la mort inopportune de John Garang, le chef du MLPS, dans un accident d'hélicoptère.

De l'avis de David Gak, le sud du Soudan a besoin d'une aide immédiate pour compenser les années pendant lesquelles le gouvernement n'a fait aucun cas de la région pour ensuite s'y attaquer. « Des maladies prévisibles ont tué 95.000 enfants de moins de cinq ans l'année dernière (2004) », a-t-il expliqué, précisant que de nombreuses menaces entravent le bon développement des enfants dans le sud du Soudan, dont le nombre représente plus de la moitié de la population.

Pour sa part, il s'efforce, avec d'autres « garçons perdus » d'imiter le modèle américain en matière de mobilisation des gens en appui aux organismes caritatifs. « Nous avons créé l'Ayual Community Development Association (ACDA). Ce que nous avons subi nous fait penser à nos pères, mères, frères et sœurs qui souffrent et qui n'ont aucune aide. Nous voulons leur apporter davantage de soutien, maintenant que nos difficultés sont derrière nous et que nous avons bon espoir. »

À ce jour, l'ACDA a collecté des fonds aux États-Unis pour créer une bibliothèque dans le camp de réfugiés de Kakuma et pour acheter des livres pour les élèves. L'organisation a aussi donné des fonds pour l'établissement d'une école dans le sud du Soudan.

Depuis 1989, le gouvernement des États-Unis a fait don de plus d'un milliard de dollars d'aide humanitaire au Soudan, principalement par le truchement de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Le total de l'aide humanitaire au Soudan s'est élevée à 461.199.888 dollars pour les douze derniers mois. Cette aide comprend la fourniture d'une aide alimentaire d'urgence et d'abris au Darfour ainsi que le financement de projets d'assainissement de l'eau et de projets ayant trait à la sécurité alimentaire dans le nord du Soudan et la région septentrionale du Nil.


Date de rédaction: 29 août 2005 Mise à jour: 29 août 2005

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