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Actualités de Washington
  

Le département d'Etat organise une conférence sur la traite des femmes

Des représentants de 110 pays participeront à cette conférence du 23 au 26 février.

Par Charlene Porter
Rédactrice du "Washington File"

Washington - Le département d'Etat des Etats-Unis s'est joint à un groupe d'organisations non gouvernementales pour organiser du 23 au 26 février une conférence portant sur les moyens de mettre un terme à la traite des femmes. Intitulée "Stratégies innovantes dans la lutte mondiale contre la traite des femmes", la conférence se tiendra à Washington à la demande du Congrès, ce qui montre, selon ses organisateurs, que les Etats-Unis sont résolus à lutter contre cette forme moderne d'esclavage.

"La participation prévue de hauts responsables américains illustre la détermination des Etats-Unis à lutter contre ce problème", a déclaré Mme Elizabeth Pryor, qui est chargée de coordonner l'organisation de la conférence au sein du bureau des affaires relatives à la traite des êtres humains du département d'Etat. Lors de l'entretien qu'elle a accordé au "Washington File" avant la conférence, elle a indiqué que le secrétaire d'Etat, les ministres de la justice et de la santé, les directeurs de plusieurs organismes fédéraux et des parlementaires y assisteraient.

Quatre organisations non gouvernementales américaines (Johns Hopkins University Protection Project, Shared Hope International, International Justice Mission et Salvation Army U.S.A.) se sont associées pour lutter contre la traite des femmes, qui rapporte presque autant que le trafic de stupéfiants et le trafic d'armes, et ont obtenu du Congrès une aide financière au titre de l'organisation avec le département d'Etat de cette conférence.

La traite des êtres humains fait de 700.000 à 4 millions de victimes par an, selon une enquête que le département d'Etat a réalisée en 2002, mais étant donné le caractère clandestin de cette activité, même les meilleurs spécialistes dans ce domaine ne peuvent fournir des statistiques précises. Selon les autorités américaines, quelque 50.000 personnes sont victimes de la traite chaque année aux Etats-Unis.

La traite a pris de l'ampleur en partie depuis l'effondrement de l'Union soviétique, du fait de la plus grande liberté de circulation des personnes et de l'ouverture des frontières qui s'en sont suivies. Par ailleurs, un grand nombre de pays ont connu de graves difficultés économiques. Des jeunes filles et des jeunes femmes désireuses d'avoir une vie meilleure sont devenues les victimes de criminels qui leur laissent espérer d'excellents emplois et un brillant avenir à l'étranger.

La traite prend aussi de l'ampleur dans les pays où les femmes ont un statut social inférieur. Les groupes de lutte contre la traite soulignent que les parents extrêmement pauvres vendent leurs filles, qui ont à leurs yeux moins de valeur que leurs fils, à des trafiquants dans certains pays. Loin de leur pays et sans aucune aide, les victimes de la traite sont pratiquement des prisonnières et subissent souvent des sévices.

"Ce sont au fond des esclaves. Elles font l'objet de sévices répétés (...) et avec le sida, c'est là une condamnation à mort", a déclaré un parlementaire républicain de la Virginie, M. Frank Wolf, qui préconise avec vigueur au Congrès une action internationale de plus grande ampleur. Il est l'un des auteurs de la loi qui exige la convocation de cette conférence et il figure parmi ceux qui y prendront la parole.

Alors que le monde prend davantage conscience de cette activité criminelle, des organisations non gouvernementales (ONG) jouent un rôle très actif pour s'y opposer, et il est donc normal que de tels groupes participent à l'organisation de la conférence, a indiqué Mme Pryor. "Il existe de nombreux moyens de lutte, et les ONG se servent d'un grand nombre d'entre eux : aider les victimes, inciter les pouvoirs publics à aider les victimes, exercer des pressions sur les pouvoirs publics, etc."

La conférence de Washington devrait réunir quelque 250 personnes de 110 pays qui ont réussi à s'attaquer à ce problème de diverses façons, notamment au moyen d'une répression accrue, d'une meilleure information du public ou d'une aide aux victimes. Elle portera sur les stratégies de lutte qui ont donné de bons résultats.

Les participants étrangers pourront peut-être tirer des enseignements de la loi sur la protection des victimes de la traite que le Congrès a adoptée en 2000. Cette loi est destinée à mettre fin à la double "victimisation" que les lois antérieures entraînaient pour les femmes et les enfants faisant l'objet de la traite. En effet, lorsque les autorités réussissaient à détruire une filière de la traite et qu'elles arrêtaient les femmes travaillant dans un bordel, elles étaient souvent obligées de par la loi à les traiter comme des immigrées clandestines ou comme des prostituées, sans pouvoir tenir compte du fait qu'elles avaient été forcées de participer à ces activités.

La nouvelle loi reconnaît l'apparition de cette nouvelle forme d'activité criminelle et l'innocence des victimes. Elle prévoit une aide aux victimes en autorisant des crédits budgétaires au titre des soins médicaux d'urgence, des vivres, d'un abri, de conseils juridiques et psychologiques et d'autres services sociaux.

"On fait actuellement de multiples choses, mais il reste encore beaucoup à faire", a indiqué M Wolf. Il a aussi fait état de ses préoccupations au sujet de la gravité de la traite dans d'autres pays qui n'avaient pas encore adopté les lois nécessaires et où la police fermait peut-être les yeux sur cette forme d'esclavage.


Date de rédaction: 23 février 2003 Mise à jour:

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