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Actualités de Washington
  

En Afrique, de plus en plus de collectivités s'intéressent de près aux droits des femmes

La mutilation génitale des filles est découragée au Sénégal

Par Tara Boyle
Rédactrice du "Washington File"

Washington - Récemment, dans la région poussiéreuse de Matan, dans le nord du Sénégal, là où le sable emporté par les vents du Sahara vient s'abattre, les habitants de la ville de Polel Diaobé se sont rassemblés dans les rues pour ce qui était sans aucun doute la première manifestation de l'histoire de leur communauté. Des étudiants, des enseignants, des chefs du village de tout âge ont défilé dans les rues de la ville, mus par un objectif commun : exprimer leur mécontentement à propos du récent mariage d'une fillette de 10 ans à un homme bien plus âgé.

"Sur les panneaux qu'ils portaient, on pouvait lire : "Parents, ayez pitié de nos filles". "Nous voulons aller à l'école". "S'il vous plaît mettez fin au mariage des enfants", s'est souvenu Molly Melching, directrice de "Tostan", un organisme non gouvernemental sénégalais qui travaille au sein de la collectivité.

Au bout du compte, la manifestation des gens a été couronnée de succès. Le mariage a été annulé et la fille a pu retourner à l'école. Ce résultat était aussi une victoire pour "Tostan", qui a travaillé dans quelque 1.500 villages du Sénégal, familiarisant les habitants avec le concept des droits de l'homme, de la responsabilité, et leur enseignant d'autres compétences tout aussi essentielles, chacun apprenant à faire face à ses propres problèmes et à les résoudre.

"Lorsque nous venons dans un village, l'un des premiers ateliers que nous organisons porte sur la solution de problèmes. Nous nous efforçons de leur faire concevoir un avenir idéal et de considérer les obstacles qui s'opposent à sa réalisation", explique Malick Diagne, directeur adjoint de "Tostan".

L'un des obstacles les plus souvent évoqués est la tradition de la circoncision des filles. A ce jour, plus de 1.360 villages sénégalais ayant participé aux programmes de "Tostan" ont officiellement déclaré qu'ils ne se livreraient plus à la circoncision des filles ou au mariage d'enfants, qui, pour beaucoup de villageois, sont des traditions étroitement liées.

La stratégie employée par "Tostan" a remporté tant de succès que Molly Melching et Malick Diagne pensent que la mutilation des filles sera tout à fait abandonnée au Sénégal d'ici à 2010, et l'organisme s'efforce maintenant de tirer les enseignements de son travail au Sénégal et de les appliquer au pays voisin la Guinée, où l'on estime que 99 % des femmes ont subi une excision du clitoris.

"En Guinée, les gens trouvent l'excision des filles normale. Au Sénégal, ceux qui la pratiquent encore doivent se cacher. Nous avons réussi à changer les mentalités au Sénégal. Il nous faut maintenant travailler à les changer en Guinée", a dit Malick Diagne.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), (site internet : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/), la mutilation sexuelle des filles est pratiquée dans au moins 28 pays africains et dans certaines régions d'Asie et du Moyen-Orient. L'intervention varie d'une région à l'autre et "la forme la plus courante de mutilation sexuelle féminine est l'excision du clitoris et des petites lèvres, pratiquée dans presque tous les cas (jusqu'à 80 %) ; la forme la plus extrême est l'infibulation, pratiquée dans 15 % environ des cas.

"Les conséquences immédiates et à long terme des mutilations sexuelles féminines pour la santé varient selon le type et la gravité de l'intervention pratiquée. Les complications immédiates comprennent douleurs, choc, hémorragie, rétention d'urine, ulcération de la zone génitale et lésions des tissus adjacents. Hémorragie et infection peuvent entraîner la mort.

"Ces derniers temps, on s'est inquiété du risque de transmission du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) parce qu'un seul instrument est utilisé pour de nombreuses opérations, mais cette question n'a pas fait l'objet de recherches approfondies. Parmi les conséquences à long terme figurent kystes et abcès, formation de chéloïdes, lésions de l'urètre entraînant une incontinence urinaire, dyspareunie (rapports sexuels douloureux), dysfonctionnement sexuel et problèmes pendant l'accouchement."

Afin de lutter contre cette pratique, "Tostan" travaille avec les collectivités pour qui la mutilation sexuelle des filles est un rite de passage à l'âge adulte et dont les membres se marient entre eux.

"Il est très important que, pour éviter que les filles en âge de se marier ne fassent l'objet d'opprobre, le village ait déclaré publiquement qu'il avait mis fin à la pratique de l'excision des filles. Sans cette déclaration publique, la fille ne sera pas respectée et ne pourra trouver de mari", a expliqué Mme Melching.

Le principe de l'émancipation est aussi un important élément de la stratégie de "Tostan". "Lorsque nous allons dans un village, ce n'est pas du tout pour mettre fin à la mutilation des filles. Là n'est pas notre objectif (...) Notre objectif est d'aider les villageois à améliorer leur sort, à définir leurs propres objectifs et à les réaliser. Et, si en cours de route, ils voient que mettre fin à la mutilation des filles est un objectif qui pourrait améliorer leur sort, nous les appuyons dans cette décision, mais ce sont eux qui prennent l'initiative du mouvement", a souligné Mme Melching.

Le programme mis en oeuvre par "Tostan" en Guinée est financé par un don de 1,8 million de dollars sur trois ans de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). Le programme, qui sera en place dans 120 villages d'ici à 2005, entre dans le cadre d'un vaste projet de l'USAID visant à accroître la participation démocratique et civique dans un pays qui n'a guère fait l'expérience de la démocratie.

Pour "Tostan", ce mandat sera réalisé au niveau local en familiarisant les gens avec leurs droits et leurs responsabilités, par exemple leur droit de recevoir des soins médicaux adéquats et la responsabilité, pour les femmes, de se faire suivre par un médecin pendant leur grossesse.

"Nous oeuvrons au rapprochement des gens, notamment par le dialogue. Pour qu'une transformation sociale très importante se produise, il faut que la majorité des gens soit d'accord", a rappelé Mme Melching.


Date de rédaction: 12 août 2004 Mise à jour:

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