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La lutte contre la traite des êtres humains s'intensifieInterview du directeur du bureau du département d'Etat chargé de la surveillance et de la répression de la traite des personnes.
Par Judy Aïta Nations unies - Selon M. John Miller, directeur du bureau du département d'Etat chargé de la surveillance et de la répression de la traite des personnes, davantage de gouvernements ont pris des mesures afin de lutter contre cet esclavage des temps modernes au cours des douze derniers mois qu'au cours des dix dernières années. "Beaucoup plus de lois d'une vaste portée concernant la lutte contre la traite des personnes ont été adoptées des Philippines à la Géorgie en passant par le Burkina Faso (...) Beaucoup plus de trafiquants ont été poursuivis en justice et beaucoup d'arrestations ont été faites dans divers pays qui vont de la Serbie au Cambodge", a dit M. Miller le 3 mars, à l'occasion d'un exposé à la presse ayant pour but de sensibiliser le public à cette question liée aux droits de l'homme. (M. Miller se trouvait au siège de l'ONU afin de participer à des discussions sur la traite des personnes organisées dans le cadre de la réunion annuelle de la Commission des Nations Unies sur le statut de la femme.) D'après l'enquête annuelle entreprise par le département d'Etat en ce qui concerne la traite des personnes dans le monde, entre 800.000 et 900.000 hommes, femmes et enfants font l'objet d'un trafic de personnes et sont assimilés à de véritables esclaves. On estime à entre 18.000 et 20.000 le nombre de ces personnes qui sont introduites sur le territoire des Etats-Unis chaque année. Ces chiffres ne tiennent pas compte des personnes qui font l'objet d'un tel trafic à l'intérieur même de leur pays. Le président Bush a abordé le sujet de la traite des personnes en 2003 dans son discours devant l'assemblée générale des Nations unies. "Est-il acte plus maléfique que l'abus et l'exploitation des plus innocents et des plus vulnérables ?", a demandé M. Bush qui s'est engagé à financer à hauteur de 50 millions de dollars la lutte contre la traite des personnes dans le monde. La forme d'esclavage qui s'accroît le plus rapidement, a expliqué M. Miller, est la traite de personnes destinées aux réseaux de prostitution. Vient ensuite le travail forcé. Dans certains pays, la traite de personnes vise surtout l'asservissement en tant que domestique et le recrutement forcé des enfants dans les armées. "La traite des personnes est, en somme, un euphémisme pour traite d'esclaves. Ce n'est pas de passage clandestin de personnes ou d'immigration illégale dont il s'agit", a souligné M. Miller. Rappelant que la traite des personnes concernait tous les pays, qu'elle constituait une menace aux droits de l'homme, à la santé et à la sécurité, M. Miller a indiqué que ce négoce représentait probablement la troisième source de revenus des syndicats du crime, derrière le trafic de stupéfiants et le trafic d'armes. "Tous les pays doivent s'inquiéter sérieusement de la question. Il faut qu'il y ait une volonté politique", a-t-il dit, ajoutant que de nombreux gouvernements commençaient à entreprendre des efforts afin de mettre fin au trafic de personnes. La Loi de 2000 sur la protection des victimes de la traite des personnes prône la conduite annuelle, par les responsables américains, d'une évaluation à l'échelle mondiale de la situation dans le domaine de la traite des personnes. Cette année, les auteurs du rapport se sont penchés sur les activités de 120 pays et ont trouvé que plus de 100 d'entre eux avaient pris des mesures pour renforcer et faire respecter leurs lois afin de juguler le trafic des êtres humains. La collaboration entre les pays augmente aussi, a souligné M. Miller, citant l'exemple du Cambodge qui a arrêté des touristes américains qui avaient eu des relations sexuelles avec des enfants prostitués. Ces touristes ont été extradés vers les Etats-Unis et les autorités fédérales ont déjà engagé leurs poursuites judiciaires. Beaucoup de pays ont aussi bénéficié des initiatives mises en oeuvre par les organisations non gouvernementales et les organisations sans but lucratif. "Elles se distinguent vraiment, surtout lorsqu'il s'agit de donner des informations aux victimes potentielles, de réinsérer et de protéger les victimes qu'on a réussi à sauver", a-t-il souligné. De l'avis de M. Miller, les Etats-Unis ont l'une des lois les plus avancées en matière de lutte contre le trafic des êtres humains. Elle comprend des punitions sévères pour les coupables, prévoit d'accorder des visas temporaires aux victimes qui se trouveraient aux Etats-Unis pour qu'elles puissent témoigner contre ceux qui les ont exploitées, et donne à ces dernières la possibilité d'acquérir la citoyenneté américaine. Des améliorations sont nécessaires dans certains domaines couverts par cette loi, et il faudrait notamment accroître les poursuites judiciaires et l'éducation visant la prévention. "Nous savons qu'il y a un certain nombre de victimes aux Etats-Unis. Nous devons mieux faire lorsqu'il s'agit d'atteindre et d'aider les victimes et de poursuivre en justice les trafiquants", a fait remarquer M. Miller. Date de rédaction:
05 mars 2004 Mise à jour:
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