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Actualités de Washington
  

Aperçu de l'art contemporain africain

Le Musée national de l'art africain célèbre son 25e anniversaire par une nouvelle exposition

Par Bruce Greenberg
Rédacteur du "Washington File"

Washington - Une photographie en couleur d'un Sud-Africain et de son fils albinos, une pietà représentant une vierge noire tenant une brebis sacrificielle, une gravure numérique d'enfants victimes du sida. Toutes ces oeuvres combinent médias, images et messages dans une nouvelle exposition sur l'art contemporain africain avec laquelle le Musée national de l'art africain de l'Institution Smithsonian célèbre son 25e anniversaire.

Ces images constituent des messages politiques qui créent un lien entre le passé et le visiteur, transformant à la fois la société des créateurs et celle des personnes qui observent les oeuvres. Selon la directrice du Musée, Mme Sharon Patton, cette exposition, intitulée "Insights Into Contemporary African Art" (Perspective sur l'art contemporain africain) et qui regroupe des sculptures, des photographies, des peintures et des oeuvres utilisant plusieurs médias, va à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle l'art africain est dépassé, statique et étriqué.

Cette exposition contient plus de 40 oeuvres de neufs artistes africains. Elle a ouvert ses portes le 27 février et dure jusqu'au 28 novembre 2004.

Les deux conservatrices, Kinsey Katchka et Allyson Purpura, ont expliqué que cette exposition révélait l'importante contribution des artistes africains d'aujourd'hui. La décision d'exposer des ensembles d'eouvres plutôt que des pièces uniques donne un aperçu du processus artistique qui a souvent été façonné par les conditions de vie et de travail de l'artiste dans des contextes sociaux parfois chaotiques et assombris par le spectre de la violence politique. En fait, une majorité des oeuvres des artistes sud-africains reflète leur endurance durant l'époque de l'apartheid.

Mme Purpura a ajouté que chaque artiste était représenté par une citation personnelle qui offrait un contexte philosophique ou politique à la création de son oeuvre. "De cette façon, le public peut faire le rapprochement entre cette information et son expérience de vie."

Ezrom Legae, malheureusement décédé, était un Sud-Africain qui a sculpté et dessiné des oeuvres qui constituent des commentaires marquants sur les effets déshumanisants de l'apartheid. Il incorporait souvent à ses oeuvres des poulets, des chèvres et des boeufs - des animaux sacrificiels - afin de transmettre l'idée du "massacre" de l'esprit humain par l'oppression raciale. Son oeuvre intitulée "Sacrifice" s'inspire du thème de la pietà chrétienne avec une vierge noire et une chèvre morte, métaphore du militant noir qui se sacrifie au nom de la liberté.

L'un des éléments les plus impressionnants de la collection sont les oeuvres de l'artiste nigérian Sokari Douglas Camp, dont les sculptures cinétiques sont autant de vignettes de la vie des Kalabari, vignettes inspirées par des rituels tels que les funérailles et les festivals traditionnels. L'une de ses oeuvres, intitulée "Church Ede" et faite de métal soudé, représente la mort de son père. Des figurines stylisées et animées par de minuscules moteurs électriques entourent le lit, agitant des tiges de roseau en signe de deuil pendant que le lit tremble, sans doute sous l'effet du départ de l'âme du défunt.

William Kentridge, un Sud-Africain qui utilise souvent des moyens électroniques, est représenté par une séquence de film animé ayant pour thème l'exploitation de l'ouvrier africain dans la société industrialisée de l'après-apartheid. La séquence se déroule sur une musique de l'ère stalinienne qui n'est pas sans évoquer les sinistres visions de George Orwell dans son célèbre roman "1984".

Zwelethu Mthethwa, également sud-africain, explore des thèmes contemporains par le biais de peintures et de photographies telles que son "Open Letter to God" (Lettre ouverte à Dieu), une gravure numérique sur toile qui représente des enfants victimes et témoins impuissants de la dévastatrice épidémie de sida.

L'une de ses oeuvres les plus touchantes est une photographie en couleur représentant des migrants ruraux réfugiés dans les taudis du Cap. Un père et son enfant ont posé dans leur cuisine. Le fils albinos est assis devant son père de peau noire, offrant une image contrastée qui donne une idée de la réalité multiraciale de l'Afrique moderne.

Le graveur et peintre sud-africain Gavin Jantjes combine les thèmes de la spiritualité, de la mythologie, de l'identité culturelle et des aspirations universelles de l'homme pour représenter notre "humanité commune". Dans une série de dessins à l'encre intitulée "Zulu Series", M. Jantjes illustre la création de la Voie lactée. Selon les Khoi San, cette galaxie est née lorsqu'une jeune fille a jeté des braises brûlantes vers le ciel.

M. Jantjes, un réfugié de l'apartheid qui a passé la majeure partie de sa vie adulte en Europe et a été conseiller auprès du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés, a expliqué pourquoi il tournait son regard vers les cieux. "Les cieux sont l'espace le plus neutre - aucune nation ne peut prétendre les posséder. Ils sont illimités (...) et accessibles à chaque être humain."

Les oeuvres d'Iba N'Diaye (Sénégal) et de Georgia Papageorge et Jeremy Wafer (Afrique du Sud) complètent la collection.

La directrice, Mme Patton a déclaré : "Avec quelque 400 oeuvres, nous détenons la plus vaste collection d'art africain contemporain aux Etats-Unis. Nous avons l'intention d'étendre cette collection. Cette exposition vise donc à donner un exemple de notre politique d'extension de nos espaces d'exposition."


Date de rédaction: 02 mars 2004 Mise à jour:

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