|
|||||||||||
|
|||||||||||
|
![]() | ||
Le Musée national des Indiens d'Amérique ouvrira ses portes le 21 septembreLes collections rendent hommage à la diversité des cultures et des patrimoines des autochtones.
Par Lauren Monsen Washington - Capitale fédérale des Etats-Unis dominée par des bâtiments de marbre et de granite de style néoclassique, Washington (District de Colombie) offre une multitude de références visuelles aux racines grecques d'une démocratie représentatrice, et ce faisant, à l'héritage européen des pères fondateurs du pays. Mais, aujourd'hui, un puissant témoignage du legs durable des premiers Américains, de ces peuples appartenant à des tribus diverses qui s'étaient établies sur le continent américain des siècles avant les premiers colons européens, tranche sur le panorama architectural de la ville. Le nouveau Musée national des indiens d'Amérique (MNIA), qui doit officiellement ouvrir ses portes le 21 septembre, est un édifice aux formes curvilignes audacieuses qui évoque les steppes balayées par le vent du sud-ouest des Etats-Unis. Situé à proximité du Capitole, il se démarque nettement de ses voisins plus traditionnels érigés sur le Mall. L'extérieur du musée, fait de calcaire dolomitique d'un beige lumineux, ressemble à une formation rocheuse naturelle qu'auraient sculptée deux éléments naturels : le vent et l'eau. Le site trapézoïdal de deux hectares environ sur lequel se trouve le musée renforce encore son architecture. Des spécimens de végétaux traditionnellement cultivés par les autochtones de la région tempérée atlantique du pays, notamment du maïs, des haricots, du tabac, poussent dans un petit jardin potager. A un autre endroit, un marécage rappelle l'importance que revêt pour les peuples indiens l'harmonie avec le monde naturel. Une trentaine de grandes roches, baptisées "rochers grands-pères", agrémentent le site et, pour les spectacles en plein air, un espace est réservé autour d'un âtre. Ainsi que le veut la tradition amérindienne, la façade du musée se tourne vers l'est, là où se lève le soleil. Autorisé par un décret du Congrès en 1989, le nouveau musée, dernier-né de l'Institution Smithsonian, "est dédié à la protection, à l'étude et à l'exposition de la vie, des langues, de la littérature, de l'histoire et des arts des peuples autochtones du continent américain". L'Institution Smithsonian est un complexe de musées et de centres de recherches situés à Washington et à New York. La collecte de fonds pour la construction du MNIA a commencé immédiatement après que le Congrès eut approuvé la charte du musée, et sa première pierre a été posée en 1999. Une collaboration étroite avec les peuples autochtones a caractérisé toutes les étapes du projet : des architectes, concepteurs de projets et entreprises de construction amérindiens ont participé à la création du musée. Le MNIA est le premier musée national des Etats-Unis à se consacrer exclusivement aux Indiens d'Amérique et, a expliqué son conservateur, "le premier à présenter des collections sous un angle amérindien". Si la riche histoire des peuples autochtones sera racontée et leurs coutumes et folklore examinés en détail, l'objectif est de montrer que la culture amérindienne est encore une force dynamique qui évolue, et non pas, comme certains pourraient le croire, une relique fanée du passé. "Les visiteurs quitteront le musée en sachant que les Indiens d'Amérique ne font pas simplement partie de l'histoire", fait remarquer l'un de ses responsables, W. Richard West, membre d'une tribu cheyenne. "Par exemple, l'une des salles est consacrée à l'art amérindien contemporain, et plusieurs grandes œuvres d'art commandées par la Smithsonian sont dispersées dans le musée. Par ailleurs, des milliers d'objets d'une valeur inestimable, tirés de notre collection de 800.000 objets, figureront dans les trois expositions inaugurales et ailleurs dans le musée." Lorsqu'il ouvrira ses portes au public, le 21 septembre, le MNIA présentera trois expositions principales, qui montreront quelque 7.500 objets appartenant à la collection permanente du musée. L'une de ces expositions est intitulée "Notre univers : le savoir ancestral façonne notre monde". Cette exposition, selon les responsables du musée, "met à jour le processus qui sous-tend les relations que les communautés tribales forgent avec le monde qui les entoure et jette la lumière sur la philosophie à qui ce processus donne naissance ; cela permet de mieux comprendre leur univers". L'accent est mis sur les principes de vie des peuples Mapuche (Chili), Lakota (Dakota du Sud), Quechua (Pérou), Yup'ik (Alaska), Mayas Q'eq'chi (Guatemala), Pueblos Santa Clara (Nouveau Mexique), Anishinaabe (Manitoba, Canada) et Hupa (Californie). Les visiteurs pourront s'asseoir sous un "ciel" étoilé et écouter des histoires sur le rôle des étoiles et des constellations dans la culture amérindienne ou se familiariser avec les fêtes qui rassemblent les membres de diverses tribus, telles que le Pow-Wow du mois de mars à Denver, des jeux propres aux indigènes d'Amérique du Nord, et le Jour des morts au Mexique. De nombreux objets renforceront les présentations, entre autres un crâne fait de papier mâché pour le Jour des morts et une décoration Absaroke (Crow) faite de perles et destinée à orner les brides d'un cheval. La deuxième exposition intitulée : "Nos peuples : donner une voix à notre histoire", relate des événements importants vécus par les membres des tribus. Si le passé y est examiné, on y fait aussi un examen plus général des événements historiques, des idées et des questions qui peut permettre de mieux apprécier les événements qui, aujourd'hui, influencent la vie des Amérindiens. Au milieu de la galerie, c'est l'élément central, "La tempête", fait de panneaux de verre et d'acrylique aux coloris changeants mettant en valeur de nombreux objets qui vont des bibles aux traités. Dans la partie réservée au "nouveau monde", un imposant mur doré sert de toile de fond à plus de 450 figurines et objets datant de l'ère pré-colombienne exposés aux côtés d'épées, de pièces de monnaie et de croix en or d'origine européenne. Un mur du souvenir de cinq mètres de haut environ rend hommage aux peuples autochtones faisant l'objet d'une exposition particulière : Cherokee de Caroline du Nord ; Tohono P'odham d'Arizona ; Kiowa d'Oklahoma ; Tapirapé du Brésil ; Séminole de Floride et Nahua du Mexique. La troisième exposition intitulée : "Nos vies : la vie moderne et les identités" se penche sur la vie contemporaine des Amérindiens et fait ressortir le fait que les cultures indigènes sont toujours étroitement liées à leur passé ancestral et à leurs communautés. Quelque 300 objets montrent comment les tribus indiennes continuent de vivre en tant que communautés distinctes malgré les défis auxquels elles se heurtent. On peut y voir, entre autres, des baskets ornés de perles Kiowa et un masque Yup'k fait de spatules et de cuillères percées, illustrant le fait que des matériaux modernes peuvent être transformés en oeuvres d'art et que les artistes amérindiens tirent leur inspiration de toute une variété de matériaux. Ces objets montrent par ailleurs les moyens novateurs auxquels les artistes amérindiens ont recours pour garder leurs traditions vivaces et s'adaper au XXIe siècle. Les pièces exposées ont de profondes racines dans le patrimoine amérindien mais reflètent en même temps un esprit véritablement contemporain qui réaffirme la continuité entre le passé et le présent d'une tribu. Une attention particulière est portée aux modes de vie de la communauté urbaine d'Amérindiens de Chicago (Illinois), du groupe Capo des indiens Kumeyaay de Californie, des indiens Caribes de la Dominique, de la Nation Yakama (Etat de Washington), de la tribu des Pamunkey (Virginie), et de la communauté Kahnawake (Québec). Tenant à ne pas occulter les questions importantes auxquelles sont confrontés les peuples autochtones d'Amérique du Nord et d'Amérique centrale, l'exposition réserve une place à la période turbulente des années 1960 et 1970, période durant laquelle le mouvement du "pouvoir rouge" est né. Des objets typiques sont placés à des endroits stratégiques du musée, mettant à la fois en valeur le talent des artistes amérindiens et aidant le visiteur à se diriger. Un totem de sept mètres sculpté par Nathan Jackson (Indien Tlingit) et une sculpture de bronze de Roxanne Swentzell (Indienne Pueblo Santa Clara) figurent en bonne place, de même qu'un totem Kwakiutl et une tapisserie Navajo. Les oeuvres d'éminents artistes améridiens du XXe siècle, notamment d'Allan Houser (1914-1994, Apache Chiricahua) et de George Morrison (1919-2000, Chippewa, groupe Grand Portage), feront partie d'une exposition temporaire. Afin que le visiteur puisse apprécier l'extraordinaire diversité des objets amériendiens et de l'expérience vécue par les peuples autochtones, des vitrines de verre formant un mur s'étendant sur deux étages, une "fenêtre de collections", exposeront divers objets. En touchant un écran, le visiteur pourra apprendre davantage sur l'histoire de chacun de ces objets. Cette diversité sera évidente avant même d'arriver aux salles d'exposition. En effet, le mur d'accueil, à l'entrée du musée, porte des formules de bienvenue en quelque 200 langues amérindiennes. Diverses activités sont prévues pour intéresser le visiteur : une démonstration de construction de bateau aura lieu dans la salle Potomac, le principal hall d'entrée du Musée, et trois embarcations seront construites au cours de la première année. Pour goûter à une cuisine amérindienne authentique, les visiteurs pourront se rendre au Café Mitsitam ("à table", dans la langue des indiens Piscataway et Delaware), une salle de restaurant sur deux étages dont l'entrée se trouve au rez-de-chaussée du musée. Alors que le musée s'apprête à ouvrir ses portes, l'intérêt du public et des médias se pique. Les spectateurs qui se rassembleront sur le Mall tôt le 21 septembre seront récompensés par une éblouissante manifestation de grand apparat : un défilé d'Amérindiens portant, pour beaucoup, le costume traditionnel de leur tribu. Ce défilé partira du siège de la Smithsonian (le "château") pour se rendre au Capitole et durera jusqu'à midi, heure à laquelle le musée sera officiellement inauguré. Pour marquer l'ouverture du nouveau musée, un festival gratuit sera organisé sur le Mall du 21 au 26 septembre durant lequel on pourra se familiariser avec la musique, les danses, les contes, la fabrication des instruments et des costumes, la cuisine et l'artisanat de nombreuses tribus amérindiennes. Parmi les artistes, on reconnaîtra le comédien Charlie Hill (Nation Oneida du Wisconsin), la chanteuse Buffy Sainte-Marie (Cree), la musicienne Lila Downs (Mixtec), la chanteuse Rita Coolidge (Cherokee), la flûtiste Mary Youngblood (Aleute/Séminole), l'orchestre de rock Indegenous (Sioux Nakota), la chanteuse Star Nayea (Chippewa/Potowatomi), l'orchestre de Blues "The Pappy Johns Band" avec Murray Porter (Réserve des Six Nations) et le musicien Keith Secola (Anishinabe). Le musée promet d'être un aimant pour les visiteurs du monde entier bien après son ouverture officielle. Les observateurs s'accordent à dirent que le Musée national des Indiens d'Amérique de la Smithsonian est un triomphe architectural et que ses éblouissantes expositions de trésors amérindiens rendent hommage aux réalisations des peuples indigènes du continent américain dont les traditions continuent à s'épanouir et à évoluer. De l'avis des responsables du musée, les visiteurs devraient être en mesure d'apprendre quelque chose de nouveau en ce qui concerne la culture et l'histoire des Indiens d'Amérique et quitter le musée en voyant sous un oeil nouveau les premiers habitants du continent. Ils affirment que pour mieux apprécier la complexité de la mosaïque que sont l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, il est nécessaire de mieux comprendre les diverses cultures des Amérindiens et pour eux, l'ultime objectif est d'aider les visiteurs à appréhender le sens de leurs propres origines, de celles des Etats-Unis et de toutes les nations du continent américain. Date de rédaction:
17 septembre 2004 Mise à jour:
|
||
|
Options: |
|
||||||||||||||||||