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Des citoyens des E.-U. et des pays islamiques tentent d'apaiser les tensionsL'initiative "Hope not Hate"
Par Phyllis McIntosh Washington - Par le truchement de débats publics et de vidéoconférences entre des étudiants d'universités des Etats-Unis et de plusieurs pays islamiques, un projet appelé "Hope not Hate" (l'espoir, pas la haine), né dans la foulée de la tragédie du 11 septembre 2001, tente d'apaiser les tensions entre les Américains et les musulmans, tant aux Etats-Unis qu'à l'étranger. Cette initiative a été lancée lors du deuxième anniversaire des attentats du 11 septembre par "Americans for Informed Democracy", une organisation qui s'attache à renforcer la prise de conscience des problèmes mondiaux dans les universités. La première série de débats publics, qui a eu lieu dans une dizaine de villes des Etats-Unis les 12 et 13 septembre 2003 et qui avait pour objet de réfléchir aux points communs entre l'Amérique et le monde islamique, a attiré 1.500 citoyens, responsables politiques, journalistes, officiers supérieurs de l'armée et universitaires. En 2004, le projet a pris de l'ampleur. Une série de 30 débats publics, étalés sur un mois, a attiré 5.000 personnes. L'Association des familles du 11 septembre et "The People Speak", une initiative de promotion d'un débat public sur des questions de politique étrangère, se sont associés à "Americans for Informed Democracy" pour parrainer ces débats. L'initiative "Hope not Hate" s'est achevée par trois jours de vidéoconférences entre jeunes étudiants de neuf universités du centre des Etats-Unis - de la Géorgie au Dakota du Sud - et de neuf pays à majorité islamique, à savoir l'Egypte, l'Indonésie, le Koweït, le Liban, le Maroc, l'Ouganda, le Pakistan, le Sénégal et la Turquie. "Cette série sans précédent a deux objectifs", a expliqué le directeur du projet "Hope not Hate", M. Akbar Ahmed, ancien ambassadeur du Pakistan auprès du Royaume-Uni. "Premièrement, nous voulons faciliter la compréhension entre les non-musulmans et les musulmans aux Etats-Unis, et entre les Etats-Unis et le monde musulman." L'intervention des Etats-Unis en Irak et la lutte mondiale contre le terrorisme étaient les principaux sujets d'une vidéoconférence organisée le 13 octobre et à laquelle ont participé 80 étudiants de l'université du Texas à Austin (Texas), de l'université Emory à Atlanta (Géorgie), de l'université de Dakar (Sénégal) et de l'université de Kampala (Ouganda). Les étudiants américains ont exprimé de fortes opinions pour ou contre la guerre en Irak alors que la plupart des Africains ont déclaré s'opposer à cette guerre, faisant valoir que l'Amérique avait tort d'agir unilatéralement et devrait, comme l'a dit un jeune homme, "commencer à synchroniser ses actions avec le monde". La plupart des étudiants américains et africains se sont par contre accordés à dire que l'éradication de la pauvreté et de l'injustice dans le monde serait un outil bien plus efficace que les interventions militaires dans la lutte contre le terrorisme. "La violence n'est pas une solution au terrorisme", a affirmé un étudiant du Sénégal. "J'aimerais voir les Etats-Unis utiliser leur richesse pour aider les peuples à s'améliorer eux-mêmes. Alors il y aurait la paix." Les Africains ont également mis en garde contre la confusion entre musulmans et Arabes et entre islam et terrorisme. "La solution consiste à vous ouvrir à d'autres cultures", a conseillé un jeune Ougandais. "Les jeunes Américains feraient bien de s'informer sur les cultures étrangères." Evoquant l'impact du terrorisme, une étudiante d'Atlanta a déclaré : "C'est la peur que je crains par-dessus tout. Nous devons être résolus à ne pas laisser la haine façonner notre avenir." "Le plus grand ennemi de la paix n'est pas l'islam, mais le coeur des hommes", a déclaré un étudiant ougandais. "Nous devrions tous interroger nos coeurs, et alors il y aurait la paix dans le monde." Lors d'un débat public organisé à l'université de Georgetown le 6 octobre, les participants ont discuté de la façon dont les attaques du 11 septembre avaient changé la politique américaine à l'égard des musulmans aux Etats-Unis et à l'étranger, et ont demandé aux modérés du monde entier d'aider à mettre un frein à l'animosité croissante entre l'Amérique et le monde islamique. "Dans la réalité, les peuples du monde musulman et les Américains ont plus de choses en commun que de différences", a déclaré Samer Shehata, un chercheur temporairement détaché auprès du Centre d'études arabes contemporaines de cette université. "Chaque fois que j'entends la question "Pourquoi nous haïssent-t-ils ?", je ressens une sorte de révulsion, parce que cette question est fondamentalement malavisée. Certes les habitants du Moyen-Orient déplorent nos politiques et ne respectent pas forcément nos dirigeants, mais le mot "haine" est-il pour autant approprié ? Et qu'en est-il du mot "ils" ? Allons-nous mettre dans le même sac 280 millions d'habitants du monde arabe ou 1,2 milliard de musulmans et affirmer qu'ils ressentent tous la même chose ? Le mot "nous" est également problématique. Les musulmans haïssent peut-être certains de nos dirigeants, mais pas vous ni moi." Helen Samhan, directrice générale de l'Arab American Institute, a parlé de l'effet des attaques du 11 septembre sur les musulmans des Etats-Unis. Elle a admis que la plupart des Américains avaient depuis longtemps une conception négative des Arabes vivant en leur sein, "alors il n'est pas étonnant que ces stéréotypes se soient révélés au grand jour". Selon elle, la réaction aux attaques terroristes s'est déroulée en trois phases : immédiatement après les attentats, c'est une réaction à chaud de "chasse à l'homme", durant laquelle les gens perçus comme étant musulmans ont été harcelés ou attaqués, qui a dominé ; ensuite est venue une phase de harcèlement durant laquelle il s'agissait de "tenir les musulmans à l'œil", notamment sur les lieux de travail ; enfin on est arrivé à la phase "la plus pénible", durant laquelle les personnes et organisations musulmanes sont soumises à diverses formes de profilage racial. "En notre qualité de défenseurs des Américains d'origine arabe, nous craignons que cette réaction brutale n'ait affecté le débat culturel et politique dans ce pays et que l'on ait maintenant licence de proférer des propos anti-islamiques." Nikki Stern, qui a perdu son mari dans les attaques du 11 septembre et qui est maintenant la directrice générale de l'Association des familles du 11 septembre, a déclaré qu'elle n'avait jamais autorisé quiconque à se servir de la mort de son mari comme excuse pour propager les préjugés et l'intolérance. Appelant à la modération, elle a fait une analogie avec un pont : "Structurellement, un pont est plus solide à ses extrémités qu'en son milieu, où il est suspendu. Parce que c'est à cet endroit qu'il est le plus vulnérable, c'est là qu'il faut le renforcer. A une époque où il semble que le dialogue ait cédé le pas à la diatribe et que la raison ait été étouffée par la rancoeur aux deux extrémités du pont, nous devons le renforcer en son centre par des discussions éclairées et une compréhension empreinte de compassion." Date de rédaction:
21 octobre 2004 Mise à jour:
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