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Actualités de Washington
  

Les Américains et les Africains sont mécontents des réactions à la crise au Darfour

Analyse des résultats de deux sondages

Par Aviva Altmann and Bruce Greenberg
Rédacteurs du « Washington File »

Washington - Deux sondages réalisés dans huit pays africains et aux États-Unis indiquent un mécontentement général au sujet de la réaction des gouvernements à la crise humanitaire au Darfour (Soudan). Les Africains sont essentiellement favorables à une intervention des Nations unies, un avis partagé par la majorité des Américains. Toutefois, ces derniers se prononcent également en faveur d'une contribution de forces des États-Unis et de l'OTAN à une telle opération.

Ces sondages, dont les résultats ont été publiés le 29 juin, ont été effectués par le forum de recherche sur l'opinion publique mondiale GlobeScan Incorporated et le Program on International Policy Attitudes (PIPA), de concert avec Knowledge Networks.

Lors d'une table ronde organisée à la Brookings Institution, le directeur du PIPA, M. Steven Kull, s'est félicité des sondages effectués en Afrique parce qu'ils représentaient une chance unique d'obtenir des données africaines sur la crise au Darfour. Participaient également à la discussion les chercheurs suivants : Simon Jiminez ; Lloyd Hetherington ; Leonard Robinson, président et directeur général de l'African Society du Sommet national sur l'Afrique ; et John Prendergast, conseiller spécial du président de l'International Crisis Group.

GlobeScan a fait un sondage auprès de 10.809 Africains dans huit pays : Afrique du Sud, Angola, Cameroun, Ghana, Kenya, Nigeria, Tanzanie et Zimbabwe. Le PIPA, avec Knowledge Networks, a de son côté interrogé 812 Américains.

Au sujet du Darfour, 65 % des Africains ont déclaré que le Conseil de sécurité des Nations unies « devrait avoir le droit d'autoriser le recours à la force militaire pour éviter les graves violations des droits de l'homme telles que le génocide ». Les Africains préfèrent l'intervention des Nations unies avant toute autre organisation internationale, les casques bleus bénéficiant de 30 % d'opinions favorables. Viennent ensuite les troupes de l'Union africaine, avec 22 % d'opinions favorables. Seulement 5 % des personnes interrogées appellent de leurs vœux une intervention unilatérale des pays développés.

Selon le vice-président de GlobeScan, M. Lloyd Hetherington, ces statistiques indiquent que c'est aux Nations unies que le public africain fait le plus confiance.

Les sondages révèlent également que le public africain est relativement peu conscient de la situation au Darfour. En effet, seulement 36 % des personnes interrogées affirment avoir beaucoup lu ou écouté d'informations au sujet du conflit dans cette région.

Le sondage effectué aux États-Unis indique que les Américains sont également d'avis que la meilleure solution à la crise au Darfour passe par une intervention des Nations unies. Soixante et un pour cent des personnes interrogées sont favorables à une telle intervention, alors que 32 % y sont opposées. Tout en soutenant une approche multilatérale, une majorité d'Américains est également favorable à une contribution de forces des États-Unis et de l'OTAN à une telle intervention.

Sur le plan politique, démocrates et républicains sont également favorables à une intervention au Darfour. Une forte majorité des Américains - 67 % de républicains et 62 % de démocrates - sont favorables au déploiement de troupes de l'ONU au Darfour. Les personnes interrogées sont également pour la participation de troupes américaines aux opérations de l'ONU - 57 % de républicains et 56 % de démocrates.

Cependant, le libellé du sondage peut considérablement influencer les résultats. Dans une étude réalisée par le Conseil des relations étrangères de Chicago en 2004, on a demandé aux participants s'ils étaient favorables à l'envoi de troupes américaines pour « empêcher un gouvernement de commettre un génocide ». Soixante-quinze pour cent ont répondu par l'affirmative. Mais lorsqu'on enlevait le mot « génocide » en évoquant le Darfour, le soutien à une intervention baissait de six points. Ceci indique que si les Américains croient que de graves violations des droits de l'homme ont lieu, et tout particulièrement un génocide, ils sont prêts à fournir un soutien militaire.

M. Robinson a comparé la situation au Darfour aux génocides qui ont eu lieu au Rwanda, au Liberia et en Somalie. Il a attribué l'hésitation des Américains à intervenir au Rwanda et au Darfour à ce qu'il a qualifié « d'humiliation que nous avons subie en Somalie ».

« Si nous et d'autres étions intervenus, nous aurions pu empêcher le génocide au Rwanda. »

M. John Prendergast, spécialiste renommé des affaires africaines, a suggéré que la meilleure solution à la crise du Darfour serait d'envoyer un diplomate américain chevronné à Abuja (Nigeria) pour relancer les discussions de paix.

« Les processus de paix les plus réussis en Afrique viennent d'appuis diplomatiques. » Il a exprimé le souhait de la nomination d'un haut responsable chargé uniquement du Darfour, au lieu du recours à des diplomates déjà préoccupés par l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord.


Date de rédaction: 05 juillet 2005 Mise à jour: 05 juillet 2005

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