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Actualités de Washington
  

Mme Rice appelle à des réformes démocratiques au Moyen-Orient

Le discours de la secrétaire d'État à l'université américaine du Caire

La secrétaire d'État américaine, Mme Condoleezza Rice, a plaidé en faveur d'une plus grande démocratie au Moyen-Orient, déclarant notamment que « la peur des libres choix ne peut plus justifier le déni de liberté ».

Dans son discours prononcé le 20 juin à l'université américaine du Caire, Mme Rice a affirmé à son auditoire égyptien que l'Égypte était capable de jouer un rôle de chef de file et de contribuer à définir l'avenir de la région.

Elle a dit que l'appel du gouvernement Bush à des réformes démocratiques constituait une nouveauté par rapport à la politique pratiquée de longue date par les États-Unis : « Pendant 60 ans, les États-Unis ont recherché la stabilité aux dépens de la démocratie au Moyen-Orient et nous n'avons accompli ni l'une ni l'autre. Aujourd'hui, nous suivons une autre voie. Nous soutenons les aspirations démocratiques de tous les peuples. »

La secrétaire d'État s'est inscrite en faux contre l'idée selon laquelle la liberté et la démocratie conduiraient à l'agitation sociale, à la violence et à l'érosion des principes moraux. Seules la liberté et la démocratie, a-t-elle dit, sont des concepts « suffisamment forts pour vaincre la haine, les divisions et la violence ».

Mme Rice a appelé en Égypte à des élections présidentielle et législatives libres, déclarant que le gouvernement de M. Hosni Moubarak « doit tenir la promesse qu'il a faite à son peuple - et au monde entier - en lui donnant la liberté de choisir ».

Par ailleurs, elle a reproché à l'Arabie saoudite d'avoir emprisonné trois figures de l'opposition « pour avoir présenté de manière pacifique une pétition au gouvernement - et cela ne devrait être un crime dans aucun pays ».

Quittant le Moyen-Orient, la secrétaire d'État devait se rendre, les 21 et 22 juin, à Bruxelles, où devait se tenir une conférence sur l'aide internationale à l'Irak, avant de participer à Londres à une réunion ministérielle du Groupe des Huit (G8, composé de l'Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de la Russie).

On trouvera ci-après le texte du discours de Mme Rice.

Texte écrit de l'allocution prononcée par la secrétaire d'État américaine, Mme Condoleezza Rice, à l'université américaine du Caire, le lundi 20 juin 2005

Je vous remercie, professeur Mustafa, de cette présentation. C'est un honneur pour moi que d'être dans cette grande et antique cité du Caire.

Les États-Unis attachent une grande importance aux relations stratégiques et au renforcement des liens économiques qu'ils entretiennent avec l'Égypte.

Et les présidents américains depuis Ronald Reagan ont su tirer parti de la sagesse et des conseils du président Moubarak que j'ai eu le plaisir de revoir aujourd'hui. Les Américains et les Égyptiens ont toujours souhaité se rendre visite et apprendre les uns des autres.

Les idéaux de notre partenariat s'incarnent ici, à l'université américaine du Caire.

Ce centre d'enseignement a surmonté bien des obstacles et prospéré depuis les débuts houleux de notre amitié jusqu'à son assurance actuelle.

Pendant toute son histoire, l'Égypte a montré la voie à la région dans les moments décisifs.

Au début du XIXe siècle, c'est la dynastie réformatrice de Muhammad Ali qui a libéré l'Égypte de l'empire ottoman et a commencé à faire du pays la première nation moderne de la région.

Au début du XXe siècle, c'est le parti Wafd visionnaire émergeant des cendres de la Première Guerre mondiale qui a fait du Caire le cœur du « réveil arabe ». Et c'est il y a juste trois décennies qu'Anouar Sadate a montré la voie à tout le Moyen-Orient en lançant de difficiles réformes économiques et en faisant la paix avec Israël.

Dans ces périodes de décisions historiques, l'influence de l'Égypte a été aussi visionnaire qu'indispensable au progrès. Et aujourd'hui, nous nous trouvons face à des choix tout aussi difficiles, des choix qui vont affecter les générations à venir.

En cette heure de grandes décisions, je suis venue au Caire non pour parler du passé mais pour envisager le futur, un futur où les Égyptiens peuvent jouer le rôle de chef de file et qu'ils peuvent contribuer à définir.

Mesdames et messieurs, dans notre monde actuel, un nombre sans cesse croissant d'hommes et de femmes acquièrent leur liberté.

Et, à mesure que ces personnes obtiennent le droit de choisir, elles créent des gouvernements démocratiques pour protéger leurs droits naturels.

Nous devons tous envisager un avenir où tous les gouvernements respecteront la volonté de leurs citoyens - parce que l'idéal de la démocratie est universel.

Pendant 60 ans, les États-Unis ont recherché la stabilité aux dépens de la démocratie au Moyen-Orient et nous n'avons accompli ni l'une ni l'autre.

Aujourd'hui, nous suivons une autre voie. Nous soutenons les aspirations démocratiques de tous les peuples.

Comme l'a dit le président Bush lors de son deuxième discours inaugural, « l'Amérique n'imposera son style de gouvernement à personne. Notre but est d'aider ceux qui le veulent à trouver leur propre voie, à établir leur propre liberté, à avancer à leur manière. »

Nous savons que ces progrès ne seront pas faciles et qu'ils seront lents.

Nous savons que diverses sociétés trouveront des formes de démocratie qui fonctionnent pour elles. Nos objectifs sont idéalistes mais nos politiques doivent être pratiques et les progrès doivent être visibles.

Lorsque nous parlons de démocratie, nous pensons aux gouvernements qui protègent certains droits fondamentaux de tous leurs citoyens - et notamment le droit de libre expression ; le droit de libre association ; le droit de pratiquer leur religion ; la liberté d'éduquer leurs enfants - filles et garçons ; et la liberté de ne pas être arrêté au milieu de la nuit par la police secrète.

Tous les citoyens espèrent et tous les gouvernements doivent garantir que ces droits seront assurés.

Dans mon pays, les progrès de la démocratie ont été lents et difficiles. Au vu de notre propre histoire, nous n'avons aucune raison d'afficher une fausse fierté et toutes les raisons de faire preuve d'une certaine humilité.

L'Amérique a été fondée par des individus qui savaient que tous les êtres humains - et les gouvernements qu'ils créent - sont par nature imparfaits. Après tout, les États-Unis sont nés par moitié dans la liberté et par moitié dans l'esclavage. Et ce n'est que pendant ma propre vie que mon gouvernement a conféré le droit de vote à tous ses citoyens.

Cependant, les principes inscrits dans la Constitution permettent aux citoyens ayant le courage de leurs convictions de nous rapprocher de l'idéal de la démocratie.

Et ici, au Moyen-Orient, le processus tant attendu de changement démocratique commence à prendre forme.

Des millions de gens demandent la liberté pour eux et la démocratie pour leur pays.

À ces hommes et à ces femmes pleins de courage, je dis : toutes les nations libres sont à vos côtés pour vous aider à obtenir les bienfaits de la liberté.

J'arrive de Jordanie où j'ai rencontré le roi et la reine, deux dirigeants qui ont embrassé la voie des réformes depuis des années. Les réformes de la Jordanie dans le domaine de l'éducation sont un exemple pour la région. Et maintenant, le gouvernement travaille à des réformes politiques qui vont décentraliser les avenues du pouvoir et donner aux Jordaniens une plus grande voix dans leur avenir.

En Irak, des millions de personnes refusent d'abandonner au profit de la terreur leurs rêves de liberté et de démocratie.

Lorsque Bagdad a été conçue, il y a quelque 1200 ans, son plan était celui d'une « cité ronde » où aucun citoyen n'était plus proche qu'un autre d'un centre de justice.

Aujourd'hui, après des décennies de meurtres, de tyrannie et d'injustice, les habitants de Bagdad rêvent à nouveau des idéaux de la « cité ronde ».

En dépit des attaques des criminels, les Irakiens moyens font preuve de beaucoup de courage et d'une résolution exemplaire. À chaque étape - du recouvrement de leur souveraineté à la tenue des élections et maintenant à celui de la rédaction de leur constitution - leurs réactions vont au-delà de toutes les espérances.

Les Palestiniens aussi ont parlé : leur gouvernement librement élu œuvre à saisir la meilleure occasion qui se présente depuis des années de réaliser le rêve d'avoir un État palestinien.

Des dirigeants courageux palestiniens et israéliens se vouent à la cause de la paix.

Et ils œuvrent à construire un climat de confiance.

L'Autorité palestinienne va bientôt prendre le contrôle de la bande de Gaza, première étape de la mise en œuvre de la vision de deux États démocratiques vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité.

Et comme les Palestiniens luttent contre le terrorisme et les Israéliens remplissent leur responsabilité d'aider à créer des conditions appropriées pour un État viable, le monde entier - et surtout l'Égypte et les États-Unis - continue à leur offrir son appui.

Au Liban, les tenants de la démocratie réclament leur indépendance de leurs maîtres étrangers.

Après l'assassinat de Rafic Hariri, des milliers de Libanais ont exigé des changements.

Même après que le meurtre du journaliste Samir Kassir eut rappelé à tous l'emprise et la brutalité du régime de terreur, les Libanais n'ont pas pris peur.

Ils ont porté le deuil de leur compatriote en brandissant des crayons et de stylos. Et les Libanais ne sont pas les seuls à vouloir être libérés de la tyrannie de la police d'État syrienne, les Syriens aussi partagent leur aspiration.

Cent soixante dix-neuf universitaires et militants syriens des droits de l'homme ont adressé une pétition à leur gouvernement, lui demandant de « laisser fleurir le printemps de Damas et de laisser s'épanouir ses fleurs ». Les dirigeants syriens devraient entendre cet appel - et apprendre à faire confiance à leur peuple.

Le cas de la Syrie est particulièrement grave parce, au moment où ses voisins embrassent la démocratie et d'autres réformes politiques, elle héberge ou appuie directement des groupes engagés dans la violence - au Liban, en Israël, en Irak et dans les territoires palestiniens.

Le moment est venu pour la Syrie de faire un choix stratégique en faveur des progrès qui se manifestent autour d'elle,

En Iran, le peuple perd patience face à un régime oppressif qui refuse aux Iraniens leurs libertés et leurs droits.

Les apparences d'élections ne peuvent pas masquer la cruauté organisée du régime théocratique iranien. Les Iraniens sont capables d'assumer leur liberté ; ils veulent leur liberté ; ils méritent leur liberté.

Le moment est venu pour la minorité non élue de cesser d'étouffer les aspirations du fier peuple d'Iran.

En Arabie Saoudite, des individus réclament courageusement un gouvernement responsable. Et des premiers pas vers l'ouverture ont été faits avec les élections municipales.

Mais beaucoup paient d'un prix injuste l'exercice de leurs droits fondamentaux.

Trois personnes en particulier sont aujourd'hui emprisonnées pour avoir présenté de manière pacifique une pétition au gouvernement - et cela ne devrait être un crime dans aucun pays.

Ici, au Caire, la décision du président Moubarak d'amender la constitution et d'organiser des élections multipartites est encourageante.

Le président Moubarak a ouvert la porte aux changements. Mais désormais le gouvernement égyptien doit croire en son propre peuple. Nous sommes tous préoccupés par l'avenir des réformes égyptiennes lorsque des militants et des militantes pacifiques de la démocratie ne sont pas à l'abri de la violence. Il faut maintenant que l'État de droit remplace les décrets d'urgence et qu'un système judiciaire indépendant remplace la justice arbitraire.

Le gouvernement égyptien doit tenir la promesse qu'il a faite à son peuple - et au monde entier - en lui donnant la liberté de choisir.

Les élections égyptiennes, notamment les élections parlementaires, doivent être conformes aux normes objectives qui définissent les élections libres partout dans le monde.

Les groupes d'opposition doivent être libres de se réunir, de participer et de parler aux médias. Le vote ne doit pas être entaché par la violence ou l'intimidation.

Et les observateurs internationaux des élections doivent avoir libre accès aux bureaux de vote pour faire leur travail.

Ceux qui vont participer aux élections, qu'ils soient pour ou contre le gouvernement, ont aussi leurs responsabilités.

Ils doivent accepter l'État de droit, rejeter la violence, respecter les normes des élections libres et accepter pacifiquement les résultats.

Partout dans le Moyen-Orient, la peur des libres choix ne peut plus justifier le déni de liberté. L'heure est venue d'abandonner les prétextes utilisés pour éviter le dur travail menant à la démocratie.

Certains disent que la démocratie est imposée. En réalité, c'est le contraire qui est vrai : la démocratie n'est jamais imposée, la tyrannie l'est.

Les peuples choisissent librement la démocratie et toute réforme couronnée de succès vient de la base.

Nous n'avons qu'à regarder autour de nous.

Pour la première fois de l'histoire de l'humanité, plus de personnes vivent sous des régimes démocratiques que sous toute autre forme de gouvernement.

Cela s'est fait par choix, pas par coercition.

Certains disent que la démocratie mène au chaos, aux conflits et au terrorisme.

C'est le contraire qui est vrai : seuls les concepts de liberté et de démocratie sont suffisamment forts pour vaincre la haine, les divisions et la violence.

Pour les peuples de races et de religions différentes, la nature inclusive de la démocratie peut aider à éliminer la peur de la différence que certains considèrent comme un « permis de tuer ».

Mais les gens de bonne volonté doivent relever le défi de l'écoute, du débat et de la coopération avec les autres.

Pour les pays ayant des frontières communes et dont l'histoire a été tumultueuse, la démocratie contribuer à restaurer la confiance et à régler de vieux différends dans la dignité.

Mais les dirigeants visionnaires et forts doivent s'investir dans le lourd travail de nourrir les espoirs de paix.

Et pour tous les opprimés, la démocratie offre une voie vers la justice

Mais le système démocratique ne peut fonctionner si certains groupes ont un pied dans l'arène politique et un autre dans le camp de la terreur.

Certains disent que la démocratie détruit les institutions sociales et contribue à l'érosion des valeurs morales. C'est le contraire qui est vrai : le succès de la démocratie dépend de la probité publique et de la vertu privée.

Pour que la démocratie fleurisse, les hommes et les femmes libres doivent œuvrer chaque jour à renforcer leur famille, à aider leurs voisins et à soutenir leurs collectivités.

Certains prétendent que le progrès économique et social à long terme est possible sans liberté de pensée et sans marchés libres.

En fait, le potentiel et la créativité ne peuvent s'exprimer que lorsque les gouvernements font confiance à leurs citoyens et investissent dans leur avenir.

L'éducation est ce qui permet aux hommes et aux femmes de transformer leurs rêves en réalité et de vaincre la pauvreté.

Certains disent que la démocratie est l'apanage des hommes. Le contraire est vrai : une demi-démocratie n'est pas une démocratie.

Une dirigeante musulmane l'a bien dit : « La société est comme un oiseau. Elle a deux ailes. Et l'oiseau ne peut pas voler si une de ses ailes est brisée. »

Partout dans le Moyen-Orient, les femmes nous montrent la voie.

Au Koweït, les femmes ont manifesté pour obtenir le droit de vote, portant des banderoles qui disaient : « Les femmes aussi sont des Koweïtiennes ». Le mois dernier, l'assemblée législative du Koweït leur a donné raison.

En Arabie Saoudite, les promesses de la dignité s'éveillent chez certaines jeunes femmes. Lors des récentes élections municipales, j'ai vu un père de famille aller voter avec sa fille.

Au lieu de déposer lui-même son bulletin dans l'urne, il l'a donné à sa fille qui l'a fait. Ce petit geste d'espoir est révélateur du rêve d'un père pour sa fille. Et il n'est pas le seul.

Mesdames et messieurs, partout au Proche et au Moyen-Orient, des millions d'individus expriment leurs aspirations à la liberté et à la démocratie.

Ces hommes et ces femmes font reculer les frontières comme jamais on ne l'aurait cru possible il y a un an.

Ils montrent que tout progrès moral important commence lorsque des individus refusent que la réalité d'aujourd'hui soit la réalité de demain.

Il fut un temps, pas tellement éloigné, où la liberté était menacée par l'esclavage.

La valeur morale de mes ancêtres devait être mesurée, pensait-on alors, en fonction de leur prix sur le marché, pas de la dignité de leur être.

Cette pratique était soutenue par la violence. Mais le crime de l'esclavage humain n'a pas pu résister à la force de la liberté.

Ce qui semblait impossible il y a un siècle est devenu inévitable au siècle suivant.

Il fut aussi un temps, moins éloigné, où la liberté était menacée par le colonialisme.

Certains peuples, pensait-on alors, avaient besoin de maîtres étrangers pour gouverner leur pays et gérer leurs vies.

Comme l'esclavage, cette idéologie de l'injustice était soutenue par l'oppression.

Mais lorsque des nations courageuses ont demandé à jouir de leurs droits, la vérité, que la liberté est la destinée de chaque nation, s'est répandue partout dans le monde.

Ce qui semblait impossible il y a quelques décennies est devenu inévitable au cours des décennies suivantes.

Aujourd'hui, la liberté est menacée par des gouvernements non démocratiques. Certains pensent que c'est une donnée permanente de l'histoire.

Mais, mesdames et messieurs, il en est d'autres qui ne s'y laissent pas prendre.

Ces patriotes ardents, on les trouve à Bagdad et à Beyrouth, à Riyad et à Ramallah, à Amman et à Téhéran et aussi ici, au Caire.

Ensemble, ils définissent une nouvelle norme de justice pour notre époque - une norme claire, puissante et exaltante. La liberté est une aspiration universelle et la démocratie est la voie idéale de toutes les nations.

Le jour arrive où la réalisation de la promesse d'un monde vraiment libre et démocratique, jugée impossible il y a encore peu de temps, va aussi sembler inévitable.

Le peuple égyptien devrait être à l'avant-garde de ce mouvement, comme il l'a été dans la région par le passé.

Un futur rempli d'espoir est à la portée de tous les Égyptiens, et de toutes les femmes et de tous les hommes du Moyen-Orient. C'est à vous de choisir. Mais vous n'êtes pas seuls. Toutes les nations libres sont à vos côtés.

Alors, ensemble, choisissons la liberté et la démocratie, pour nos pays, pour nos enfants et pour notre avenir.


Date de rédaction: 21 juin 2005 Mise à jour: 21 juin 2005

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