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Le tsunami asiatique : l'assistance humanitaire de l'armée américaineL'armée américaine fournit « la charpente logistique » nécessaire aux opérations de secoursCet article de Ralph Cossa a paru dans notre revue électronique sur la politique étrangère intitulée « Améliorer les conditions de vie : les programmes d'assistance humanitaire de l'armée des É.-U. », publiée en novembre 2004 et mise à jour en mars 2005. Revue électronique du département d'État : Améliorer les conditions de vie : les programmes d'assistance humanitaire de l'armée des É.-U. Le tsunami asiatique L'armée américaine fournit « la charpente logistique » nécessaire aux opérations de secours Ralph Cossa « Le rôle de l'armée est de mobiliser ses capacités exceptionnelles et ses moyens considérables pour apporter des secours immédiats et sauver des vies. » Cette simple phrase prononcée par l'amiral Thomas Fardo, commandant des forces américaines dans le Pacifique, résume la mission très complexe entreprise par les forces armées américaines à la suite du terrible tsunami qui, le 26 décembre 2004, a fait plus de 300.000 morts ou disparus et qui a déplacé plus d'un million de personnes dans onze pays d'Asie du Sud et du Sud-Est et d'Afrique. La dévastation qu'il a causée aurait pu être encore plus grave si la communauté internationale n'avait pas réagi aussi rapidement. Bien que de nombreux pays aient participé aux secours et que le ministère américain de la défense ait sciemment minimisé le rôle de premier plan qu'il a joué dans les secours humanitaires et mis principalement l'accent sur les efforts de secours des divers pays hôtes et les opérations de secours de leur armée et de leur population civile, « le dispositif exceptionnel et les moyens considérables » déployés par l'armée américaine ont sauvé la vie et redonné espoir à des dizaines de milliers de personnes. Au plus fort des opérations de secours, quelque 16.000 soldats américains étaient déployés dans les régions les plus touchées par cette catastrophe. Plus d'une vingtaine de navires américains (y compris des porte-avions, un groupe amphibie des marines et le navire-hôpital Mercy, qui est resté sur les lieux après le départ des principales forces navales) et plus de 100 avions ont pris part aux opérations de secours, moyennant un coût estimé à quelque 5 millions de dollars par jour. Ces coûts font partie des 346 millions de dollars que les États-Unis ont dépensés pour les secours immédiats. Le 9 février, le président Bush a annoncé un engagement de dépenses supplémentaire de plus de 600 millions de dollars, ce qui porte à 950 millions de dollars le total de l'aide fournie et promise par les États-Unis. De plus, d'importants dons totalisant 700 millions de dollars et plus ont été obtenus grâce aux efforts déployés par les anciens présidents George H.W. Bush et Bill Clinton auprès de sociétés, d'institutions et du public américains. Les quelque soixante hélicoptères américains qui ont effectué plus de 2.200 missions, transportant les secours des navires américains et autres zones d'étape vers les villes et villages durement éprouvés par le tsunami ont apporté un soutien extrêmement important à l'armée américaine. Les avions de transport américains, principalement des C-130 et C-17, ont en outre effectué au moins 1.300 missions, transportant les secours et équipements dont avaient le plus grand besoin les régions affectées. En Indonésie, où les dégâts ont été les plus importants, la première eau potable reçue par les survivants a été livrée par les unités de l'armée des États-Unis qui s'étaient précipitées vers la région avant même que l'on ne connaisse toute l'étendue des dégâts. À la mi-février, l'armée américaine avait livré au total plus de 10.000 tonnes de fournitures et d'équipement de secours. Six navires prépositionnés à Guam et à Diego Garcia ont également été envoyés dans la région pour répondre à un besoin critique en eau potable : chacun de ces navires peut transporter environ 340.000 litres d'eau potable et en produire l36.000 litres par jour. Un ravitaillement suffisant en eau potable a contribué à empêcher le déclenchement d'épidémies de paludisme et autres maladies que tous prédisaient, mais qui ont généralement pu être évitées. Les ambassadeurs des États-Unis dans les régions sinistrées ont immédiatement offert une assistance financière et technique et demandé aux experts de l'armée américaine et de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) d'évaluer les dégâts. Les navires américains ont reçu l'ordre d'entamer leur déploiement dans la région dans les heures qui ont suivi la catastrophe - bien avant que l'on ait une idée de l'ampleur des dégâts ou que les gouvernements aient demandé de l'aide, afin d'être sur place si leur présence était nécessaire ou souhaitée. Dans les 24 heures, un P-3 Orion, avion de reconnaissance de la marine américaine, entamait ses missions au-dessus des zones affectées pour seconder les opérations de recherche et de sauvetage et évaluer l'étendue des dégâts. Et cela en dépit du fait que les forces américaines continuaient à donner leur maximum et que beaucoup de leurs membres avaient récemment servi en Irak. (Loin de se plaindre, ces militaires sont venus volontairement et même avec empressement au secours, bien que, pour certains, cela ait signifié l'abrègement de leur congé de fin d'année ou de récupération ). Commandement et contrôle Si le nombre de militaires participant aux secours et l'ampleur de l'aide qu'ils ont fournie ont été impressionnants, la contribution américaine la plus précieuse s'est concentrée sur les moyens exceptionnels que possède le ministère américain de la défense dans les domaines suivants : commandement, contrôle, communications et coordination. Ces capacités, qui sont décisives en temps de guerre, se sont révélées tout aussi indispensables pour assurer l'efficacité et la coordination de leur intervention. Dans les 48 heures qui ont suivi le drame, et alors que les dépêches continuaient à estimer à quelque 20.000 le nombre de morts, le commandement américain dans le Pacifique établissait déjà un groupe tactique commun pour coordonner et diriger l'aide humanitaire et les opérations de secours. Les autorités américaines demandèrent et obtinrent rapidement du gouvernement thaïlandais l'autorisation d'utiliser l'importante base aérienne d'Utapao comme centre des opérations de secours. Pendant ce temps, les attachés du ministère américain de la défense obtenaient les droits de survol et d'atterrissage nécessaires et prenaient les premiers contacts pour permettre aux forces américaines, si elles étaient autorisées à apporter de l'aide, à collaborer plus efficacement avec leurs homologues régionaux. Comme l'a déclaré par la suite le ministre adjoint de la défense, M. Paul Wolfowitz, lors d'une déposition, « le ministère américain de la défense n'aurait pas pu intervenir aussi rapidement sans les relations établies de longue date avec les forces armées des pays de la région, en particulier celles de la Thaïlande ». La force mixte (c'est-à-dire impliquant la participation de plusieurs éléments des forces armées) est rapidement devenue une force interarmées tandis que d'autres forces militaires participaient à l'effort de coordination. Le groupe tactique s'est également transformé en une force non doctrinale de soutien. Trois jours après que le tsunami eut frappé, la Force 536 (force spéciale chargée de coordonner les secours aux régions sinistrées), placée sous le commandement du général des marines Robert Blackman (qui commande également la Troisième force expéditionnaire des marines à Okinawa) jouait déjà un rôle de premier plan en coordonnant les premiers secours américains et internationaux. Plus particulièrement, la Force 536 collaborait étroitement avec les ambassades des États-Unis et les services locaux de l'USAID, y compris ses Equipes de secours aux victimes de catastrophe (DART) pour assurer une intervention américaine sans accrocs. Les divers services de la bureaucratie de Washington ne sont généralement pas réputés pour l'efficacité de leur coopération, mais l'administrateur de l'USAID, M. Andrew Natsios, a fait l'éloge « des mécanismes efficaces de coordination, du niveau tactique local au niveau stratégique de l'état-major ». La coopération entre le ministère américain de la défense et l'USAID a permis de combiner « les capacités et l'expertise de chacun d'eux en un partenariat efficace », selon M. Natsios. Le Centre combiné de coordination (CCC) de la Force 536 à Utapao est rapidement devenu l'élément central de la coordination des efforts internationaux de secours, avec la participation d'officiers de liaison d'Australie, de Grande-Bretagne, du Japon, de Thaïlande et de Singapour, d'une cellule de coopération entre civils et militaires, de représentants des équipes DART de l'USAID et d'un fonctionnaire local de l'Office de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (UNOCHA) . Ces personnes se réunissaient plusieurs fois par jour pour coordonner leurs efforts nationaux et institutionnels respectifs. C'est cet élément indispensable de coordination sur le terrain qui a permis d'éviter la redondance des efforts et facilité une évaluation exacte de l'étendue des dégâts ainsi que l'identification des régions qui avaient le plus besoin d'aide. Le CCC de la Force 536 a également facilité les efforts du « Core Group » international (auquel participaient les États-Unis, l'Australie, le Japon, l'Inde, le Canada et d'autres pays) qui avait été établi pour coordonner les premières étapes des opérations internationales de secours, identifier et combler les lacunes et prévenir ou faire cesser les embouteillages logistiques jusqu'à ce que les Nations unies puissent se mobiliser et jouer un rôle de premier plan dans l'acheminement des secours. Les opérations de secours ont également fait ressortir les avantages du Réseau de la zone Asie-Pacifique (APAN) du commandement américain dans le Pacifique. La mission de l'APAN consistait à partager électroniquement les renseignements non secrets pour faciliter l'entente régionale, établir la confiance entre les pays voisins d'Asie et du Pacifique et améliorer la coopération en matière de sécurité. L'APAN a été abondamment utilisé par la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie et les pays asiatiques concernés pour coordonner les opérations de secours. Afin de soutenir plus efficacement les secours multinationaux, la Force 536 a établi en Thaïlande, au Sri Lanka, et à Aceh ( Indonésie) des Groupes de soutien combinés (CSG) dirigés par des officiers supérieurs pour coordonner les activités des agences locales et des organisations non gouvernementales (ONG) ainsi que les travaux de leurs propres équipes d'évaluation des secours et celles de l'USAID. Les CSG avaient pour objectif de « minimiser les pertes de vies et d'atténuer les souffrances humaines, tout en mettant à la disposition des régions affectées les ressources des autres agences gouvernementales américaines, des ONG et des organisations internationales et régionales de secours ». Ils étaient sur place pour soutenir les efforts déployés par les pays hôtes mais, dans la plupart des cas, fournissaient une expertise précieuse en matière de gestion et de coordination qui aurait risqué de faire défaut, tout en complétant des ressources locales sollicitées à l'excès. Décrivant les efforts déployés sur le terrain par le Commandement du Pacifique, le sous-secrétaire d'État américain Alan Larson a fait l'éloge « des choses remarquables qui ont été accomplies pour établir la charpente logistique de toute l'opération de secours et faciliter le travail des Nations unies, des ONG et des autres donateurs ». Dans chaque cas, les militaires américains ont collaboré étroitement avec leurs homologues locaux, surmontant dans certains cas des années de méfiance et prouvant une fois de plus la valeur de la systématisation des contacts entre armées pour permettre une coopération plus efficace durant les périodes de crise. Comme l'a fait remarquer l'amiral Fargo « si notre intervention a été efficace, c'est en partie parce que nous avions acquis depuis de nombreuses années ces habitudes de coopération ... nous avions formé des partenariats et mis au point des méthodes de travail efficaces et lorsque ce désastre s'est produit, nous avons pu les mettre en pratique. » Une tradition d'assistance humanitaire Ce n'était évidemment pas la première fois que les forces armées américaines participaient à des opérations de secours. Un exemple précédent remarquable est celui du déroutement, au milieu de l'océan, de la première force expéditionnaire des marines américains qui rentraient de l'opération Tempête du désert, en 1991. Le but du déroutement était d'aider le Bangladesh à la suite d'un typhon qui avait fait plus de 130.000 morts. Les plans de cette opération ont été littéralement improvisés alors que les marines se précipitaient vers la baie du Bengale pour fournir des secours. Bien que l'opération ait été considérée comme un énorme succès et qu'on ait estimé que l'intervention rapide des États-Unis avait sauvé la vie de milliers d'habitants du Bangladesh, cette opération avait fait ressortir la nécessité d'une meilleure coopération et d'une planification préalable. Depuis lors, le commandement du Pacifique met fortement l'accent sur la mise au point de moyens d'intervention en cas de crise avec sa Military Planning Augmentation Team (MPAT), un groupe de spécialistes habitués à travailler ensemble sur une base multinationale pour intervenir en cas d'urgence. Comme l'a fait observer M. Wolfowitz, ministre adjoint de la défense, « l'expérience de la MPAT a été mise à profit en réponse à la catastrophe du tsunami ». Les activités de la Force 536 arrivent maintenant à leur terme. Tandis que les opérations immédiates de secours prennent fin et que le flambeau est transmis aux gouvernements affectés et aux agences internationales de secours dirigées par les Nations unies, une longue phase de reconstruction va maintenant battre son plein. Comme l'a fait remarquer l'amiral Fargo , « ce travail est accompli plus efficacement par les agences de secours spécialisées » . Toutefois, certaines forces américaines, dont le navire-hôpital Mercy, restent sur les lieux. Par ailleurs, en dépit du succès remarquable des opérations de secours, les planificateurs américains étudient déjà avec leurs collègues du département d'État, de l'USAID et d'autres instances gouvernementales comment on pourra faire encore mieux la prochaine fois qu'une catastrophe se produira. Ralph Cossa est président du Pacific Forum du CSIS à Honolulu, institut de recherche sans but lucratif sur la politique étrangère, affilié au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington. Il est rédacteur en chef de « Comparative Connections », la revue électronique trimestrielle du Forum. Il fait partie du Council on U.S.-Korean Security Studies et du National Committee on U.S.-China Relations (NY) ainsi que de l'International Institute for Strategic Studies (Londres) et du groupe d'étude de l'Asia Foundation sur le rôle de l'Amérique en Asie. Il est également membre du groupe d'experts du Forum régional de l'ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique). M. Cossa est l'un des membres fondateurs du Comité directeur du Conseil pour la coopération et la sécurité en Asie-Pacifique (CSCAP). Il est coprésident du groupe d'étude du CSCAP qui s'emploie à enrayer la prolifération des armes de destruction massive en Asie et dans le Pacifique et directeur exécutif du Comité américain du CSCAP (USCSCAP). Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis. Date de rédaction:
16 mars 2005 Mise à jour:
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