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Actualités de Washington
  

La production d'opium menace l'avenir de l'Afghanistan

Dépositions de trois hauts responsables du gouvernement devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants

Par Mike O'Toole
Washington File Staff Writer

Washington - Le 17 mars, trois hauts responsables du gouvernement des Etats-Unis ont fait des dépositions devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants à propos de la production d'opium en Afghanistan et de son trafic, problème qui, à leur sens, menace l'avenir du pays et dont la portée est mondiale.

Il s'agissait de Mme Maureen Quinn, coordonnatrice du département d'Etat pour l'Afghanistan, de Mme Mary Beth Long, vice-ministre adjointe de la défense chargée des questions ayant trait à la lutte contre les stupéfiants, et de M. Michael Braun, responsable de la « Drug Enforcement Administration », (DEA) organisme de répression du trafic des stupéfiants.

L'Afghanistan, a indiqué Mme Long, est la première source mondiale d'héroïne. Il fournit la plupart des marchés régionaux, ainsi que l'Europe et la Russie. Selon des statistiques de l'ONU, 87 % de la production illicite d'opium aurait eu lieu dans ce pays en 2004.

Elle a cependant rendu hommage à l'engagement pris par le président Hamid Karzaï de trouver une solution au problème, en déclarant que lorsqu'il s'était récemment adressé aux gouverneurs provinciaux, il avait fait le parallèle entre le trafic des stupéfiants en Afghanistan et l'invasion des Soviétiques et qu'il leur avait demandé de mener contre cette terrible menace une lutte tout aussi acharnée que contre les Soviétiques.

Mme Long a précisé que les soldats américains qui se trouvaient en Afghanistan étaient autorisés à mener des opérations militaires contre les trafiquants lorsque ces opérations appuyaient leur mission de maintien de la stabilité. Selon elle, depuis le mois de juillet 2004, les forces militaires américaines se sont trouvées à 19 reprises face à de la drogue dans le cadre d'opérations militaire et l'ont soit détruite soit remise aux autorités afghanes compétentes.

Afin de poursuivre les initiatives en matière de lutte contre les stupéfiants en Afghanistan, le ministère de la défense a demandé 257 millions de dollars supplémentaires, a-t-elle dit. Actuellement, 15,4 millions de dollars sont prévus pour l'année budgétaire 2005.

« Le trafic des stupéfiants entrave nos efforts lorsqu'il s'agit de vaincre les extrémistes et les forces terroristes et représente également une menace à la stabilité et à la légitimité du gouvernement afghan », a-t-elle souligné.

Pour sa part, Mme Quinn a énuméré les progrès réalisés en Afghanistan depuis la chute du gouvernement taliban en 2001, mettant l'accent en particulier sur l'organisation d'élections à l'assemblée nationale en octobre 2004 auxquelles 8 millions d'Afghans ont participé, dont 3,2 millions de femmes. Elle a également mentionné la diminution de la violence en général, la mise sur pied de nouvelles institutions en matière de sécurité, et les « énormes avancées enregistrées dans l'organisation d'une économie de marché légitime ».

La situation s'est détériorée au plan de la lutte contre les stupéfiants, a-t-elle admis, citant des estimations du Fonds monétaire international selon lesquelles les recettes de la drogue représenteraient environ 60 % de l'économie du pays. La culture de plantes narcotiques et le trafic de stupéfiants, a-t-elle ajouté, aggravent la corruption à tous les niveaux du gouvernement, et il est difficile de surmonter le problème en raison de la nouveauté du système pénal qui est incomplet et surchargé.

Elle a reconnu le fait que beaucoup d'agriculteurs afghans n'ont peut-être pas d'autre choix que la culture du pavot somnifère étant donné l'état de destruction générale dans le pays après 25 ans de conflit et la difficulté à y retrouver une vie normale. Elle a aussi souligné le manque de sources légitimes de revenus ainsi que les moyens limités dont le gouvernement national disposait pour faire respecter la loi.

Mme Quinn s'est déclarée « prudemment optimiste » à propos des mesures prises jusqu'ici par le gouvernement du président Karzaï, qui comprennent la création d'un ministère de la lutte antidrogue et l'adoption d'un plan portant sur huit domaines, à savoir le renforcement des institutions, l'information du public, la recherche d'autres sources de revenus, l'interdiction des stupéfiants et le respect de la loi, la justice criminelle, l'éradication, la réduction de la demande et le traitement des drogués ainsi que la coopération régionale.

Le gouvernement Bush, a-t-elle expliqué, a prévu 773,5 millions de dollars supplémentaires pour l'année budgétaire 2005, afin de mettre en place un programme de lutte contre les stupéfiants en Afghanistan. L'objectif est d'obtenir des résultats immédiats et en même temps de renforcer les capacités du gouvernement afghan à mener à bien et par lui-même la lutte contre les stupéfiants en formant des magistrats et des policiers. Le gouvernement britannique s'efforce lui aussi de donner aux Afghans la possibilité de se recycler et de trouver d'autres sources de revenus.

Quant à M. Braun, de la DEA, il a donné aux parlementaires des détails plus précis en ce qui concerne la lutte contre les stupéfiants en Afghanistan et annoncé l'envoi dans ce pays d'une équipe de conseillers étrangers chargés « d'offrir des conseils et de participer à des enquêtes bilatérales afin d'identifier et démanteler les groupes se livrant au trafic de stupéfiants et au blanchiment de l'argent ». Selon lui, en vertu d'un projet mis en œuvre en coopération avec les forces de police locales, on a déjà saisi « d'importantes quantités d'opium et d'héroïne ».

La DEA, a-t-il dit, s'est joint aux partenaires de la coalition, au département d'Etat et au ministère de la défense en vue de la mise en application par l'ambassade des Etats-Unis à Kaboul d'un plan en cinq points, qui sont l'information du public, la recherche de sources de revenus différentes, le respect de la loi, l'interdiction et l'éradication des stupéfiants. La DEA concentre ses efforts sur le volet « interdiction », apportant son aide à la destruction des laboratoires clandestins et saisissant les produits chimiques précurseurs, l'opium et les stocks de produits opiacés.

« Il s'agit là d'un problème à long terme, qui exigera une attention sans faille du gouvernement afghan et de la communauté internationale », a souligné Mme Quinn.


Date de rédaction: 23 mars 2005 Mise à jour:

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