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L'inauguration d'un musée de la civilisation arabe au cœur des États-UnisCe musée inspire une grande fierté à la communauté arabe.Par Erin Block Dearborn (Michigan) - Sa première visite au Musée national arabo-américain terminée, Mahmoud Benlarbi, un immigré de Tunisie, s'est exclamé : « Ce n'est pas trop tôt ! » Il faut en effet signaler que, parmi les 15.000 musées existant aux États-Unis, pas un jusqu'ici n'illustrait la riche histoire ni ne documentait la culture et le patrimoine de la communauté arabo-américaine. Il a fallu l'inauguration du Musée national arabo-américain à Dearborn (Michigan) au mois de mai 2005 pour que cette histoire soit finalement racontée. Le musée présente quelque 500 objets et une centaine de montages audio-visuels interactifs qui offrent aux visiteurs un tableau assez complet de la communauté arabo-américaine et de la civilisation arabe dans le monde. « C'est très impressionnant », a déclaré M. Tom Jaworowski, un visiteur venu de Californie. « Ce musée vous présente non seulement la société arabo-américaine et ses nombreuses contributions, mais également beaucoup de renseignements sur la civilisation arabe dans son ensemble. » Le musée se divise en deux grandes galeries. La première, « Contributions du monde arabe », illustre les progrès et les découvertes réalisés par les Arabes dans divers domaines : médecine, droit, architecture, mathématiques, astronomie, religion, art. Située au rez-de-chaussée, elle s'étend autour d'une fontaine d'eau centrale où les visiteurs peuvent s'asseoir et admirer un dôme de style musulman. Gravissant l'escalier, on arrive à la seconde galerie où est d'abord exposée une carte des 22 pays arabes, puis des expositions qui établissent les liens entre le monde arabe et la communauté arabo-américaine, thème central de ce musée. « Notre mission, au Musée national arabo-américain, est de raconter l'histoire des Arabo-Américains. Pour ce faire, nous devons parler de leurs racines, de leurs relations avec le monde arabe », a déclaré Mme Sarah Blannett, la conservatrice du musée. La galerie du premier étage présente dans trois grandes expositions la culture et l'histoire arabo-américaines. 1. L'arrivée aux États-Unis Alors que les visiteurs s'avancent vers les portes de cette première exposition, ils entendent des enregistrements de récits d'Arabo-Américains décrivant les péripéties de leur départ de leur terre natale et de leur arrivée dans le Nouveau Monde. Les voix et les récits finissent par s'enchevêtrer. On entend un homme dire « j'ai embrassé le sol de l'Amérique », et un autre s'exclamer « j'ai vu la Statue de la Liberté, c'était grandiose ». Une première vitrine expose divers objets tels qu'une valise, une bible en arabe et un dictionnaire anglais qui avaient appartenu au pasteur Fahed Abu-Akel, qui était arrivé aux États-Unis en 1966 avec seulement 90 dollars en poche, dont il avait accidentellement dépensé la moitié en empruntant une limousine au lieu d'un taxi à l'aéroport de Tampa (Floride). La première salle de l'exposition raconte l'histoire du premier immigré arabe, un dénommé Zammouri qui arriva en Amérique comme esclave et qui aurait été le premier arabophone du Nouveau Monde. En 1511, Zammouri fut capturé et vendu en esclavage. Après 16 ans de captivité, il fut emmené en Amérique en 1528 dans le cadre de la force expéditionnaire espagnole. On le connaît aujourd'hui comme l'un des grands explorateurs du sud-ouest nord-américain, guérisseur célèbre et traducteur émérite. En passant dans l'exposition, les visiteurs peuvent entendre des enregistrements de récits d'Arabo-Américains décrivant leur départ de pays divers tels que le Yémen, le Liban et la Syrie. Une partie de l'exposition est consacrée à Ahmad Ibrahim, un émigré de Palestine. On a fait de lui une statue grandeur nature qu'on a placée dans une pose coutumière, assis à l'entrée de son logement à Brooklyn (New York). Dans un enregistrement, Ahmad Ibrahim évoque les préoccupations qui l'habitaient juste avant qu'il n'embarque à bord du bateau qui devait l'emmener en Amérique : « Nous devrions manger un sandwich falafel avant de partir ! » Les récits illustrent le « rêve américain » : des Arabes arrivent aux États-Unis sans rien et rencontrent le succès. C'est ainsi que Mohamed Abdallah, arrivé du Yémen avec dans ses poches 7 dollars et l'adresse d'un café yéménite à New York, ne parlant pas l'anglais et ne possédant aucune aptitude professionnelle, a réussi à élever une famille. Aujourd'hui, ses deux enfants sont titulaires de diplômes universitaires. M. Benlarbi, qui est arrivé aux États-Unis en 1991, se reconnaît dans cette exposition : « Ces récits reflètent un aspect essentiel de notre communauté. » 2. La vie aux États-Unis Cette exposition est l'une des plus saisissantes du musée : le visiteur pénètre dans une salle assombrie où il se trouve entouré de photos et d'images. Une vidéo se met en marche, une voix interroge : « Y a-t-il longtemps que vous avez vu un Arabe à la télévision ? » Les réponses des visiteurs trahissent leur ignorance de la communauté arabo-américaine. Sur un autre mur sont affichés des portraits stéréotypés de l'Arabe tel que le dépeignent parfois les médias. Le montage est frappant : les Arabes ont l'aspect de personnages de bandes dessinés, violents et inhumains, et se fondent dans d'autres images de violence comme on en voit aux nouvelles télévisées et dans des films d'Hollywood. Cette représentation dramatique est tempérée par un autre montage qui offre une note d'espoir : sur un autre mur sont affichées des photos de famille d'Arabo-Américains unis et rayonnants, membres d'une communauté dynamique. « Cette salle est sans doute la plus importante du musée », déclare M. Benlarbi. « Elle expose les mythes et les stéréotypes qu'on trouve dans les médias. Peut-être ouvrira-t-elle les yeux aux gens, les rendra-t-elle plus sensibles à la réalité. » Parmi les autres présentations interactives de cette exposition on remarque une vidéo d'information sur la « debkeh », danse populaire pratiquée lors de noces et d'autres célébrations au Liban, en Palestine, en Syrie et en Jordanie, ainsi qu'une cuisine traditionnelle arabo-américaine où sont exposés des mets tels que le khubiz et le falafel. Enfin, une carte intitulée « D'où venez-vous ? » invite les visiteurs à prendre un aimant dont la couleur correspond à leur pays d'origine et à le placer sur les États-Unis. Après qu'un certain nombre de visiteurs sont passés par cette exposition, il est facile de constater combien la société américaine représente effectivement un « creuset » aux multiples origines : Europe, Afrique, Moyen-Orient, etc. 3. L'influence arabo-américaine La troisième exposition met l'accent sur la multitude de citoyens et d'organisations arabo-américains qui ont eu un impact sur la société des États-Unis en tant qu'athlètes, militants, savants, écrivains, médecins, entrepreneurs, politiciens, ingénieurs et comédiens. Calanit Kedem, un visiteur venu de Washington, admirant les photographies de vedettes sportives telles que le footballeur Doug Flutie et le pilote de course Bobby Rahal, s'exclame : « Ces gens sont si célèbres aux États-Unis, leurs réalisations sont si étonnantes, et je n'avais aucune idée qu'ils sont arabo-américains. C'est la grande leçon de ce musée. » On note aussi une vitrine consacrée à George Doumani, le géologue qui organisa cinq expéditions dans l'Antarctique et contribua à démontrer la théorie de la dérive des continents. Doumani fit don au musée de son drapeau du Liban qui l'avait accompagné dans ses expéditions. Il l'avait cousu à la main à partir d'une taie d'oreiller et de deux fanions rouges de balisage de piste, et peint le cèdre qui orne le drapeau à l'aide d'encre verte d'Inde. Les visiteurs peuvent également voir la machine à écrire mécanique qu'avait utilisée la légendaire correspondante de la Maison-Blanche Helen Thomas au début de sa carrière. Cette journaliste d'origine libanaise qui couvre la Maison-Blanche depuis 57 ans a été baptisée « première dame de la presse » et passe pour l'une des femmes les plus influentes des États-Unis. Cette troisième exposition est, elle aussi, très interactive. Par exemple, des jeux pour enfants et adultes permettent de découvrir des noms célèbres. Il suffit d'appuyer sur un bouton pour qu'une vitrine s'éclaire, montrant un costume de père Noël que portait Robert George, un Arabo-Américain qui a travaillé pendant 50 ans et pour sept gouvernements différents comme père Noël officiel de la Maison-Blanche. En appuyant sur un autre bouton, on peut entendre la célèbre sentence que prononça le président John Kennedy lors de son investiture en 1961 : « Ne vous enquerrez pas de ce que votre pays peut faire pour vous, mais de ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Ces paroles étaient inspirées du poète et philosophe arabo-américain Kahlil Gibran. Outre les deux galeries, le musée possède également un auditorium, des salles de classe, une boutique et un centre de documentation contenant des renseignements sur le monde arabe ainsi que des ouvrages d'Arabo-Américains. Ainsi il ne s'agit pas seulement d'un lieu consacré à l'histoire, mais aussi d'un centre culturel, où notamment les artistes et les musiciens arabes pourront faire valoir leurs talents. Il hébergera notamment le programme culturel et artistique « ACCESS » et contribuera à favoriser le rayonnement de la culture arabe et arabo-américaine grâce à des projets éducatifs et artistiques. « Il est important de renseigner le public et de le sensibiliser à la civilisation arabe, et il importe aussi d'offrir au monde arabe la possibilité de montrer ses talents », a conclu la conservatrice du musée, Mme Blannett. Date de rédaction:
26 mai 2005 Mise à jour:
26 mai 2005
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