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Actualités de Washington
  

Le Soudan se trouve à une croisée des chemins, déclare M. Zoellick

Le discours du secrétaire d'État adjoint à l'université de Khartoum

M. Robert Zoellick, secrétaire dÉtat adjoint
M. Robert Zoellick, secrétaire d'État adjoint. (©AP/WWP)

De l'avis de M. Robert Zoellick, secrétaire d'État adjoint, « le Soudan est parvenu à une croisée des chemins et tous les acteurs clés doivent prendre des mesures bien définies pour retrouver leur élan ».

« Le sort de l'accord global de paix (CPA), son succès ou son échec, est encore dans la balance et avec lui, l'avenir du Soudan », a-t-il souligné le 9 novembre dans son discours à l'université de Khartoum, à l'occasion de son quatrième voyage dans la région.

Le gouvernement central, a-t-il dit, « doit prendre des mesures convaincantes pour établir la confiance, montrer qu'il est fermement attaché au CPA et trouver une solution pacifique au Darfour », ajoutant que, pour sa part, le MPLS « doit se transformer de mouvement rebelle en un mouvement politique national, participer à l'établissement d'un gouvernement inclusif dans le Sud et jouer un rôle positif en tant que partenaire engagé au sein du gouvernement d'unité nationale ».

Quant aux factions rebelles du Darfour, « elles doivent respecter le cessez-le-feu, s'unifier en vue des négociations d'Abuja et viser à une paix qui jettera les fondations du développement du Darfour ».

« Si les Soudanais s'attellent au dur travail de la paix, les États-Unis les appuieront dans leurs efforts. Et nous œuvrerons avec d'autres nations de par le monde pour vous soutenir. Au cours des trois dernières années, mon pays a déjà fourni 2 milliards de dollars d'aide dans les domaines de l'assistance humanitaire, de la sécurité et de la reconstruction », a affirmé M. Zoellick.

Et de préciser : « Les États-Unis visent à faire usage du CPA pour assurer une guérison durable des blessures du pays et pour forger une nouvelle entente politique pour l'avenir. Nous appuierons les missions de maintien de la paix de l'Union africaine et des Nations unies afin d'enrayer la violence, tandis que des solutions politiques seront négociées et mises en œuvre.

Nous travaillerons avec les pays voisins de manière à ce qu'ils jouent un rôle constructif pour mettre un terme à la violence. Nous continuerons de fournir des secours humanitaires aux gens qui souffrent. Et nous œuvrerons en faveur d'élections libres, d'institutions démocratiques et du développement économique pour l'ensemble du peuple soudanais. »

« La génération de Soudanais actuelle pourra enfin libérer le pays des chaînes du passé. L'Accord global de paix, héritage d'un ancien étudiant et d'un ancien enseignant de cette fière université, trace la voie à suivre. Mais les prochains mois seront d'une importance critique pour toutes les parties concernées au Soudan, qui doivent retrouver leur élan. C'est à vous tous qu'il incombe à présent d'entreprendre le dur travail de la paix », a dit M. Zoellick en conclusion.

On trouvera ci-après le texte du discours de M. Zoellick.

Soudan : le dur travail de la paix

Discours de M. Robert Zoellick
Secrétaire d'État adjoint des États-Unis

Université de Khartoum
9 novembre 2005


Il me semble particulièrement approprié que ma visite de cet après-midi soit parrainée conjointement par l'université de Juba et par l'Institut de recherche pour la paix de l'université de Khartoum. Les travaux de cette institution dans le domaine des études de développement sont respectés dans toute l'Afrique et de par le monde. De même, l'université de Juba est renommée pour ses programmes dans les domaines du développement de l'agriculture et des ressources naturelles, qui seront tous deux d'une importance clé pour l'avenir du Soudan. Et votre coopération aujourd'hui est un heureux signe avant-coureur de la réconciliation Nord-Sud au Soudan.

J'ai eu l'occasion, au début de cette année, de faire la connaissance de deux hommes qui ont jadis passé un certain temps à l'éminente université où nous sommes réunis aujourd'hui. L'un d'eux y a étudié dans les années 1960 ; l'autre y a enseigné dans les années 1980. L'étudiant, Ali Osman Mohamed Taha, a joué par la suite un rôle central au sein du gouvernement islamiste soudanais, sous la houlette du Président Bashir. L'enseignant, John Garang, est devenu le chef du mouvement de résistance du Sud à ce gouvernement.

Durant leur séjour à cette université, ni Ali Taha ni John Garang n'auraient pu, je crois, imaginer le remarquable événement de juillet dernier qui les a vus, côte à côte, intronisés en tant que vice-présidents du nouveau Gouvernement d'unité nationale du Soudan.

Ils avaient emprunté des chemins très différents, au sein de mouvements politiques très différents. Dans les années qui ont suivi leur départ du campus où nous sommes, la cruelle guerre civile du Soudan a coûté deux millions et demi de vies et a chassé de chez eux des millions de Soudanais. Il y a même eu une période d'association ouverte avec des terroristes islamiques durant laquelle Oussama ben Laden a été reçu et honoré à Khartoum.

Lors de l'entrée en fonctions du nouveau gouvernement d'unité, où je représentais le gouvernement des États-Unis, il m'est apparu que cette cérémonie marquait à la fois une fin et un commencement. L'Accord global de paix ( » Comprehensive Peace Agreement », CPA) négocié par MM. Garang et Taha à Navaisha est un accomplissement de portée historique. Il a mis un terme au conflit Nord-Sud prolongé et meurtrier et il a ouvert la porte à un avenir de développement et de démocratie, avec le retour du Soudan au sein de la communauté internationale.

Mais il faut que le CPA soit mis en application. L'accord trace l'itinéraire d'un difficile voyage qu'il faut encore entreprendre. Sa réalisation exige des dirigeants du Nord et du Sud qu'ils partagent la responsabilité de la gouvernance, qu'ils prennent des décisions difficiles et qu'ils continuent de forger des compromis. Le sort du CPA, son succès ou son échec, est encore dans la balance et avec lui, l'avenir du Soudan.

Les causes profondes du conflit

En passant ce matin dans les rues de Khartoum, j'ai aperçu par la fenêtre de ma voiture une métropole de grandes dimensions et grandissante. Les nouvelles constructions sont porteuses de nouveaux espoirs. Mais la ville est entourée, comme elle l'est depuis des siècles, par les vastes espaces subsahariens paupérisés du Darfour au Sud et du Béja à l'est.

La lutte de la périphérie contre le centre, à Khartoum, caractérise de longues périodes de l'histoire soudanaise. Le feu qui couvait sous les cendres des conflits internes étouffés par un régime impérial étranger, a repris au départ des colonialistes. C'est ainsi que lors de son accession à l'indépendance de la Grande-Bretagne en 1956, le Soudan a connu de sanglants affrontements du Sud et du Nord, d'une gravité particulière. Dans les années 1970, et il y a là un avertissement à écouter aujourd'hui, une décennie de paix fragile a pris fin après le rapide effritement de l'accord de paix de cette époque.

Quand la guerre a repris dans les années 1980, nous avons assisté pour la première fois au recours à une tactique brutale qui est venue hanter le Soudan, celle de la lutte contre les insurrections par le déploiement de milices locales pour semer la terreur et la destruction.

Et, chose déplorable, alors même que le Nord et le Sud progressaient 20 ans plus tard vers la conclusion d'un accord de paix, cette cruelle tactique anti-insurrectionnelle a été employée de nouveau, au Darfour cette fois. L'opposition, qui avait commencé par une concurrence pour se procurer des ressources en terre et en eau que la sécheresse avait rendues rares, a été exacerbée par la négligence gouvernementale et par les tensions entre les tribus nomades et les tribus pastoralistes. La violence par personne interposée a atteint de nouveaux niveaux lorsque les djandjawids ont été lâchés et s'en sont pris à des innocents. Le Soudan a alors sombré dans le crime contre l'humanité et le génocide et il est impératif que les responsables rendent compte de leurs actes.

Le CPA : cadre général de la paix

Nous devons, gens de l'extérieur, comprendre l'histoire complexe du Soudan et connaître les racines du conflit pour pouvoir espérer jouer un rôle quelconque et y apporter une solution. Les simples divisions raciales et religieuses n'expliquent pas la violence. De nombreux étrangers pourront être surpris, par exemple, de savoir qu'au Darfour, le meurtre systématique de musulmans a été perpétré par d'autres musulmans. Nous ne pouvons pas non plus examiner le Soudan uniquement à la lumière d'autres conflits. Le Soudan n'est pas une copie carbone du Rwanda, ou de la Bosnie, ou de la Somalie. Dans un conflit aux racines aussi profondes, il n'y a pas de solutions faciles. Mais le CPA offre là un cadre vital, négocié par les Soudanais, pour la paix.

Lors de mes quatre voyages au Soudan cette année, j'ai été frappé par l'engagement et le courage de nombreux Soudanais qui aspirent désespérément à la paix, au développement et à la démocratie. Les États-Unis appuieront ces aspirations et le cadre politique qui peut en faire des réalités.

Le cadre pour la paix a produit certains résultats initiaux :

- La réconciliation Nord-Sud, encore que trop lente, se poursuit malgré la disparition tragique de John Garang en juillet.

- Le Gouvernement d'unité nationale, qui est à présent composé du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), du parti du Congrès national et d'autres partis, a été établi.

- Bien qu'avec du retard, le nouveau gouvernement a annoncé la semaine dernière la formation d'un organe de supervision du CPA, d'une importance majeure, la Commission d'évaluation (AEC), qui sera présidée par l'ancien ministre du développement de la Norvège, Tom Vraalsen ; il a également annoncé la formation de la Commission nationale du pétrole (NPC).

- Le Gouvernement du Soudan du Sud a été établi et je rencontrerai les membres de sa nouvelle assemblée plus tard cette semaine. Les États-Unis ouvriront un nouveau consulat à Juba, ce qui nous permettra de mieux appuyer ce nouveau gouvernement ainsi que la population.

Mais les retards intervenus dans la mise en œuvre du CPA amènent à se poser des questions sur la volonté des parties.

Autre sujet de préoccupation, le fragile cessez-le-feu au Darfour donne des signes de faiblesse. Les conflits, au Soudan, sont étroitement liés entre eux : la poursuite de la violence au Darfour viendra miner l'application du CPA et un effondrement du CPA aboutira à un accroissement de la violence au Darfour et dans d'autres régions du pays. Au Soudan, lorsqu'un carreau de la mosaïque craque, c'est toute la fresque qui risque de désintégrer. Et lorsque cela se produit, les premiers à en souffrir sont les pauvres, les personnes déplacées et les déshérités. Ce sont eux qui sont l'âme du Soudan et ils n'ont déjà que trop, beaucoup trop souffert.

La solution durable du conflit soudanais doit être politique et non pas militaire. Mais le Soudan est parvenu à une croisée des chemins et tous les acteurs clés doivent prendre des mesures bien définies pour retrouver leur élan.

Le gouvernement : mesures requises pour instaurer la confiance

Les actes du passé ont légué un héritage de méfiance, au Soudan et à l'étranger, qui pèse lourdement sur le gouvernement de Khartoum. Il faut, pour dissiper les suspicions, que le Gouvernement d'unité nationale soit déterminé à assurer l'application pleine et entière, transparente et opportune du nouvel accord pour le Soudan. Ce besoin est particulièrement grand dans l'immédiat, étant donné l'impression que des actions récentes, ou l'inaction récente, constituent un recul par rapport au CPA et au processus de réconciliation au Darfour.

Les dirigeants soudanais m'ont dit qu'ils restaient attachés au CPA. Le monde doit voir les preuves de cet attachement sous forme d'actions. Je suis heureux que le gouvernement vienne d'annoncer qu'il instituait la Commission d'évaluation et la Commission nationale du pétrole. Il est important à présent que cette annonce soit suivie de la nomination de membres de ces commissions et que ceux-ci entreprennent la tâche importante de la surveillance de la mise en application du CPA et qu'ils assurent un usage équitable des ressources énergétiques du Soudan. En outre, le gouvernement devrait agir promptement pour instituer d'autres entités importantes telles que la Commission des frontières, la Commission conjointe de la défense et la Commission politique du cessez-le-feu.

Il y a quinze jours, la secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, s'est rendue à Juba, nouvelle capitale du Soudan du Sud. Durant sa visite chez Mme Rebecca Garang, elle a entendu les troupes du gouvernement soudanais qui faisaient l'exercice non loin de là. Ces incidents donnent l'impression d'un maintien d'un climat d'intimidation dans le Sud. Le CPA prévoit le redéploiement d'unités des forces armées gouvernementales à Juba ; une prompte exécution rétablira la confiance et permettra au nouveau gouvernement du Soudan du Sud de se mettre à l'œuvre.

Les actions du gouvernement au Darfour méritent une attention particulière. Le gouvernement devrait œuvrer avec le MPLS pour appuyer l'instauration de la paix au Darfour, en tirant parti de l'expérience et des conseils du MPLS et de ses contacts avec les groupes rebelles. Il est positif que le gouvernement d'unité nationale ait annoncé la création d'une commission sur le Darfour où siégeront le président Bashir et les vice-présidents Kiir et Taha. Le gouvernement d'unité devrait à présent formuler une position claire pour la prochaine série de pourparlers de paix au Darfour à Abuja et qu'il y dépêche une délégation gouvernementale conjointe.

Nous soutenons fermement la mission de maintien de la paix de l'Union africaine, dont la présence a limité la violence organisée de grande envergure. Il est positif aussi que le gouvernement ait annoncé qu'il faciliterait la livraison de 105 véhicules de transport de troupes (VTT) blindés du Canada pour contribuer à la sécurité des troupes de l'UA qui protègent la population soudanaise. D'après mes informations, les premiers VTT devraient arriver cette semaine. Une déclaration sans équivoque du gouvernement en faveur de la mission de l'UA constituerait une preuve supplémentaire de l'attachement des autorités à la sécurité et à la stabilité au Darfour.

Je me rendrai demain au camp de réfugiés de Kalma, dans le Sud-Darfour, qui est le cinquième de ces camps que je visiterai. Avec plus de 85.000 personnes déplacées, le camp de Kalma est l'un des plus grands du Darfour. Le gouvernement d'unité nationale doit veiller à ce que le Conseil norvégien pour les réfugiés puisse gérer les installations de manière efficace, sans blocus commerciaux.

La secrétaire d'État Rice et moi avons été particulièrement troublés par la violence généralisée à l'égard des femmes au Darfour. Chaque fois que je me rends dans la province, les femmes me relatent des histoires de violence navrantes. Les États-Unis construisent pour leur venir en aide des centres où les victimes pourront recevoir des conseils psychologiques et des soins. Je visiterai demain le premier de ces centres au camp de Kalma.

Pour aider, le gouvernement doit prendre des mesures concrètes de mise en œuvre de son nouveau programme de lutte contre la violence à l'égard des femmes, qui comprend notamment la modification des dispositions législatives afin de permettre aux femmes de se faire soigner, qu'elles décident ou non de faire un rapport de police. Le gouvernement a également déclaré qu'il éduquerait les dirigeants des collectivités et la police sur les droits de femmes et qu'il renforcerait les services médicaux dispensant des soins aux femmes victimes de viol. Il est d'une importance toute particulière que le gouvernement appuie l'UA et d'autres parties dans leurs efforts visant à stabiliser la situation et à assurer la sécurité pour pouvoir prévenir la violence envers les femmes. Les États-Unis ont alloué près de 17 millions de dollars pour lutter contre cette forme de violence au Darfour et ils espèrent que d'autres pays se joindront à eux pour former la police et le grand public dans le domaine des droits des femmes.

Soudan du Sud : de la rébellion au gouvernement

Dans le Sud, le défi que doit relever le MPLS est celui d'opérer sa transformation d'un mouvement rebelle en un parti politique national et de d'œuvrer avec d'autres groupes du Sud pour former un gouvernement. Son défi est de maintenir sa nature inclusive ainsi que son unité tout en faisant face à de nouvelles responsabilités. J'ai rencontré le premier vice-président Salva Kiir la semaine dernière à Washington pour m'entretenir avec lui de sa vision d'un Soudan en état de paix.

Le CPA prévoit la possibilité pour le Soudan du Sud de choisir l'indépendance en 2011. Mais de même que le gouvernement national a l'obligation de faire de l'unité nationale un choix attractif pour le Sud, le MPLS a l'obligation d'œuvrer en faveur de l'unité nationale. La force du Sud peut contribuer à la force du Soudan.

Nous reconnaissons l'ampleur du défi. Quand je suis allé à Rumbek, j'y ai vu les blessures d'une longue guerre. Mais j'y ai aussi vu des gens résolus, fiers de ce qu'ils avaient accompli et confiants dans l'avenir. Le nouveau gouvernement du Sud fait face à l'immense tâche de la réinstallation de millions de personnes déplacées dans des régions déchirées par deux décennies de guerre. Les dirigeants du Sud doivent bâtir de nouvelles institutions telles qu'un système judiciaire et un bureau de l'inspecteur général indépendant pour assurer la primauté du droit, la transparence et la responsabilité financière. Nos programmes d'aide appuient la construction d'écoles et de routes et la mise en place d'un système de soins médicaux, d'un système bancaire et de télécommunications. Nous œuvrerons de concert avec les hôtes norvégiens de la conférence d'annonces de contributions d'avril, pour encourager d'autres à apporter eux aussi leur assistance.

Parallèlement à notre volonté d'appuyer l'établissement d'un gouvernement du Soudan du Sud efficace, il est important que les ministres du MPLS membres du gouvernement d'unité nationale agissent dans l'intérêt de la nation. Ils ont l'obligation de diriger leurs ministères en tant que gardiens responsables des entités nationales, en veillant aux intérêts de toute la population soudanaise. Les dirigeants du MPLS devraient, en particulier, participer pleinement à Abuja aux pourparlers de paix dans le Darfour, en tant que membres d'une délégation gouvernementale unifiée.

Les rebelles du Darfour : unité et paix

Au Darfour, les forces de l'UA se sont attachées, dans des conditions extrêmement difficiles, à renforcer la sécurité pour ceux et celles qui avaient perdu leur maison, leurs moyens d'existence et des êtres qui leur étaient chers. Des agents humanitaires du monde entier risquent quotidiennement leur vie pour nourrir les populations démunies et pour répondre à leurs besoins fondamentaux. Nous devons à ces soldats et à ces travailleurs une profonde reconnaissance et il est impératif que nous les soutenions.

Toutefois, l'aide humanitaire et le maintien de la paix ne suffisent pas. La situation reste fragile, voire instable. Les efforts en cours sont au mieux des interventions provisoires jusqu'à ce que la paix ait été négociée, dans le cadre du CPA, lors des pourparlers menés par l'UA à Abuja.

Les participants aux réunions d'Abuja ont convenu en juillet d'une déclaration de principes politiques qui guidera leurs négociations. Mais le temps ne joue pas en notre faveur. Ces dernières semaines, nous avons assisté à une poussée de violence au Darfour, avec au moins deux attaques distinctes contre les forces de maintien de la paix de l'UA. Le banditisme contre les convois d'aide humanitaire a forcé les Nations unies à retirer leur personnel et à cesser leurs apports. Les gens qui souffrent le plus de la poursuite de la violence sont aussi ceux qui sont le moins en mesure de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Si la situation continue de se détériorer, les populations du Darfour pourraient voir leurs souffrances s'accroître encore.

L'une des causes des récentes flambées de violence semble être la division entre les groupes rebelles du Darfour. Les factions se servent des attaques, même contre les soldats de la paix de l'UA, pour se positionner politiquement à leur avantage. Les djandjawids en maraude sont toujours prêts à tirer parti des nouvelles violences. Et le gouvernement a été tenté d'exploiter et d'intensifier les divisions entre les rebelles.

En vue de relancer les négociations de paix pour le Darfour, j'ai ouvert hier à Nairobi une conférence avec les dirigeants et les chefs militaires du plus grand groupe de rebelles, le Mouvement de libération du Soudan (MLS). J'étais en compagnie de représentants officiels de l'Union africaine, de l'Union européenne, du Canada, de la Norvège, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Nous avons émis un message direct : les dirigeants du MLS doivent faire face à un choix critique. Ils doivent s'unifier et se servir de leur place à la table de paix à Abuja pour négocier un accord fondé sur la logique du CPA. S'ils le font, le MLS pourra compter sur l'appui des États-Unis et d'autres pays. Chose plus importante, il apportera son aide à sa population. Mais si les rebelles déclenchent d'autres violences qui se propagent hors de contrôle, ou s'ils menacent les opérations humanitaires en faveur des Soudanais, ils perdront le soutien international qui est vital pour leur cause.

Comme l'a dit le président Bush, le CPA « devrait apporter une inspiration et faire fonction de modèle pour les deux côtés, par ses efforts en vue de la négociation d'une résolution pacifique du conflit au Darfour ». L'accord de paix pour le Darfour doit instaurer un environnement sûr qui permettra aux populations déplacées de revenir au pays. Avec le retour de la paix, le processus de réconciliation tribale pourra commencer à réparer les multiples déchirures du tissu social traditionnel au Darfour. Et une assistance économique au développement sera nécessaire pour aider les familles, les clans et les villages à rétablir leurs moyens d'existence. Si les parties manifestent leur volonté de paix à Abuja, nous devrions envisager de former une mission d'évaluation conjointe pour œuvrer avec les donateurs afin de définir les activités de reconstruction et de développement requises en complément d'un accord de paix. Une mission analogue a contribué à fixer un but constructif pour les négociateurs du CPA.

Stabilisation, sécurité, secours et interventions avec les pays voisins

Tout en agissant en faveur de la pleine application du CPA et de la conclusion d'un accord analogue entre les parties en présence au Darfour, les États-Unis s'emploient à maintenir la sécurité, à poursuivre les opérations humanitaires et à coopérer avec les autres acteurs de la région.

Dans les zones où la mission de maintien de la paix de l'UA est présente, la sécurité s'est améliorée. Je me suis entretenu avec les officiers, les troupes et les forces de police d'Al Fasher, de Kutum et de Djebel Marra pour m'informer sur leurs travaux et sur les obstacles auxquels ils se heurtent. Je me rendrai demain à Nyala et à Sheiria. Je suis fier d'avoir fait la connaissance de ces gens courageux, hommes et femmes. Je sais qu'ils ont besoin d'aide.

L'OTAN, l'UE et d'autres peuvent apporter leur soutien sous forme d'appui logistique, de planification opérationnelle et d'amélioration des fonctions de commandement et contrôle. Les États-Unis ont déjà réservé 167 millions de dollars en faveur de la Mission de l'Union africaine au Soudan, car ils souhaitent appuyer l'UA et l'aider à renforcer ses capacités à résoudre les problèmes de l'Afrique.

À un moment donné, l'UA pourra aussi envisager de demander le soutien des forces de maintien de la paix des Nations unies. En fait, les Nations unies ont d'ores et déjà autorisé le déploiement d'une mission de maintien de la paix qui aide à appliquer le CPA dans le Sud. Peut-être les forces soudanaises intégrées prévues par le CPA ont-elles aussi un rôle à jouer, sous l'autorité du nouveau gouvernement d'unité nationale. Mais il faut que la paix soit établie pour que les forces de maintien de la paix la maintiennent, d'où l'importance primordiale d'une solution politique au Darfour.

La crédibilité future d'une solution politique dépend en partie de la reddition de comptes concernant les événements du passé. La résolution 1591 du Conseil de sécurité des Nations unies impose un embargo sur les armes au Darfour ainsi qu'un gel des avoirs et une interdiction de voyager aux personnes jugées coupables d'avoir commis des atrocités ou d'avoir fait obstacle au processus de paix. D'autres résolutions des Nations unies demandent au gouvernement de désarmer les djandjawids et de renvoyer les auteurs d'atrocités au Darfour devant le Tribunal pénal international. Les États-Unis aideront le peuple soudanais à rechercher les responsables et à éviter que les crimes restent impunis afin de clore ce chapitre particulièrement triste et violent de son histoire.

Par ailleurs, alors même que nous recherchons la paix, des millions de Soudanais ont besoin d'aide humanitaire. Les États-Unis ont fait don d'un peu plus de la moitié de l'assistance fournie à ce jour. Nous menons des activités de déminage, d'aménagement de routes et de construction d'écoles dans le Sud et nous fournissons des aliments, des semences et des outils au Darfour. Comme l'a mis en évidence la conférence des donateurs d'Oslo, qui a remporté le succès que l'on sait, le monde appuiera les Soudanais si ceux-ci sont déterminés à progresser sur le chemin de la paix et du développement.

Nous savons que les difficultés du Soudan ont des répercussions sur toute l'Afrique. Le Soudan a neuf voisins dont aucun ne souhaite voir les conflits déstabilisateurs déborder sur son territoire. Ils veulent arrêter les bandes meurtrières telles que l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui prospèrent dans le chaos et qui cherchent refuge dans les régions en proie aux troubles et à l'anarchie. Les criminels de la LRA doivent être traduits devant la justice.

Il est important aussi que les événements survenant au sein des pays voisins du Soudan ne déstabilisent pas la situation. Nous œuvrons avec l'Érythrée pour parer aux risques d'éruption de la violence dans l'est du Soudan et le Tchad a un rôle important à jouer pour mettre un terme à la violence dans l'ouest. Afin de minimiser le danger, le gouvernement d'unité nationale devrait aussi négocier avec les Béjas pour tenir compte de leurs préoccupations dans le cadre du CPA. Les États-Unis ont tendu la main aux Béjas, qui semblent désireux de prendre part au processus de paix.

Le dur travail de la paix

Les étudiants de Khartoum et de Juba doivent se demander ce que l'avenir leur réserve, et je partagerai mes vues avec eux. Si le CPA est pleinement appliqué et que le nouveau gouvernement d'unité résout les autres conflits au Soudan, l'avenir est porteur de possibilités de paix, de respect des droits de l'homme, de démocratie et de développement économique pour toutes les régions du Soudan. Ce sont là des objectifs centraux de la politique américaine.

Nous sommes aujourd'hui à une croisée des chemins. Nous devons redonner un élan à la paix.

- Le gouvernement central doit prendre des mesures convaincantes pour établir la confiance, montrer qu'il est fermement attaché au CPA et trouver une solution pacifique au Darfour.

- De mouvement rebelle, le MPLS doit se transformer en un mouvement politique national, participer à l'établissement d'un gouvernement inclusif dans le Sud et jouer un rôle positif en tant que partenaire engagé au sein du gouvernement d'unité nationale.

- Les factions rebelles du Darfour doivent respecter le cessez-le-feu, s'unifier en vue des négociations d'Abuja et viser à une paix qui jettera les fondations du développement du Darfour.

Si les Soudanais s'attellent au dur travail de la paix, les États-Unis les appuieront dans leurs efforts. Et nous œuvrerons avec d'autres nations de par le monde pour vous soutenir. Au cours des trois dernières années, mon pays a déjà fourni 2 milliards de dollars d'aide dans les domaines de l'assistance humanitaire, de la sécurité et de la reconstruction.

Les États-Unis visent à faire usage du CPA pour assurer une guérison durable des blessures du pays et pour forger une nouvelle entente politique pour l'avenir. Nous appuierons les missions de maintien de la paix de l'Union africaine et des Nations unies afin d'enrayer la violence, tandis que des solutions politiques seront négociées et mises en œuvre. Nous travaillerons avec les pays voisins de manière à ce qu'ils jouent un rôle constructif pour mettre un terme à la violence. Nous continuerons de fournir des secours humanitaires aux gens qui souffrent. Et nous œuvrerons en faveur d'élections libres, d'institutions démocratiques et du développement économique pour l'ensemble du peuple soudanais.

La génération de Soudanais actuelle pourra enfin libérer le pays des chaînes du passé. L'Accord global de paix, héritage d'un ancien étudiant et d'un ancien enseignant de cette fière université, trace la voie à suivre. Mais les prochains mois seront d'une importance critique pour toutes les parties concernées au Soudan, qui doivent retrouver leur élan. C'est à vous tous qu'il incombe à présent d'entreprendre le dur travail de la paix.


Date de rédaction: 09 novembre 2005 Mise à jour: 09 novembre 2005

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