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Actualités de Washington
  

Une Irakienne a créé un organisme aidant les femmes victimes de conflits armés

La conférence de presse de la créatrice de « Women for Women International »

Par Judy Aita
Rédactrice du « Washington File »

New York - La prospérité d'un pays peut se fonder sur la puissance de ses femmes, dit Mme Zainab Salbi lorsqu'elle parle de sa mission et de l'organisme « Women for Women International » qu'elle a créé après avoir tout perdu en quittant l'Irak du temps de Saddam Hussein.

À l'âge de vingt-trois ans, Mme Salbi a fondé « Women for Women International » sans argent, mais en tirant parti de son expérience de « survivante d'une guerre » et après avoir entendu ce que racontaient des femmes de la Bosnie et de l'Herzégovine. Douze ans plus tard, son organisme a aidé 54.000 femmes à mener de nouveau une vie normale.

Lors de la conférence de presse qu'elle a donnée le 2 novembre au Centre d'accueil de la presse étrangère de New York, Mme Salbi a déclaré que la communauté internationale devait prêter attention à ce que les femmes subissaient lors d'une guerre. « Nous sommes fermement convaincus que les femmes constituent (...) un indicateur de la direction dans laquelle s'oriente la société en général. »

Dans un pays qui sort d'un conflit, les femmes représentent quelque 60 % de la population, et on ne peut pas les laisser à l'écart de la prise de décisions, a-t-elle dit. Tout débat sur la reconstruction du pays doit inclure l'accès des femmes aux équipements collectifs, à l'emploi, aux soins médicaux, au réseau électrique, aux écoles pour leurs enfants et au logement.

« Les femmes sont souvent absentes des négociations », et même si elles sont présentes, leurs droits ne sont pas défendus pour ce qui est de l'héritage, du mariage, du divorce et de la garde des enfants, a-t-elle fait remarquer.

Les activités de « Women for Women » dans 37 pays

L'organisme « Women for Women » s'adresse aux survivantes de conflits armés et est présent en Bosnie, au Kosovo, au Congo, au Rwanda, au Nigeria, en Afghanistan, en Colombie, en Irak et au Soudan. À l'heure actuelle, 20.000 personnes de 37 pays envoient à des femmes habitant dans ces pays des lettres d'encouragement et une somme mensuelle de 27 dollars.

Pour une femme qui a été déplacée et privée de ses biens par la guerre, qui a perdu sa famille, ses amis et tout soutien, a expliqué Mme Salbi, le fait de recevoir une lettre d'un étranger lui disant qu'on ne l'oublie pas contribue à restaurer son espoir dans l'humanité.

L'aide mensuelle de 27 dollars donne aux femmes la possibilité de retrouver leur souffle et peut servir à acheter des produits alimentaires, à suivre une formation professionnelle ou à monter une affaire.

« Je peux vous dire en me fondant sur mon expérience que les personnes qui ont tout perdu veulent voler de leurs propres ailes. Elles veulent le droit à la dignité et elles ne veulent pas dépendre de la charité. »

Les femmes en Irak et en Afghanistan

« Women for Women » a réalisé un sondage auprès de 1.000 Irakiennes et découvert que, malgré leurs plaintes au sujet des coupures de courant et de l'absence d'emplois, de services éducatifs et de soins médicaux, 90 % d'entre elles étaient optimistes au sujet de l'avenir. « C'est là un fait très important », a-t-elle dit en ajoutant que cet optimisme et ce sentiment d'espoir au sujet de l'avenir de l'Irak étaient ce qui maintenait le pays uni. « Il ne faut pas le rejeter. Nous devrions faire en sorte que cet espoir se traduise par une amélioration concrète de la vie de la population. »

En Afghanistan, les préoccupations des femmes ont trait à l'emploi et à la vie de tous les jours, a-t-elle dit. Les Afghanes « ne peuvent pas parler de droits dans le vide sans parler des droits économiques » et des moyens d'améliorer leur vie.

Lors des élections organisées en septembre dernier, les seigneurs de la guerre offraient 150 dollars aux électeurs pour leur bulletin de vote, mais les Afghanes qui font partie du programme de « Women for Women » ont refusé de vendre le leur. La somme de 150 dollars représente une « quantité énorme d'argent » avec laquelle il est possible de monter une affaire, mais les femmes ont refusé de la prendre en disant que leur droit de vote était plus important.

Grandir en Irak

Dans le livre qu'elle a récemment écrit, « Between Two Worlds : Growing up in the Shadow of Saddam » (Entre deux mondes : ma jeunesse du temps de Saddam), Mme Salbi décrit la vie en Irak du temps de Saddam Hussein, notamment les actes de violence subis par les femmes, le viol de nombreuses femmes chiites lors de leur expulsion, le recours au viol comme instrument servant à torturer les opposantes politiques ou à exercer du chantage sur les femmes pour qu'elles espionnent des membres de leur famille.

Entre 1980 et 1982, 200.000 chiites ont été expulsés, a-t-elle dit en faisant part de la crainte qu'elle éprouvait à cette époque de perdre sa mère à cause de son origine ethnique.

Fille du pilote personnel de Saddam Hussein, Mme Salbi a indiqué que sa famille se trouvait dans une situation vulnérable à cause des variations d'humeur du dictateur. « C'étaient des relations angoissantes (...) qui avaient cependant des avantages. Saddam (...) donnait non pas seulement à ma famille, mais à beaucoup d'Irakiens. En échange il prenait la partie la plus intime de notre être. »

Un mariage arrangé aux États-Unis, qui s'est terminé en catastrophe, fut le moyen choisi par sa mère pour la mettre à l'abri des dangers de l'Irak.


Date de rédaction: 09 novembre 2005 Mise à jour: 09 novembre 2005

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