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Actualités de Washington
  

UNESCO : les É.-U. sont déçus de l'adoption de la convention sur la diversité culturelle

La vidéoconférence de la représentante des États-Unis auprès de l'UNESCO

Par Jeffrey Thomas
Rédacteur du « Washington File »

Washington - Les États-Unis sont très déçus au sujet de la décision des États membres de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) d'adopter une convention sur la diversité culturelle que Washington estime être défectueuse à divers égards, a indiqué la représentante des États-Unis auprès de cette organisation, Mme Louise Oliver.

« Nous aurions approuvé une convention qui encourage une véritable diversité culturelle », a-t-elle dit le 21 octobre de Paris, dans le cadre d'une vidéoconférence numérique avec des journalistes de Washington.

Les États-Unis, a-t-elle fait remarquer, sont le pays le plus ouvert à la diversité culturelle et continueront d'œuvrer en faveur de cette diversité, bien qu'ils regrettent profondément que l'on ait perdu l'occasion d'adopter une convention satisfaisante.

Telle qu'elle a été adoptée, la nouvelle convention contient des ambiguïtés et des contradictions dont les États peuvent tirer parti à mauvais escient, a-t-elle indiqué en citant les craintes des États-Unis au sujet des effets éventuels de la convention sur les échanges commerciaux, sur la libre circulation de l'information et sur le respect des droits de l'homme.

À l'heure actuelle, d'autres pays éprouvent les mêmes craintes que les États-Unis. De nombreux diplomates ont remercié Mme Oliver pour leur avoir signalé les défauts de la convention, mais se sont sentis obligés de voter en sa faveur.

Les États-Unis ont également voté contre l'adoption du budget de l'UNESCO le 21 octobre parce qu'il prévoit des fonds aux fins de l'application de la convention.

La convention compromet la libre circulation des idées, estiment les États-Unis

Dans la déclaration diffusée le 20 octobre au sujet du refus des États-Unis de voter en faveur de la convention, Mme Oliver explique qu'il est possible d'exploiter les ambiguïtés du libellé de la convention pour porter atteinte à l'obligation de l'UNESCO, prévue dans ses statuts, d'encourager la libre circulation des idées par le texte et par l'image.

En outre, des États pourraient tirer parti des ambiguïtés du texte de la convention pour légitimer des mesures portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés publiques. « Quiconque regarde de près le monde de nos jours comprendra que ces craintes ne sont pas injustifiées et qu'il existe la possibilité de graves conséquences dans certains pays », a-t-elle indiqué.

La possibilité que la convention ait des effets néfastes sur les échanges commerciaux est aussi une des raisons de l'opposition des États-Unis à son adoption. Les dirigeants de certains États, a dit Mme Oliver, ont indiqué « clairement leur intention de se servir de la convention pour contrôler, et non pour faciliter, la circulation des biens, des services et des idées ».

En réponse à la question d'un journaliste désireux d'obtenir des exemples, Mme Oliver a indiqué que la France avait fait inscrire dans la liste des « expressions culturelles » (art, musique et langue) des produits agricoles tels que le vin.

Les États-Unis, a-t-elle dit, estiment essentiel que l'UNESCO et les dirigeants de ses États membres indiquent clairement que la nouvelle convention ne va pas devenir un autre moyen pour les grandes puissances commerciales de fermer leur marché aux biens et aux services des pays en développement et en transition. « Le but des États-Unis est de garantir la libre circulation de la diversité sous tous ses formes : culturelle, informationnelle et commerciale. »

Les États-Unis critiquent le mode d'adoption de la convention

Mme Oliver a aussi fait état des objections des États-Unis relatives à la manière dont la convention avait été votée lors de la Conférence générale de l'UNESCO à Paris.

« Le mode d'adoption nous trouble tout autant que le texte de la convention », a-t-elle dit en indiquant que les États-Unis s'attendaient à l'élaboration d'un projet de convention en 2005 et non pas à celui d'un texte définitif que l'on ne pouvait pas négocier.

Même si l'idée d'une convention destinée à encourager la diversité culturelle existe depuis longtemps, les États-Unis n'ont reçu le nouveau texte qu'en avril. Ce texte élargissait fortement la portée de ce que l'on considère une expression culturelle et portait plus sur la protection de la diversité culturelle que sur son encouragement. Après des négociations en mai, les États-Unis apprirent le 4 juin qu'il n'était plus possible de modifier un seul mot.

Pendant les quatre mois suivants, les États-Unis ont cherché à négocier des moyens de renforcer la convention, mais ont essuyé des rebuffades. Tous les 28 amendements qu'ils ont soumis à la Conférence générale pendant la semaine du 17 octobre en vue d'élucider les ambiguïtés et les contradictions que comportait le texte de la convention ont été rejetés. « Ce n'est pas là la façon dont l'UNESCO est censée fonctionner », a dit Mme Oliver.

Elle a cependant fait remarquer que les États-Unis s'étaient joints aux autres États membres pour adopter une déclaration relative à la bioéthique ainsi qu'une convention contre le dopage dans le sport.

Telle que la Conférence générale de l'UNESCO l'a adoptée, la convention sur la diversité culturelle pourrait permettre à des États de justifier des mesures de contrôle de la vie culturelle de leur population, a expliqué Mme Oliver. « Nous estimons que, conformément aux conventions en vigueur, le monde doit affirmer le droit de toute personne de prendre elle-même ce genre de décisions. »

Lors du vote qui a eu lieu le 20 au siège de l'UNESCO à Paris, 148 États ont voté en faveur de la convention, 2 ont voté contre (les États-Unis et Israël) et 4 se sont abstenus (l'Australie, le Honduras, le Liberia et le Nicaragua). La convention doit être ratifiée par 30 États pour entrer en vigueur.

La Conférence générale a également adopté le budget de l'UNESCO le 21 octobre. Selon Mme Oliver, le refus des États-Unis de voter en faveur de ce budget (610 millions de dollars) ne signifie pas qu'ils ne verseront pas leur contribution, dont le montant de 134 millions de dollars représente 22 % du budget de cette organisation.


Date de rédaction: 25 octobre 2005 Mise à jour: 25 octobre 2005

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