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Actualités de Washington
  

La traite des êtres humains est un problème universel

Selon un rapport publié par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, aucun pays n'est épargné.

Par Judy Aita
Correspondante du « Washington File »

Nations unies - Selon un rapport récemment publié par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), la traite des être humains est un problème universel et aucun pays, qu'il soit industrialisé ou en développement, n'est épargné.

« Il faut que les gouvernements s'efforcent sérieusement d'identifier la pleine étendue du problème de façon à pouvoir véritablement s'attaquer à son élimination. Le fait que l'esclavage - sous la forme de la traite des êtres humains - existe encore au XXIe siècle, nous inspire de la honte à tous », a déclaré le directeur exécutif de l'UNODC, M. Antonio Maria Costa, en présentant le rapport le 24 avril.

« Le réseau des trafiquants couvre la planète tout entière : des personnes sont déplacées de communautés démunies de l'hémisphère Sud vers des pays plus riches du Nord. Le trafic de personnes dans l'hémisphère Sud même est également important et il existe aussi un trafic entre le Nord et le Sud, quoique de moindre importance », a-t-il expliqué.

Chaque année, des millions de femmes et d'enfants, ainsi qu'un nombre plus petit d'hommes, sont enlevés ou recrutés dans 127 pays pour être exploités sexuellement ou assignés à des ateliers clandestins dans l'un des 137 pays d'accueil, après avoir traversé des régions de transit.

« Un tel problème d'échelle mondiale exige une réponse de la même échelle », a souligné M. Costa.

Expliquant qu'il était très difficile de savoir le nombre exact de victimes de la traite des êtres humains dans le monde étant donné que les informations rendues publiques à ce sujet varient considérablement d'un pays à l'autre, il a néanmoins fait valoir que « le nombre des victimes atteint sûrement des millions ».

Le rapport intitulé « Trafficking in Persons : Global Patterns » (Traite des personnes : tendances mondiales) représente la première initiative visant à donner une bonne idée de l'ampleur du problème dans le monde et met la communauté internationale au défi d'intensifier ses efforts pour le juguler.

Il présente des études de cas mettant l'accent sur le sort des victimes et donne une note aux pays en tant que points d'origine, de transit et de destination. Les données sur lesquelles le rapport est fondé proviennent de certaines des institutions qui ont œuvré entre 1996 et 2003 dans le domaine de la lutte contre la traite des êtres humains.

Selon l'UNODC, ce sont en majorité des femmes adultes qui font l'objet de la traite des personnes. Viennent ensuite les filles, les garçons et les hommes.

D'après le rapport, bien plus souvent que le travail forcé, l'exploitation sexuelle est la raison sous-tendant la traite des personnes. Lorsque l'exploitation de garçons est explicitement mentionnée, celle-ci est généralement liée au marché du travail. Les filles, pour leur part, font surtout l'objet d'une exploitation sexuelle.

Les pays figurant sur la liste des pays d'origine de la traite de personnes où le nombre de cas est élevé sont : l'Albanie, la Biélorussie, la Bulgarie, la Chine, la Lituanie, le Nigeria, la Moldavie, la Roumanie, la Russie, la Thaïlande et l'Ukraine. En premières places sur la liste des pays de destination figurent la Belgique, l'Allemagne, la Grèce, Israël, l'Italie, le Japon, les Pays-Bas, la Thaïlande, la Turquie et les États-Unis.

L'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord, l'Asie de l'Ouest et la Turquie sont principalement des régions de destination pour les victimes de la traite des personnes, alors que le Commonwealth des États indépendants est surtout une région d'origine de ce trafic. Selon le rapport, l'Afrique, l'Asie, l'Europe centrale et l'Europe du Sud-Est, l'Amérique latine et les Antilles sont à la fois des régions d'origine et de destination importantes.

Confronter le problème

Pour juguler le problème, l'UNODC fait plusieurs recommandations, entre autres : anéantir les marchés générant des bénéfices pour les trafiquants, trouver des solutions à la demande de travailleurs bon marché et de services reposant sur l'exploitation des gens, s'attaquer à la pauvreté sous-jacente et cibler les intermédiaires qui ont élaboré une industrie illicite en tant que courtiers en êtres humains.

Les trafiquants tirent parti du fait que les lois en vigueur ne sont pas souvent appliquées et que la coopération internationale est médiocre, souligne le rapport, qui ajoute que les membres et activités des gangs de criminels organisés responsables de la traite des êtres humains sont bien souvent multinationaux.

Peu de procès dans les affaires de trafic de personnes aboutissent, précise l'UNODC. En 2003, les Pays-Bas ont poursuivi 117 trafiquants de personnes obtenant 106 inculpations ; en 2004, les États-Unis ont poursuivi 59 trafiquants obtenant 43 inculpations et, pour sa part, l'Ukraine a fait 59 procès en 2003, obtenant 11 inculpations.

Selon un rapport rendu public le 15 mars par le ministère américain de la justice, les inculpations de trafiquants d'êtres humains ont augmenté de 109 % en cinq ans aux États-Unis.

De l'avis de M. Costa, les gouvernements sont confrontés à trois gros défis :

- réduire la demande, qu'il s'agisse de marchandises bon marché fabriquées dans des ateliers clandestins, de produits de base vendus à trop bas prix et produits par des gens tenus en esclavage dans des exploitations agricoles ou dans des mines, ou de services de prostitués ;

- cibler les criminels qui profitent de la vulnérabilité des gens qui essaient d'échapper à la pauvreté, au chômage, à la faim et à l'oppression ;

- protéger les victimes de la traite de personnes et s'efforcer en particulier de répondre aux besoins spécifiques des femmes et des enfants.

Jusqu'ici, les efforts visant à lutter contre la traite des personnes ont été marqués par le manque de coordination et l'inefficacité. « L'absence de rapports d'enquête systématiques de la part des autorités est un véritable problème et il faut que les gouvernements fassent davantage », a fait valoir M. Costa.

Le 3 décembre 2005, les États-Unis sont officiellement devenus partie au Protocole de l'ONU visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (Protocole de Palerme).

Par ailleurs, le rapport annuel du département d'État sur la traite des personnes fournit une base permettant un engagement diplomatique avec les pays à ce sujet et encourage une action et un engagement aux plans nationaux en vue de lutter contre le problème de la traite des personnes.


Date de rédaction: 25 avril 2006 Mise à jour: 25 avril 2006

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