|
|||||||||||
|
|||||||||||
|
Un immigré juif polonais aux États-Unis a aidé à criminaliser le génocideRaphaël Lemkin a consacré sa vie à la lutte contre ce crime.
Par Bernie Chabel Washington - En 1944, Raphaël Lemkin a donné un nom - génocide - à un crime que le monde ne reconnaissait pas et pressé infatigablement la communauté internationale d'adopter une convention pour l'interdire. Ces efforts inlassables ont abouti à la Convention pour la prévention et la répression du génocide, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies en 1948. Cependant, l'histoire de Raphaël Lemkin demeure largement inconnue. Lors de la Journée de la mémoire de l'Holocauste, célébrée aux États-Unis le 25 avril, nous évoquons les vies perdues dans l'un de ces génocides - l'assassinat orchestré par l'Allemagne nazie et ses alliés de 6 millions de Juifs européens, soit près de deux sur trois de ceux qui étaient en vie avant la Deuxième Guerre mondiale. D'autres groupes ont également été persécutés, notamment les Roms et les Sinti, les homosexuels, les handicapés physiques et mentaux et autres personnes considérées comme « indésirables ». Issu d'une famille juive polonaise, Raphaël Lemkin est né en 1900 dans un village aujourd'hui situé en Lituanie, mais qui à l'époque se trouvait dans une zone où la Russie impériale autorisait les Juifs à résider. Le jeune Lemkin manifeste rapidement les deux caractéristiques qui vont façonner ses futures contributions : un don pour les langues et un vif intérêt pour les détails relatifs aux cas historiques de massacres de masse. Il s'intéresse très tôt au sac de Carthage, aux invasions mongoles et à la persécution des Huguenots français. À l'âge de douze ans, Raphaël Lemkin lit « Quo Vadis », un roman publié en 1895 par le lauréat du Prix Nobel Henryk Sienkiewicz, qui relate le massacre des premiers chrétiens par les Romains au 1e siècle. Il est déjà révolté par les descriptions de Romains se réjouissant du spectacle des chrétiens dévorés par les lions. Fortement influencé par sa mère, une intellectuelle très instruite, Raphaël maîtrise neuf langues à l'âge de 14 ans. À l'université, il étudie la linguistique et la philosophie avant de devenir un homme de loi en qualité de procureur public en Pologne. En 1933, il prépare à l'intention d'une conférence organisée par la Société des Nations une proposition visant à qualifier la destruction de collectivités raciales, religieuses ou sociales de crime au regard du droit international. Sa proposition n'est pas adoptée. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, en 1939, Raphaël Lemkin rejoint les rangs de l'armée polonaise. Blessé dans la défense perdue de Varsovie, il fuit. Un collègue de la faculté de droit de l'université Duke, en Caroline du Nord, l'aide à obtenir la permission d'entrer aux États-Unis en avril 1941. Raphaël Lemkin a perdu 49 membres de sa famille dans l'Holocauste. La dévastation de sa famille est le reflet de la destruction de la vie juive en Pologne. Selon Yad Vashem, le mémorial israélien officiel des victimes de l'Holocauste, la Pologne comptait avant la guerre 3,3 millions de Juifs. Près de 300.000 seulement ont survécu à la guerre, parmi eux le frère, la belle-sœur et deux neveux de Raphaël Lemkin, emprisonnés dans un camp de travail soviétique. Les connaissances de M. Lemkin en matière de droit international l'aident beaucoup aux États-Unis. Il fait partie de la faculté de droit de l'université Duke et conseille diverses agences du gouvernement, notamment le ministère de la guerre. En même temps, il se consacre à une étude sur la façon dont le gouvernement nazi et ses alliés gouvernent les pays occupés durant la guerre. En novembre 1944, la Fondation Carnegie pour la paix internationale publie cette étude sous le titre « Axis Rule in Occupied Europe ». C'est dans cet ouvrage que Raphaël Lemkin introduit le mot « génocide ».« De nouveaux concepts nécessitent de nouveaux mots. Par génocide, nous entendons la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique. » Mot hybride composé de la racine grecque « geno » (qui signifie race ou tribu) et du suffixe latin « cide » (meurtre), le nouveau terme était court et facile à prononcer. Durant le reste de sa vie, Raphaël Lemkin œuvre sans faillir en faveur de l'interdiction universelle du « crime sans nom » qu'il a nommé. En 1945 et 1946, lors des procès des criminels nazis à Nüremberg, Lemkin conseille le principal juriste des États-Unis, le juge de la Cour suprême Robert Jackson. Il consacre ensuite son énergie à la nouvelle Organisation des Nations unies. Il contribue à la rédaction d'une convention définissant et interdisant le génocide et milite inlassablement en faveur de son adoption. En décembre 1948, l'Assemblée générale adopte la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Entrée en vigueur en janvier 1951, elle interdit tout acte « commis avec l'intention de détruire, en totalité ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Pour la première fois, les nations du monde affirment le rôle du droit international s'agissant de protéger les individus de la persécution pour des raisons d'identité. Son œuvre achevée, M. Lemkin s'efface rapidement de la scène internationale. Malheureusement, il sombre rapidement dans l'oubli et décède le 28 août 1959 dans la pauvreté. Au fil des ans, cependant, la nécessité de ses travaux et l'importance de son œuvre sont devenues apparentes. Des décennies plus tard, lors du 50e anniversaire de la Convention contre le génocide, le secrétaire général Kofi Annan a évoqué Raphaël Lemkin comme « l'un des héros oubliés du mouvement international en faveur des droits de l'homme. Il a apporté à la lutte contre le génocide une passion et des vues novatrices, a rédigé presque à lui seul un traité multilatéral international faisant du génocide un crime international, et s'est ensuite tourné vers les Nations unies pour implorer ses membres de l'adopter. » Le discours de M. Annan a été lu par son épouse Nane Annan, parente éloignée de Raoul Wallenberg, le diplomate suédois qui a sauvé personnellement des milliers de Juifs avant de finir ses jours dans un goulag soviétique. Date de rédaction:
28 avril 2006 Mise à jour:
28 avril 2006
|
||||||
|
Options: |
|
||||||||||||||||||