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Actualités de Washington
  

La mise sur pied d'un système d'alerte aux tsunamis dans l'océan Indien

D'ici 3 à 5 ans, des centres régionaux seront en mesure d'analyser les signes précurseurs des tsunamis et de prendre les mesures appropriées.

Par Cheryl Pellerin
Rédactrice du Washington File

(Deuxième partie d'une série de deux articles portant sur la contribution des États-Unis au système d'alerte aux tsunamis dans l'océan Indien)

Washington - On ne peut que déplorer les 650 victimes dues au tsunami qui a frappé l'île de Java (Indonésie) le 17 juillet, mais des progrès sont néanmoins faits dans la mise au point d'un vaste système régional d'alerte aux tsunamis et aux autres dangers dans l'océan Indien.

Lors de la troisième réunion du Groupe de coordination de la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO sur le système d'alerte et d'atténuation des tsunamis dans l'océan Indien, qui s'est tenue à Bali (Indonésie) du 31 juillet au 2 août, le secrétariat du groupe a présenté à l'examen des participants un plan initial qui énonce les critères devant sous-tendre la mise en place d'un tel système d'alerte, ses objectifs et ses lacunes.

Durant la réunion, cinq groupes de travail spécialisés - surveillance sismique, surveillance du niveau de la mer, évaluation des dangers, modélisation et centres d'alerte - ont fait état des progrès réalisés à ce jour.

Un sixième groupe de travail - qui doit se pencher spécifiquement sur l'atténuation, la préparation et la réaction - aura aussi une très grande importance, a fait remarquer le directeur du projet sur l'océan Indien au sein de l'Administration océanographique et atmosphérique nationale (NOAA), M. Curt Barrett.

Un groupe de ce genre, a-t-il expliqué, « illustre l'importance d'une collaboration avec les collectivités et le personnel des centres locaux de réaction aux situations d'urgence lorsqu'il s'agit de mettre sur pied des plans permettant de se préparer et de réagir aux tsunamis et autres dangers ».

L'Institut des ressources mondiales précise que sur les 238 millions d'habitants que compte l'Indonésie, 228 millions vivent dans des zones côtières et on redoute que dans des régions fortement vulnérables aux séismes telles celles qui se situent autour de l'océan Indien, tous les avertissements concernant les tsunamis ne seront pas diffusés suffisamment rapidement pour que les gens qui se trouvent sur les innombrables plages du pays soient prévenus à temps.

« Il faut que les gens soient mieux informés dans ces communautés, qu'ils sachent où se trouvent les zones plus élevées, où sont les zones inondables, comment reconnaître un éventuel tsunami. Dans les régions où les risques sont importants, il faut que les gens soient eux-mêmes des moyens d'alerte car ils se trouvent à proximité de zones sujettes aux tremblements de terre », a souligné M. Barrett.

Cinq pays : l'Australie, l'Inde, l'Indonésie, la Malaysie et la Thaïlande ont confirmé lors de la réunion de Bali qu'ils observeraient les signes précurseurs des tsunamis dans l'océan Indien et divulgueraient les informations recueillies.

Lorsqu'ils seront opérationnels, les centres régionaux transmettront les informations ainsi recueillies au centre national de chaque pays qui sera ensuite responsable de la diffusion des alertes au public et de la prise des décisions relatives aux évacuations.

Le groupe dont la tâche porte sur les centres d'alerte a indiqué qu'il faudra entre 3 et 5 ans pour qu'un mécanisme fiable de transmission des informations soit fonctionnel au niveau régional.

La contribution des États-Unis

En attendant, ce sont le Centre d'alerte aux tsunamis du Pacifique, à Hawaï, et l'Agence météorologique japonaise qui fournissent les alertes aux tsunamis concernant la région.

Cette initiative entre dans le cadre d'un programme de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) financé à hauteur de 16,6 millions de dollars, qui vise à mettre sur pied un système d'alerte aux tsunamis dans l'océan Indien compatible avec les autres systèmes déjà mis en place ailleurs dans le monde.

Les organes du gouvernement américain qui participent au programme sur le système d'alerte aux tsunamis dans l'océan indien (Indian Ocean Tsunami Warning System, IOTWS) comprennent l'USAID, la NOAA, l'US Geological Survey, les Services nationaux des parcs et l'Administration fédérale pour le commerce et le développement.

Pour tirer le meilleur parti possible des fonds qu'elles reçoivent pour les programmes liés à l'IOTWS, la NOAA et les autres organes fédéraux collaborent avec la Commission océanographique intergouvernementale (Intergouvernementale Oceanographic Commission, IOC), l'Organisation météorologique mondiale et cinq pays - l'Inde, l'Indonésie, les Maldives, le Sri Lanka et la Thaïlande - pour mettre en place les premiers éléments d'un système général d'alerte aux tsunamis.

Un tel système serait chargé de la détection et de la prévision des dangers ainsi que de l'évaluation des alertes au niveau régional, de la diffusion des alertes et des messages relatifs à la sécurité du public au niveau national, et de la préparation et de la réponse au niveau local.

« Nous n'avons pas assez d'argent pour mettre sur pied un système universel, mais nous pouvons accomplir le plus gros du travail pour mettre en place tous les éléments d'un système que l'on pourra continuer à construire jusqu'au moment où il sera en mesure de donner le maximum d'alertes à tous les pays de l'océan Indien », a expliqué M. Barrett.

Évaluation des marées et télécommunications

La NOAA observe temporairement les signes précurseurs de tsunamis dans l'océan Indien et a placé deux bouées de surveillance des tsunamis en eau profonde. Elle est aussi en train de moderniser 11 jauges d'intensité des marées dans la région.

Placées à l'origine pour recueillir des données météorologiques, les jauges peuvent désormais détecter les fluctuations infimes du niveau de la mer et transmettre les données par satellite au Système global de télécommunication (Global Telecommunication system, GTS), épine dorsale du système de transmission, d'un pays à l'autre, de l'ensemble des données météorogogiques, des prévisions et des alertes.

Au Sri Lanka et aux Maldives, la NOAA a entrepris une modernisation de grande ampleur du GTS car les signaux en matière de télécommunication y sont faibles et la vitesse de transmission lente, a précisé M. Barrett.

Un élément important du mécanisme de prévision des tsunamis implique la modélisation. Si l'on indique aux modèles de propagation la présence d'un événement sismique et son emplacement, ils peuvent prévoir comment vont se déplacer les vagues dans l'océan à partir de cet endroit jusqu'aux régions côtières. Les modèles d'inondation prévoient le chemin que suivra le raz-de-marée une fois arrivé sur terre.

Dans la région de l'océan Indien, les spécialistes de la NOAA travailleront avec les cinq pays où des indicateurs régionaux de tsunamis ont été placés et fourniront des modèles et assureront la formation des personnels.

Ces centres régionaux de surveillance des tsunamis, a souligné M. Barrett, seront au bout du compte en mesure de recueillir eux-mêmes les données, d'établir des modèles et de prévoir le moment d'un tsunami et son ampleur.

La NOAA collabore aussi avec le Sri Lanka pour élaborer une stratégie d'opération nationale et avec la Thaïlande pour élaborer une stratégie d'opération régionale.

Reliant tous les ministères et organisations chargés d'analyser les données, d'y répondre ou de disséminer les informations au public, une stratégie en matière d'opération a pour objectif de donner le plus de temps possible aux populations pour se préparer aux divers dangers.

« Nous mettons à profit l'expérience de la NOAA pour mettre en place des procédures permettant de relier toutes les parties concernées et faire en sorte que les données parviennent là où elles sont nécessaires pour être traitées par un modèle de décision », a précisé M. Barrett.

Et d'ajouter : « Chaque pays doit établir des procédures indiquant comment les responsables se serviront des informations produites par les modèles et les centres régionaux pour prendre les décisions relatives aux évacuations et mettre en branle le mécanisme de réponse aux tsunamis de façon à garantir que les gens se trouvent en sécurité en temps voulu. »

L'ultime tâche

Tout système d'alerte échouera, quel que soit son niveau de sophistication, s'il ne peut protéger les gens se trouvant sur les plages contre les effets d'un tsunami ou d'un raz-de-marée. C'est là son ultime tâche, son « dernier mile », ainsi que s'y réfèrent ceux qui œuvrent à réduire les effets des catastrophes.

Dans le domaine crucial de la préparation et de la réaction au niveau local, la NOAA travaille avec l'USAID et l'université du Rhode Island pour renforcer la résistance aux tsunamis en élaborant des directives à l'intention des collectivités qui seront prêtes d'ici la fin de l'année et en organisant des ateliers d'information à l'intention des organisations locales et non gouvernementales qui travaillent avec ces dernières.

Ces directives, a fait observer M. Barrett, aideront les membres des collectivités à se préparer aux tsunamis et aux autres catastrophes en les familiarisant, entre autres, avec les routes d'évacuation, les zones inondables, les procédures d'évacuation des écoles et des hôpitaux et les procédures adoptées par les réseaux de transport en commun en cas de catastrophe.

Aux États-Unis, dans le cadre d'un programme volontaire de la NOAA baptisé « TsunamiReady » (Prêt pour les tsunamis), des collectivités ont mis sur pied un point d'alerte accessible 24 heures sur 24, élaboré des moyens multiples de recevoir les alertes aux tsunamis et de prévenir le public, adopté un plan officiel en ce qui concerne les risques de tsunamis, organisé des exercices pour se préparer aux catastrophes et encouragé la préparation du public au moyen de campagnes d'information.

Le programme « TsunamiReady » sera un élément de la stratégie de la NOAA pour aider la région de l'océan Indien.

« L'idée est de mettre sur pied un système d'alerte et d'organiser des manœuvres, de travailler en permanence avec les gens et les organisations locales de façon que lorsque l'alerte est lancée chacun sache ce qu'il doit faire et que la réponse soit ordonnée et en temps opportun pour sauver des vies », a fait valoir M. Barrett.


Date de rédaction: 22 août 2006 Mise à jour: 22 août 2006

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