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Actualités de Washington
  

M. Khalilzad donne les grandes lignes d'un plan politique pour l'Irak

Il fait état de la nécessité d'un gouvernement d'unité nationale et d'un « contrat » visant le progrès.

M. Zalmay Khalilzad
M. Zalmay Khalilzad. (Photo dép. d'État)

L'article qui suit, dont l'auteur est l'ambassadeur des États-Unis en Irak, M. Zalmay Khalilzad, a été publié le 12 février dans le Los Angeles Times. Il appartient au domaine public et peut être reproduit librement.

Un plan d'action politique pour l'Irak
Zalmay Khalilzad

Depuis le moment où les États-Unis ont décidé de renverser le régime brutal de Saddam Hussein et d'aider les Irakiens à établir un gouvernement représentatif, l'un de leurs principaux défis a été de faire en sorte que les chefs de file des principales communautés irakiennes surmontent leur méfiance et leurs craintes mutuelles. Cela n'a pas été tâche facile.

Saddam Hussein était doué pour dresser un groupe contre l'autre de façon à renforcer sa propre position. La violence sectaire et celle des insurgés qui empoisonnent l'Irak depuis sa chute n'ont fait qu'approfondir ces divisions. La récente élection, dans laquelle les Irakiens ont dans une grande mesure voté selon leurs affinités ethniques et religieuses, en a été le reflet.

Mais un processus est maintenant engagé pour atténuer les différences. Le 4 février, j'ai organisé un déjeuner pour les chefs de file des partis victorieux. Le groupe comprenait des dirigeants arabes chiites tels que le premier ministre Ibrahim Jafari ; des chefs de file kurdes tels que Massoud Barzani, président du gouvernement régional du Kurdistan ; enfin, des chefs de file arabes sunnites tels que le président de l'Assemblée nationale Hachim Hassani et Adnan Dulaimi du Front de l'accord irakien. L'objectif était de lancer le processus en vue de la formation d'un gouvernement d'unité nationale.

Une forte émotion a fréquemment marqué les discussions. Les chefs de file de chacune des communautés irakiennes ressentent profondément et expriment les souffrances endurées par leur peuple durant cette difficile transition en Irak, après Saddam Hussein. Les Chiites arabes ont exprimé leur amertume à propos des centaines de bombardements et d'attentats-suicides qui ont tué des milliers d'Irakiens innocents. Les Sunnites arabes se sont plaints de ce qu'ils conçoivent comme une persécution de la part des forces de sécurité du nouveau gouvernement irakien. Il ne sera pas facile de surmonter ces griefs et les négociations concernant les rôles spécifiques au sein du nouveau gouvernement seront difficiles et souvent litigieuses.

Il n'en demeure pas moins que l'instant est porteur de débouchés. Grâce en partie aux efforts des États-Unis, qui visent systématiquement un rapprochement, l'attitude des Sunnites en ce qui concerne une participation au gouvernement après Saddam Hussein a changé du tout au tout et s'est traduite en fin de compte par leur participation massive aux élections de décembre. Ils comprennent désormais que les États-Unis ne cherchent pas à occuper leur pays définitivement et beaucoup sont convaincus qu'une violence perpétuelle détruirait l'avenir de leur pays.

Pour faire fond sur ces progrès, les chefs de file irakiens doivent maintenant se mettre d'accord sur un processus visant à unir le pays.

Premièrement, il leur faut former un gouvernement d'unité nationale. Ce n'est pas de la répartition des ministères, chacun favorisant les intérêts particuliers de l'ethnie, de la communauté sectaire ou de la faction politique dont se réclamerait le ministre, qu'il est question. Au contraire, il s'agit de choisir des ministres représentant toutes les collectivités qui élaboreront les ponts politiques, qui gens qui sont attachés à un Irak unifié et qui ont prouvé leur compétence professionnelle. Il est bien plus important de former le gouvernement approprié que de le former rapidement.

Les chefs de files irakiens doivent aussi se mettre d'accord sur un processus de prise de décision garantissant la confiance des minorités politiques en la volonté de la majorité de partager le pouvoir et qui tiendra compte de leurs préoccupations légitimes. Les responsables irakiens sont d'avis que cela pourrait se concrétiser en formant un conseil composé des principaux chefs de file irakiens afin de se concentrer sur les questions revêtant une importance nationale.

Les dirigeants élus doivent adopter une position centriste pour gouverner, et non pas une position reposant sur l'une ou l'autre des idéologies extrémistes. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de la sécurité, où le nouveau gouvernement doit continuer d'accroître la capacité des forces de sécurité irakiennes tout en garantissant que les responsables des ministères de la défense et de l'intérieur seront choisis sur la base de leurs compétences, et non pas sur celle de leur appartenance ethnique ou sectaire. Le gouvernement doit en outre commencer le processus de démobilisation des miliciens aux quatre coins du pays.

Deuxièmement, les dirigeants irakiens doivent se mettre d'accord sur un véritable « contrat » national en ce qui concerne leur pays, c'est-à-dire sur une philosophie et un ensemble de règles politiques qui engendreront la stabilité et le progrès. La nouvelle Constitution accorde à la nouvelle assemblée nationale la responsabilité de s'attaquer à plusieurs problèmes-clés qui n'ont pas encore été résolus, notamment l'élaboration de recommandations pour la fédéralisation de régions non kurdes et la répartition des responsabilités entre les divers niveaux du gouvernement. En se livrant à ces négociations, les dirigeants irakiens doivent parvenir à des accords qui susciteront l'appui du plus grand nombre possible de Sunnites arabes et créeront un quasi-consensus en faveur de la Constitution.

Troisièmement, les dirigeants irakiens doivent former une alliance avec les insurgés qui sont disposés à déposer leurs armes, à se joindre au processus politique et, peut-être, à s'engager dans la lutte contre les terroristes. Nombreux sont ceux qui sont prêts à le faire ainsi que le prouvent les affrontements entre insurgés et terroristes dans l'ouest de l'Irak.

Alors qu'ils se détournent de la lutte armée, les insurgés veulent être sûrs que les pouvoirs régionaux ne seront pas autorisés à dominer l'Irak et que les dirigeants irakiens limiteront leurs mesures d'élimination du baassisme aux responsables de haut rang, intégrant à la société tous ceux qui n'ont pas commis de crimes.

Les opposants sunnites arabes sont en train de se joindre au processus de construction d'un nouvel Irak démocratique. Non seulement cela ouvre la voie pour que les insurgés renoncent définitivement à la violence et qu'ils s'associent au processus politique afin de stabiliser l'Irak, mais cela isole aussi les terroristes qui sont les ennemis de tous les Irakiens tout en mettant en place les fondations qui permettront la naissance d'un Irak vigoureux et indépendant.


Date de rédaction: 14 février 2006 Mise à jour: 14 février 2006

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