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Actualités de Washington
  

Les Américains écrivent sans crainte à leur chef d'État

Un nouveau livre comprend un échantillon de lettres adressées aux présidents des États-Unis.

Ronald Reagan dans le Bureau ovale en avril 1981
Ronald Reagan dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche en avril 1981. (Bibliothèque présidentielle Ronald Reagan)

Par Michael Jay Friedman
Rédacteur du « Washington File »

Peu d'échanges illustrent aussi bien la grande importance que les États-Unis accordent à la liberté d'expression que les lettres adressées depuis des siècles au président des États-Unis par de simples particuliers.

L'auteur d'une lettre écrite sur un morceau de bois déclare avec insistance qu'il « convient d'agir immédiatement ». Celui d'un télégramme ne mâche pas ses mots : « Vous êtes un vendu, un crétin et un balourd », dit-il. Une troisième missive griffonnée à la hâte sur une feuille de papier a un ton plus positif : « Votre courage me plaît (...) J'aimerais que vous me répondiez. »

Ces lettres adressées tout simplement à « Monsieur le Président » et reçues respectivement par Jimmy Carter, Richard Nixon et Gerald Ford illustrent l'inclination des Américains à critiquer leurs présidents, à les louer ou simplement à leur offrir des conseils.

Le recueil de lettres « Letters to the Oval Office » rassemblées par Dwight Young, qu'a publié la « National Geographic Society », comprend un échantillon des lettres envoyées aux présidents depuis deux cent seize ans.

Leur sélection a constitué une tâche des plus difficiles : le président Bush, par exemple, reçoit près de cent mille lettres par semaine. Néanmoins, cette compilation de lettres qui sont aussi bien graves, tristes que frivoles ou amusantes montre comment des millions d'Américains et même des habitants d'autres pays estiment que le président est approchable, qu'il s'intéresse à ce qu'on lui écrit et qu'il est même sympathique. Elle met aussi en évidence la certitude des Américains au sujet de leur droit à exprimer leur opinion librement.

Cette tradition remonte à George Washington, le premier président des États-Unis (1789-1797), dont le pays célèbre chaque année l'anniversaire le troisième lundi de février. Désireux d'établir un précédent quant à la qualité du président qui n'est que le premier parmi des égaux, Washington a rejeté des titres tels que « protecteur de la liberté » et « Sa Grandeur » et déclaré qu'il n'aurait aucun titre sauf le simple « Monsieur le Président ».

La modestie de George Washington a établi le ton des relations entre le président et les citoyens des États-Unis. Au fil des ans, des Américains tout comme des étrangers se sont sentis libres de louer ou de critiquer le président, de se plaindre à lui ou de lui demander une faveur.

Les présidents ont reçu des lettres portant sur presque tous les sujets imaginables. L'une de ces lettres, qui revêt une importance particulière, est celle qu'une esclave du Maryland, Annie Davis, a adressée le 28 août 1864 à Abraham Lincoln, après avoir entendu parler de la Proclamation sur l'émancipation des Noirs, qui a mis fin à l'esclavage dans les États confédérés sécessionnistes. Le Maryland, toutefois, faisait partie des États non sécessionnistes, d'où la question d'Annie Davis : « Je vous prie de me faire savoir si nous sommes libres (...) Je vous écris pour vous demander conseil. Veuillez m'en informer cette semaine ou dès que possible. » En fait, les esclaves du Maryland n'ont été affranchis que quelques mois plus tard, en novembre 1864.

On ne s'étonnera pas que la guerre et la paix soient les sujets fréquents des lettres adressées aux présidents. En 1898, alors que la guerre entre les États-Unis et l'Espagne menaçait, la tireuse d'élite Annie Oakley s'est déclarée « prête à mettre une compagnie de cinquante tireuses compétentes » à la disposition du président William McKinley.

Trente-cinq ans plus tard, French Massey, de l'Alabama, était aussi désireux de s'enrôler, mais, a-t-il écrit au président Franklin Roosevelt, « ma mère et mon père ne veulent pas signer les documents nécessaires pour mon engagement (...) Je vous prie donc d'abaisser dès que possible l'âge pour la circonscription à dix-sept ans. » En revanche, la jeune Carolyn Weatherhogg, du Nebraska, dont le nom de famille se situe à la fin de l'ordre alphabétique, était moins enthousiaste : « Je vous suggère, écrit-elle, d'appeler sous les drapeaux les pères par ordre alphabétique. » Sûre de recevoir une réponse rapide du président Franklin Roosevelt, elle a joint son numéro de téléphone.

Une grande diversité de conseils et de critiques

De tout temps, les Américains se sont sentis libres d'admonester leurs présidents et de leur offrir des conseils pratiques. Le pasteur Martin Luther King a demandé au président John Kennedy de s'engager à faire tout son possible, en vertu des pouvoirs que lui conférait la Constitution, pour faire appliquer les décisions des tribunaux relatifs à la déségrégation. John Kennedy aurait pu aussi consulter la jeune Leah Russel, de Miami, qui avait conseillé auparavant au président Dwight Einsenhower de bander les yeux de tous les écoliers, quelle que soit leur race. « Je pense, écrit-elle, qu'ils s'amuseraient tous beaucoup et qu'ils ne se disputeraient pas. »

Tant le ton familier, parfois critique, parfois empreint de bavardage, que la grande variété des sujets, dont de nombreux n'ont rien à avoir avec des faits de l'époque, montre l'intimité entre les Américains et leurs présidents. Lorsqu'une photographie du président Lyndon Johnson soulevant son chien par les oreilles a paru dans la presse, un organisme de défense des animaux du Texas n'a pas manqué de lui faire des reproches : « Tout Texan devrait savoir à quoi servent les oreilles d'un chien. Ce ne sont pas des poignées, mais les organes de l'ouïe. »

Un écolier du New Jersey pensait, lui, que le président Harry Truman serait heureux de savoir que sa classe avait recueilli une vingtaine de dollars pour une œuvre caritative en vendant des tasses de chocolat chaud et des biscuits. L'incorporation en 1958 du chanteur Elvis Presley dans l'armée des États-Unis a incité trois jeunes du Montana à protester auprès du président Eisenhower : « Nous pensons que c'est suffisant d'envoyer Elvis Presley à l'armée, mais si vous lui coupez ses favoris, nous en mourrons. » (Les favoris ont repoussé, et on peut supposer que les trois jeunes ont survécu.)

Il n'est pas nécessaire d'être Américain pour écrire à un président des États-Unis. En novembre 1940, par exemple, « Mon bon ami Roosvelt (sic) » a reçu une lettre du jeune Fidel Castro de Santiago (Cuba), qui était alors âgé de douze ans. « Je ne connais pas bien l'anglais, mais j'en sais assez pour vous écrire », commence le futur dictateur. « Si vous voulez, donnez-moi un billet vert américain de dix dollars dans votre lettre parce que (...) j'aimerais en avoir un. »

Les réponses des présidents

Parfois, le président répond. Le 18 avril 1984, un écolier de la Caroline du Sud, Andy Smith, a demandé l'aide du président Ronald Reagan. « Aujourd'hui, ma mère a déclaré ma chambre zone sinistrée. J'aimerais demander une aide de l'État fédéral pour embaucher une équipe qui nettoierait ma chambre. Je suis prêt à fournir les premiers fonds si je peux compter sur votre contribution à ce projet. »

Il est probable qu'Andy Smith a été stupéfait de recevoir une réponse écrite de la main du président Reagan. Après avoir fait état d'une difficulté technique - seule la personne habilitée à déclarer un désastre, dans ce cas-ci sa mère, a le droit de demander l'aide de l'État fédéral - le président suggère au jeune garçon de s'informer sur un programme fédéral qui prévoit de résoudre les problèmes locaux au moyen du bénévolat.

Ces lettres et des millions d'autres adressées aux présidents des États-Unis n'appartiennent pas aux présidents eux-mêmes, mais au peuple américain. Elles sont conservées aux Archives nationales de Washington et dans les bibliothèques présidentielles situées aux quatre coins du pays, où toute personne peut les consulter.

À l'heure actuelle, les Américains continuent de trouver du plaisir à exercer leur droit d'écrire et d'adresser leur lettre à la Maison-Blanche, que ce soit par la poste, par télécopieur ou au moyen du courrier électronique, en grande partie à cause de George Washington, l'homme qui ne voulait d'autre titre que celui de « Monsieur le Président ».


Date de rédaction: 17 février 2006 Mise à jour: 17 février 2006

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