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Actualités de Washington
  

Une catastrophe bien plus grande risque de se produire au Soudan, selon le HCR

Propos du haut-commissaire aux réfugiés, M. Antonio Guterres

M. Antonio Guterres
M. Antonio Guterres, haut-commissaire aux réfugiés.

Par Judy Aita
Correspondante du « Washington File »

New York (Nations unies) - Le haut-commissaire aux réfugiés, M. Antonio Guterres, a déclaré, le 24 janvier, que la crise humanitaire la plus grave dans le monde à l'heure actuelle avait lieu au Soudan et que la communauté mondiale devait faire pression pour que les parties au conflit concluent un accord de paix afin de prévenir une catastrophe de plus grande ampleur.

La situation au Darfour est critique, et l'instabilité dans cette région du Soudan a des effets « très inquiétants » sur la région frontalière du Tchad, où le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) vient en aide à 200.000 réfugiés, a-t-il dit aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

Des affrontements armés le long de la frontière entre le Soudan et le Tchad constitueraient « une catastrophe humanitaire pour tout le monde », a-t-il souligné.

La situation au Darfour s'est fortement aggravée ces six derniers mois. « À l'heure actuelle, la violence et l'impunité, qui n'ont jamais été totalement jugulées, sont redevenues quotidiennes au Darfour. Les travailleurs humanitaires sont régulièrement coupés des personnes déplacées et de celles qu'ils tentent d'aider.

« Ce mois-ci, nous avons été obligés d'augmenter le degré de sécurité pour le personnel dans diverses zones du Darfour-Ouest, alors même que ce personnel observe la destruction systématique des champs et l'augmentation de la violence exercée contre les femmes. »

La prévention d'une catastrophe au Darfour exigera, selon M. Guterres, « des mesures audacieuses et l'engagement complet » tant de l'Union africaine que de l'ONU.

« Je sais, a-t-il dit, que des discussions sont en cours au sujet de la formation d'une force de sécurité plus robuste et à propos de la question délicate de sa nature et de sa composition. Toutefois, la prévention d'une catastrophe sur le plan humanitaire exigera la conclusion d'un accord de paix, non pas en tant que solution du problème en cause, mais en tant que début d'un processus complexe de réconciliation.

« Il faut que le Conseil de sécurité et tous ses membres s'engagent à œuvrer de concert en faveur de la paix et à exercer des pressions sur toutes les parties au conflit. Qui peut vous défier si vous œuvrez de concert ? »

Par ailleurs, a-t-il indiqué, la situation reste fragile dans plusieurs autres régions du Soudan, qui ont besoin d'une aide.

Il est essentiel que la communauté internationale apporte une aide économique et politique de grande ampleur pour faciliter le retour des réfugiés et des personnes déplacées dans le sud du Soudan, à la suite de la conclusion de l'accord de paix il y a un an. L'aide est nécessaire « dès maintenant et non pas quand tout sera en place et que toutes les conditions réglementaires seront réunies, car cela risquerait d'être trop tard », a-t-il dit en faisant remarquer que le sud du Soudan avait seulement 14 kilomètres de route goudronnée, presque aucune école, aucun hôpital et que l'administration publique y était très peu présente sur le terrain.

Selon M. Guterres, il faudra au Haut-Commissariat aux réfugiés trois à quatre ans pour aider tous les réfugiés à rentrer chez eux, dans le sud du Soudan, des pays limitrophes où ils se trouvent actuellement.

Dans l'est du Soudan où le Haut-Commissariat aux réfugiés s'occupe de plus de 100.000 réfugiés érythréens, la situation en matière de sécurité attire peu l'attention, mais ne cesse de se dégrader. Au cours de l'année écoulée, plusieurs milliers de nouveaux réfugiés érythréens ont fui vers le Soudan alors que les tensions entre l'Érythrée et l'Éthiopie se sont intensifiées.

L'incapacité d'assurer une transition sans heurt de l'aide d'urgence au développement après une crise lorsque les réfugiés rentrent chez eux « figure parmi les échecs les plus constants de la communauté internationale », a-t-il dit, tout en se félicitant de la décision récente de créer une Commission de consolidation de la paix chargée de coordonner les activités de développement dans les pays sortant d'un conflit.

La position des États-Unis

En novembre 2005, la secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, a déclaré à une sous-commission de la Chambre des représentants, que les États-Unis faisaient tout leur possible en ce qui concerne la situation au Darfour.

« Pendant l'année budgétaire 2005, a-t-elle dit, nous avons fourni plus de 650 millions de dollars, principalement sous forme d'une aide humanitaire et d'un soutien à la mission de l'Union africaine, et plus de 450 millions de dollars au titre de la reconstruction et de l'aide humanitaire dans d'autres régions du Soudan. »

Mme Frazer a indiqué que la politique du gouvernement Bush à cet égard consistait notamment à organiser des entretiens réguliers entre de hauts responsables des États-Unis, tels que le vice-président, M. Dick Cheney, et des membres du nouveau gouvernement d'unité nationale du Soudan, ainsi que des déplacements fréquents de membres du gouvernement des États-Unis au Soudan.

Il s'agit, a-t-elle dit, de maintenir l'élan créé par la conclusion de l'accord de paix global et de résoudre la crise du Darfour au moyen d'une « diplomatie militante » menée par de hauts responsables du gouvernement des États-Unis.

Mme Frazer a rappelé aux parlementaires que « le président Bush avait été le premier chef d'État à dénoncer publiquement la violence et les atrocités commises au Darfour en 2004 » et que les États-Unis avaient été le premier pays à demander au Conseil de sécurité de l'ONU d'agir. Les États-Unis ont ensuite consacré 160 millions de dollars au financement de la mission de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour.

Les États-Unis sont sur la bonne voie, a-t-elle dit en ajoutant : « Nous sommes convaincus que nous avons les outils en place pour maintenir l'élan et pour inciter les parties » à appliquer l'accord de paix et à négocier la fin du conflit au Darfour.

Le parti au pouvoir à Khartoum - le Parti national du Congrès - et le Mouvement populaire de libération du Soudan ont signé le 9 janvier 2005 un accord de paix qui a mis fin à vingt années de guerre civile entre le Nord à majorité musulmane et le Sud qui compte peu de musulmans. Le gouvernement d'unité nationale qui a été formé à la suite de cet accord est entré en fonction six mois plus tard.


Date de rédaction: 27 janvier 2006 Mise à jour: 27 janvier 2006

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