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Actualités de Washington
  

Le Festival de Sundance offre de nouveaux éclairages sur le cinéma américain et étranger

Il explore la richesse des productions non hollywoodiennes.

Claudia Llosa, cinéaste péruvienne
Claudia Llosa, cinéaste péruvienne, parle de la première de son film Madeinusa au festival Sundance. (Photo dép. d'État - Janine Sides)

Par Michael J. Bandler
Rédacteur du « Washington File »

C'était un vendredi soir glacial de janvier 2006. Une foule d'ardents cinéphiles avait envahi l'une des neuf salles de cinéma d'une station de ski de l'Utah, City Park, pour voir un nouveau film ignoré de Hollywood, des journaux à sensation, des « blogs » et autres médias consacrés au au cinéma américain.

Moins de deux heures plus tard, la lumière revenait dans la salle au milieu d'applaudissements frénétiques suivis d'intenses négociations entre les représentants des plus importants studios d'Hollywood.

Et c'est ainsi qu'à l'aube de ce samedi 21 janvier, « Little Miss Sunshine », un film indépendant aux acteurs inconnus, realisé par deux novices, dont la production et le financement avaient suivi un parcours tortueux et qui n'avait pas paru sur le marché lucratif du film à l'étranger, était devenu le premier des films présentés au Festival de Sundance 2006 à poursuivre son chemin sur le grand écran. La société « Fox Searchlight », filiale de l'important studio hollywoodien « 20th Century Fox », avait, durant la nuit, remporté la guerre des enchères et acheté le film plus de 10 millions de dollars en vue de sa distribution aux États-Unis et à travers le monde. Cette comédie racontant les errances d'une famiile à la recherche de gloire dans un concours de beauté pour enfants était propulsée sur la route de la célébrité.

Pour ceux qui, aux États-Unis et à l'étranger, cherchent à percer dans le difficile univers du cinéma - acteurs et réalisateurs, financiers, agents publicitaires et critiques - le Festival de Sundance représente une voie différente. Chaque année, en janvier, après avoir procédé à une longue évaluation, le festival donne la première de plus de cent films américains et étrangers : longs métrages, courts métrages et documentaires. L'espoir, pour le festival et pour le metteur en scène indépendant, c'est que grâce à la publicité suscitée par le festival, certains des films trouveront un maximum d'audience. Cette année, le festival a lieu du 19 au 29 janvier.

Depuis près d'un siècle, l'industrie du film américain est identifiée par un seul mot : Hollywood, cet endroit du centre de Los Angeles où les principaux studios - Paramount, 20th Century-Fox, Metro Goldwyn Mayer, entre autres - ont tous vu le jour.

Les produits de ces usines à rêves, dont les budgets atteignent plusieurs millions de dollars l'unité, sont l'essence même du genre américain auquel le public mondial s'attend : les films d'action, les effets spéciaux, les acteurs plus vrais que nature qui dominent l'épopée. Mais ce n'est pas toute l'histoire.

Au cours des vingt dernières années, les cinéphiles du monde entier, de Buenos Aires au Cap en passant par Istanbul et Tokyo se sont rendu compte qu'il existait dans le cinéma des catégories plus caustiques et plus rugueuses, moins polies, moins prestigieuses et qui, dans une large mesure, présentaient une image honnête et sans fioriture, parfois même controversée, de la vie aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

C'est surtout lors de festivals tels que Sundance que la « production indépendante », une qualification passe-partout, se fait connaître. Parallèlement à la montée en flèche des budgets d'Hollywood, l'industrie dans son ensemble a limité sa prise de risques. La production indépendante de films, dont les oeuvres ne coûtent parfois que quelques dizaines de milliers de dollars, s'attaque à des sujets familiers sous un angle, des cadres ou des situations quelque peu inhabituels.

On oublie souvent que ce festival, dont la mission à l'origine s'alignait sur celle de la production classique de films, n'est qu'un volet de l'œuvre de l'Institut Sundance, fondé en 1985 par l'acteur-réalisateur Robert Redford. Outre ses préoccupations écologiques, qui l'ont en partie poussé à acheter du terrain dans les canyons de l'Utah, Robert Redford voulait créer « une expérience dynamique et importante pour les gens, leurs voix et leurs idées ».

En conséquence, en plus des longs métrages et des documentaires, Sundance s'intéresse aussi à la composition musicale et à l'art du théâtre. Récemment, il a étendu son programme théâtral à l'étranger, parrainant un atelier de trois jours en Pologne basé sur la pièce « I am My Own Wife », qui avait été mise sur pied à Sundance et avait remporté un prix Pulitzer en 2004.

Mais c'est la production de films qui retient l'attention du monde et l'imagination des réalisateurs en herbe.

Les exemples de ce que peut réaliser le festival de Sundance sont nombreux. En voici deux :

En janvier 2005, Sundance a présenté « Murderball » qui a reçu le prix du meilleur documentaire. C'est l'histoire d'une équipe de rugby composée d'athlètes paraplégiques endurcis et compétitifs, qui retrace leur épopée à partir de petits gymnases du centre des États-Unis aux Jeux paralympiques d'Athènes. Son thème sous-jacent est le refus de se laisser abattre face à un handicap quelconque. Bien reçu dans les salles de cinéma des États-Unis, le film se vend maintenant en version numérique.

En janvier 2006, une jeune cinéaste péruvienne, Claudia Llosa, a présenté « Madeinusa » au festival de Sundance, portrait de la rencontre entre une petite indienne de 14 ans qui vit dans un village isolé de montagne et d'un géologue venu d'une grande ville. Claudia Llosa avait mis au point le scénario, qui dépeint le choc cuturel d'une vie urbaine moderne opposée à une vie rurale dominée par la religion, lors d'un atelier organisé par Sundance. Elle a fini par obtenir son inclusion dans l'une des catégories primées du Festival.

« Je voulais montrer ma culture », a expliqué Claudia Llosa lors d'une interview, reflétant, sans doute, le sentiment d'autres cinéastes étrangers. « J'ai besoin d'écrire à propos de mon pays. Il y a tant de sujets à évoquer par écrit, tant choses à dire. Je me sens le devoir d'y apporter mon concours », a-t-elle dit.

« Madeinusa » était l'un des 16 films de réalisateurs de cinq continents qui avaient été présentés dans la catégorie « cinéma international : œuvres dramatiques ». La catégorie « cinéma international : documentaires » en comprenait 16 autres.

Au fil du temps, grâce à sa réputation, le Festival de Sundance a fait remonter la crédibilité de l'industrie cinématographique, et c'est la raison pour laquelle les représentants des grands studios viennent à Park City pour visionner, pour réfléchir et pour se disputer les droits de distribution des films qui y sont présentés.

Un autre festival en marge du Festival de Sundance baptisé « Slamdance », également organisé en janvier, retient désormais l'attention et a acquis un certain statut. L'un des films qui y ont été récompensés en 2005, « Mad Hot Ballrom », un documentaire sur les enfants d'une école primaire de New York qui apprennent les rudiments de la danse avant de participer à un concours annuel, a été distribué à l'échelle nationale et internationale.

Tout ce ferment est une très bonne chose, particulièrement pour les artistes et, au bout du compte, pour les spectateurs. Plus l'image est diverse, les thèmes et les sujets hétérogènes, plus enrichissant cela peut être pour les gens et plus cela peut les aider à comprendre leur humanité commune.


Date de rédaction: 27 janvier 2006 Mise à jour: 27 janvier 2006

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