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Actualités de Washington
  

Somalie : l'extrémisme n'a pas sa place dans le dialogue

Déposition au Sénat de Mme Jendayi Frazer concernant la stratégie américaine à l'égard de la Somalie

Mme Jendayi Frazer, secrétaire dÉtats adjointe pour lAfrique
Mme Jendayi Frazer, secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines. (Photo dép. d'État - Janine Sides)

Par Jim Fisher-Thompson
Rédacteur du « Washington File »

Washington - Le gouvernement des États-Unis, qui appuie le dialogue entre l'Union des tribunaux islamiques (Islamic Courts Union, ICU) et le groupe des Institutions fédérales de transition (Transitional Federal Institutions, TFI) en Somalie, est opposé à un extrémisme qui viserait à déstabiliser encore plus ce pays de la Corne de l'Afrique.

C'est ce qu'a fait valoir la secrétaire d'État adjointe pour les affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, le 11 juillet, à l'occasion d'une séance de dépositions devant la commission sénatoriale des relations étrangères portant sur la politique des États-Unis à l'égard de la Somalie.

Depuis 15 ans, aucun gouvernement central efficace n'est à la tête de la Somalie qui est dirigée par des chefs de guerre qui se sont emparés de divers quartiers de Mogadiscio, l'ancienne capitale, et exploitent en même temps les autres régions du pays.

Pour rétablir la paix et la stabilité en Somalie, a précisé Mme Frazer, le gouvernement des États-Unis « travaille de concert avec ses partenaires internationaux et les responsables somaliens en vue de renforcer le groupe des institutions fédérales de transition, apporter une assistance alimentaire au peuple somalien et empêcher que le pays ne continue à être un refuge pour les terroristes ».

Le gouvernement des Etats-Unis et le nouveau Groupe international de contact sur la Somalie, ainsi que les Nations unies, l'Union africaine, et la ligue arabe, a-t-elle souligné, encouragent le dialogue entre toutes les parties somaliennes concernées, y compris avec l'ICU et le TFI.

« Je pense que nous parlons d'une seule voix, à l'exception de l'Érythrée, en disant qu'une prise du pouvoir par des éléments extrémistes ou djihadistes est inacceptable », a-t-elle ajouté.

L'ICU, dont l'idéologie repose essentiellement sur l'islam, a récemment pris le pouvoir après avoir bouté les chefs de guerre hors de Mogadiscio. Cependant, cette organisation a la réputation d'avoir des liens avec Al-Qaïda, une situation qui préoccupe le Congrès et le gouvernement Bush.

Établi par des représentants de clans somaliens lors d'une réunion tenue en terrain neutre au Kenya, le TFI n'a pas réussi à bénéficier d'un appui solide dans le pays et reste isolé dans la capitale provinciale de Baidoa.

« Ce que les Somaliens nous affirment, c'est que les extrémistes ne sont pas bienvenus en Somalie. Leur philosophie va à l'encontre de la culture somalienne. Elle va même à l'encontre de l'expression et de la pratique de l'islam. Nous avons donc tenu compte de leurs affirmations dans l'élaboration de notre stratégie », a expliqué Mme Frazer qui s'est récemment rendue dans la Corne de l'Afrique.

Interrogée à propos de la composition de l'ICU, Mme Frazer a répondu : « Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un groupe hétérogène ». Il a l'appui de beaucoup de gens, y compris de chefs de petites entreprises car il a « institué un peu d'ordre public dans un pays pratiquement en faillite ».

L'ICU comprend aussi des « personnes dont l'orientation est davantage politique, voire même djihadiste (...) mais qui n'est pas nécessairement violente », a précisé Mme Frazer, ajoutant que l'imposition de la charia, qui ne permet pas par exemple de regarder un match de football à la télévision, préoccupe certains.

L'objectif de la politique américaine, a-t-elle indiqué, est d'encourager les éléments « modérés » au sein de l'ICU à « adopter un comportement positif pour coopérer avec le TFI ».

Pour sa part, l'administrateur adjoint de l'USAID chargé des questions liées à la démocratie, aux conflits et à l'aide humanitaire, M. Michael Hess, a rappelé aux parlementaires que le mécanisme de détection précoce des famines, mis en place par l'USAID, suit les tendances météorologiques en Somalie et que, du fait de trois années consécutives de sécheresse, quelque 2,1 millions de personnes risquaient de mourir de faim.

Il a précisé qu'au cours des six derniers mois, l'USAID avait consacré 90 millions de dollars à l'aide à la Somalie. Sur cette somme, 80 millions de dollars ont servi à l'achat de 121.000 tonnes de vivres qui ont été acheminés vers la Somalie par le biais du Kenya.

Selon M. Hess, « pour mieux garantir la sécurité alimentaire en Somalie, il faudrait faire parvenir à ce pays 120 tonnes de nourriture par mois ».

Outre son assistance alimentaire à la Somalie, a souligné M. Hess, l'USAID a alloué environ 10 millions de dollars à la mise sur pied de programmes éducatifs et et de programmes d'attenuation des conflits mettant l'accent sur les comportements extrémistes. Les programmes éducatifs étaient réalisés principalement dans le cadre d'émissions radiophoniques.


Date de rédaction: 12 juillet 2006 Mise à jour: 12 juillet 2006

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