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Actualités de Washington
  

« Habitat for Humanity » fêtera son trentième anniversaire

Cet organisme caritatif voudrait que davantage de pauvres possèdent un logement.

M. Jimmy Carter sadresse à la fête du 25e anniversaire de Habitat for Humanity
M. Jimmy Carter s'adresse à Habitat for Humanity à l'occasion du 25e anniversaire de cette association. (Photo Habitat for Humanity)

Par Elizabeth Kelleher
Rédactrice du « Washington File »

Washington - En août, l'organisme sans but lucratif « Habitat for Humanity » (Habitat pour l'humanité) célébrera son trentième anniversaire. Ses responsables voudraient qu'il étende son action sans que disparaisse l'émerveillement qu'il suscite lorsqu'il concrétise le rêve des pauvres de posséder un logement.

Depuis 1976, utilisant les services de bénévoles et des matériaux donnés, Habitat a construit plus de 200.000 maisons qui abritent environ un million de personnes à faible revenu.

Le fondateur de l'organisme, M. Millard Fuller, se souvient de deux grandes dates dans son histoire. La première est 1984, lorsque le président Jimmy Carter consentit à apporter son aide à la construction d'un bâtiment à New York. Chaque année, depuis cette date, le bénévole le plus célèbre d'Habitat participe à un projet de construction, faisant une publicité gratuite pour l'organisme. En 2006, le « projet de construction Jimmy Carter » sera réalisé à Mumbai, en Inde, où la mère de l'ancien président avait été bénévole pour le Corps de la paix.

M. Jimmy Carter et son épouse Roselyn en train d'aide à construire un logement pour Habitat for Humanity
M. Carter et son épouse Roselyn sur un chantier de construction. (Photo Habitat for Humanity)
Une autre date importante est 1987, date à laquelle l'université Baylor, à Waco (Texas) a ouvert une section d'Habitat pour l'Humanité pour ses étudiants bénévoles. Près de 900 autres universités firent de même, garantissant ainsi l'avenir d'Habitat. Les jeunes qui font du bénévolat alors qu'ils sont étudiants continuent généralement à en faire une fois leurs études terminées.

Cependant, malgré des décennies de succès bâtis à la sueur du front de milliers de bénévoles, « le besoin de logements à un prix abordable dans le monde est plus fort que jamais », explique le directeur d'Habitat, M. Jonathan Reckford. Un quart de la population mondiale - soit plus d'un milliard de personnes - vit dans des logements de fortune ou n'a pas de logement du tout. M. Reckford aimerait qu'Habitat puisse servir un plus grand nombre de familles.

Venu du monde des affaires, M. Reckford s'est promis d'instituer de nouveaux principes de gestion pour les quelque 2.300 antennes d'Habitat for Humanity installées dans 93 pays.

« Il nous faut trouver de nouveaux moyens de financer les logements », déclare-t-il, citant en exemple un partenariat, en Macédoine, entre Habitat et un organisme de microfinancement qui accorde des hypothèques aux futurs propriétaires de maisons construites par Habitat.

M. Reckford voudrait créer des « communautés durables » en mettant sur pied des mécanismes permettant de conserver la propriété du terrain sur lequel est contruit l'habitation même si la famille pour qui l'habitation a été construite déménageait par la suite.

Il prévoit qu'Habitat formera davantage de partenariats à l'avenir. En Afrique du Sud, l'organisme travaille en coopération avec une organisation à vocation médicale sans but lucratif qui fournit un traitement contre le sida aux veuves et aux orphelins malades qui vivent dans des habitations construites par Habitat.

Il est bien conscient du fait qu'il lui faudra apporter ces changements sans pour autant détruire l'esprit de bénévolat qui est tant au cœur d'Habitat. La construction d'une habitation par un groupe de bénévoles d'Habitat est une expérience transformatrice pour tous les concernés : les bénévoles manipulent le marteau et nouent des liens avec ceux qui bénéficieront de leur travail.

Kristin Vorchard, une enseignante de maternelle de Philadelphie (Pennsylvanie) est un bon exemple. Elle a travaillé pour Habitat en République dominicaine. Au début, dit-elle, elle voulait « sauver » tous ceux qu'elle aidait et les ramener avec elle à Philadelphie, où son niveau de vie est beaucoup plus élevé. Mais elle s'est vite rendu compte qu'il y a aussi de bonnes choses en République dominicaine et maintenant, explique-t-elle, tout ce qu'elle souhaite, c'est d'y retourner avec d'autres bénévoles.

Jimmy Dancy, un employé de « Citigroup », en Caroline du Nord, a travaillé aux côtés de Jimmy Carter à la construction de maisons au Mexique. L'un des nouveaux propriétaires voulait faire des cadeaux aux ouvriers bénévoles, mais n'en avait pas les moyens. Il leur a donné des fleurs. Deux ans plus tard, Jimmy Dancy a toujours une fleur séchée sur son bureau. « Ce n'est pas simplement une fleur, c'est toute une expérience », précise-t-il.

Chaque branche d'Habitat achète des terrains et évalue le dossier des candidats à la propriété, lesquels ne gagnent généralement pas plus de 40 % du salaire moyen local. Le futur propriétaire accorde 300 heures de travail à la construction de sa future habitation. Il s'agit là du « capital sueur ». Il prend ensuite à son compte le remboursement sans intérêt d'une hypothèque.

L'expérience change également beaucoup de nouveaux propriétaires. Kesha James, mère de trois enfants qui a emménagé en 1999 dans une maison construite par Habitat à Alexandria (Virginie) explique : « Des gens ont sacrifié leurs mercredis et leurs samedis pour venir chaque semaine m'aider à réaliser mon rêve », et ajoute qu'elle a deux emplois et va à l'université dans l'espoir qu'un jour elle sera en mesure d'aider financièrement quelqu'un qui en aura besoin.

Certains redoutent que ce genre d'expérience personnelle va se perdre alors que les considérations commerciales prennent une plus grande place dans les activités d'Habitat. Par exemple, les sociétés Centex et KB homes, des entreprises de bâtiment professionnelles, vont construire 400 maisons en une semaine au début de juin.

Et si M. Reckford est très fier du fait que les résultats financiers d'Habitat dépassent les objectifs fixés pour l'année budgétaire en cours, qui rendent hommage à son sens des affaires, il continue à mettre la main à la pâte pour construire des maisons, donnant libre cours à son sens de la générosité et du bénévolat.

À une jeune Mexicaine de treize ans à qui il apportait son aide pour construire la future habitation qui lui demandait pourquoi il le faisait, il a répondu : « C'est parce que nous sommes tous les enfants de Dieu et parce que tous les enfants devraient pouvoir grandir dans une maison décente et sûre », ajoutant qu'à chaque fois qu'il pouvait travailler aux côtés de personnes comme elle, cela lui mettait du baume au cœur.


Date de rédaction: 02 juin 2006 Mise à jour: 02 juin 2006

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