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Actualités de Washington
  

L'Initiative en faveur des forêts du Liberia progresse

Il faudrait que la réforme politique au Liberia s'accompagne d'une réforme de l'industrie forestière.

La forêt libérienne
La forêt libérienne. (Photo USAID)

Par Elisa Walton
Rédactrice du « Washington File »

Washington - Deux ans après la création de l'Initiative en faveur des forêts du Liberia, il reste encore beaucoup à faire mais, selon un groupe de spécialistes réunis le 8 juin au Centre Woodrow Wilson, l'espoir est permis en raison de la mise en place d'un nouveau gouvernement et des progrès récemment enregistrés.

Le groupe comprenait : MM. Scott Bode, conseiller de l'USAID pour les ressources naturelles ; Peter O'Donohue, responsable des programmes de foresterie au département d'État ; Glenn T. Prickett, premier vice-président de l'organisme « Conservation International » ; K.W. James Rochow, conseiller juridique de la Banque mondiale pour l'évaluation des concessions forestières ; Robert Simpson, coordonnateur au ministère américain de l'agriculture du programme relatif aux forêts du Liberia.

L'absence de règle du droit est l'un des principaux défis auxquels se heurte le Liberia, et c'est une situation qui a de profondes répercussions sur le secteur forestier. En effet, par le passé, les procédures d'octroi de concession pour l'abattage d'arbres dans les forêts libériennes avaient de graves défauts. Dans un pays possédant environ 4 millions d'hectares de forêts, par exemple, des concessions avaient été octroyées pour 10,5 millions d'hectares, a indiqué M. Simpson.

Cette forme de corruption a eu de sérieuses conséquences pour le pays car l'ancien président du Liberia, M. Charles Taylor, et les chefs de guerre libériens ont utilisé l'argent provenant des concessions pour acheter des armes, attisant ainsi une guerre civile qui s'est prolongée pendant 14 ans, a expliqué M. Bode.

En mai 2003, pour la première fois de son histoire, le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé des sanctions visant les importations de bois libérien et de produits dérivés de ce bois par les pays membres de l'ONU. Du fait de ces sanctions, et aussi du conflit qui faisait rage dans les forêts libériennes, le commerce du bois a périclité. En août 2003, les intenses pressions exercées par la communauté internationale ont poussé M. Charles Taylor à quitter le Liberia.

Depuis, les États-Unis et d'autres pays s'efforcent de réformer le secteur forestier du Liberia. En 2004, grâce à un don de 4 millions de dollars, le Congrès des États-Unis a facilité la création de l'Initiative en faveur des forêts du Liberia (Liberia Forest Initiative, LFI), qui entre dans le cadre d'une aide plus importante visant à aider le Liberia à mettre en œuvre les réformes nécessaires au plan gouvernemental.

La LFI, a précisé M. O'Donohue, est un partenariat auquel adhèrent plusieurs organisations internationales, notamment la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, des organisations non gouvernementales internationales, des pays donateurs, ainsi que plusieurs éléments du gouvernement libérien et de la société civile. Cette initiative a pour objectif de relancer le secteur forestier libérien et de faire en sorte qu'il soit caractérisé par la transparence fiscale, que l'exploitation des forêts puisse être durable et que la primauté du droit soit respectée.

Selon les estimations du Centre Wilson, s'il était bien géré, le secteur forestier libérien pourrait générer jusqu'à 60 % des revenus du pays en matière de devises étrangères et employer environ 7.000 personnes.

Selon M. Bode, la biodiversité des forêts du Liberia revêt une importance cruciale. Ces forêts constituent près de 50 % des forêts de grands arbres de l'écosystème de la Haute-Guinée, une zone qui comprend la Guinée, la Sierra Leone, la Côte d'Ivoire et le Ghana.

La gestion de ces ressources naturelles de grande valeur, a rappelé pour sa part M. O'Donahue, devra incorporer de façon égale trois éléments importants : la sylviculture commerciale, l'exploitation des forêts par la communauté, et la protection des forêts.

Pour ce qui est de l'exploitation commerciale, l'un des principaux objectifs est de mettre en place les conditions nécessaires à la levée des sanctions de l'ONU, a indiqué M. Bode. Le rétablissement des forêts en vue d'une exploitation durable et la promotion de la transparence dans la gestion de ces ressources en sont deux autres.

Le premier pas conduisant à l'adoption de pratiques commerciales plus équitables a été fait en juin 2005 lorsque la troisième phase de l'évaluation des concessions forestières du Liberia a fait ressortir divers problèmes.

« Aucune des sociétés qui abattent actuellement des arbres n'avait réussi à prouver qu'elle avait légalement le droit de le faire. La transgression des droits de la communauté et le non-paiement des salaires figuraient aussi parmi les problèmes cités », a expliqué M. Simpson.

En février, quelques semaines seulement après avoir assumé ses fonctions, la nouvelle présidente du Liberia, Mme Ellen Johnson Sirleaf, a pris des mesures visant à régulariser cette situation. Son premier décret a annulé toutes les concessions forestières et entériné les recommandations énoncées dans l'évaluation, qui prévoient notamment la création d'une commission chargée de surveiller l'application des réformes dans le secteur forestier.

La protection de l'environnement a aussi enregistré des progrès. L'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) précise sur son site internet que les squatters - quelque 5.000, en mai 2005, selon les statistiques des Nations unies - qui avaient élu domicile dans le Parc national Sapo, l'une des plus grandes forêts d'Afrique occidentale bénéficiant d'une protection, sont maintenant partis.

Ces squatters, derniers éléments de la guerre civile, sont accusés d'avoir tué des animaux sauvages et de s'être livrés à la prospection illicite d'or pour assurer leur survie. Un grand nombre d'entre eux ont été réinstallés dans des villes des environs.

Selon M. Bode, la LFI prévoit de faire fond sur ces succès en protégeant une superficie plus vaste du territoire liberien.

Le volet « exploitation des forêts par la communauté », a-t-il indiqué, ne sera pas facile à mettre en place, mais il est nécessaire car il garantit que les revenus du secteur forestier bénéficieront à l'ensemble des Libériens.

La LFI espère aussi pouvoir faire promulguer des lois relatives à l'exploitation des forêts, venir en aide au Liberia en accordant de nouvelles concessions et former le personnel attaché à l'Autorité pour le développement forestier aux nouvelles méthodes de gestion forestière, a souligné M. Simpson qui a souligné que l'espoir était désormais permis du fait de l'attachement que porte le gouvernement de Mme Sirleaf Johnson à la réforme.


Date de rédaction: 14 juin 2006 Mise à jour: 14 juin 2006

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