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Actualités de Washington
  

Une émigrée du Vietnam réalise le rêve américain dans la haute couture

Chloé Dao établit sa réputation dans un concours télévisé de mode.

Chloé Dao, émigrée vietnamienne et gagnante dun concours de haute couture
Chloé Dao. (©AP/WWP)

Par Lauren Monsen
Rédactrice du « Washington File »

Washington - Lorsque les membres d'une famille d'émigrés du Vietnam se sont installés à Houston en 1979, ils recherchaient, à l'instar des légions d'émigrés qui les avaient précédés, une vie meilleure que celle qu'ils avaient quittée.

La famille Dao, qui était passée du Vietnam au Laos voisin et avait subi les peines d'un camp de prisonniers loatien pour pouvoir venir aux États-Unis, plaçait tous ses espoirs de réussite dans l'éducation qu'elle pourrait obtenir dans son pays d'adoption. Les parents, des gens travailleurs, ont inculqué à leurs huit filles l'ambition de viser haut, tant dans leurs études que dans leur vie professionnelle.

Chloé Dao, la sixième des filles, se souvient que ses parents la destinaient, ainsi que ses sœurs, à une carrière de médecin ou d'avocat. Mais à un âge précoce, elle avait conçu une passion pour l'habillement, que n'approuvaient nullement ses parents. Le monde glamour mais férocement compétitif de la haute couture exerce une puissante fascination sur les jeunes filles obsédées par leur habillement et, dans les années 1980, la jeune Vietnamienne fraîchement débarquée à Houston n'a pas résisté à son attrait.

Après avoir découvert l'émission de télévision de CNN « Style » animée par Elso Klensch, Chloé Dao a été mesmérisée par les euphorisantes créations vestimentaires qui passaient dans les défilés de mode de New York, de Paris, de Londres et de Milan. Pour ses parents, il ne s'agissait que d'un engouement qu'ils espéraient passager. Chloé était d'un avis différent.

Après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, elle s'est inscrite à l'université de Houston, se spécialisant dans les affaires commerciales. Après 18 mois de cours qu'elle décrit comme d'un ennui mortel, elle a abandonné le commerce en faveur d'un programme de mode au Houston Community College, au grand dam de ses sœurs et parents.

Au bout d'un semestre seulement de cours de mode à Houston, elle s'est rendue à New York pour s'inscrire à l'Institut des techniques de la mode. En 1994, elle a décroché un diplôme de patronnière qui lui a permis d'accéder à une série d'emplois dans l'industrie de la mode. C'est là qu'elle a appris des professionnels chevronnés les ficelles du métier et, fait peut-être aussi important, la manière de gérer une petite entreprise.

De retour à Houston, elle a commencé à élaborer une collection personnelle et à planifier la création d'une boutique à elle, ayant démontré à sa famille et à elle-même qu'elle avait tous les talents requis, ainsi que la détermination et la discipline nécessaires pour réussir dans une profession d'une compétitivité impitoyable. Sa boutique, baptisée « Lot 8 » en hommage aux 8 sœurs Dao, a ouvert en 2000 avec le soutien entier de sa famille, et a rapidement connu un bel essor.

Le projet « Runway »

En 2005, Chloé Dao s'est présentée à un concours parrainé par la chaîne de télévision câblée Bravo. Intitulé « Project Runway » (Projet piste), ce concours était animé par la mannequin Heidi Klum et présentait les créations de 16 jeunes modélistes. Chaque semaine, leur présentation était jugée par Heidi Klum et par d'autres spécialistes de l'habillement, les modélistes se faisant éliminer les uns après les autres chaque semaine jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que trois. Ces trois finalistes se sont affrontés une dernière fois durant la Semaine de la mode de New York, en février dernier, pour déterminer le gagnant du concours.

Tout au long de la compétition, Chloé a obtenu les éloges du jury pour ses créations sophistiquées qui mêlaient la sensibilité urbaine à des lignes fluides et gracieuses. Ses moulages exquis et sa confection impeccable étaient particulièrement prisés et le suspense de la compétition ont maintenu les spectateurs rivés à leur petit écran. En toute occasion, Chloé s'est montrée à la fois imperturbable et bonne joueuse envers ses rivaux, tout en séduisant l'assistance par la présentation d'ensembles de jour d'une finition parfaite et de sinueuses robes du soir.

En tant que finaliste, Chloé Dao visait un premier prix comportant une voiture neuve et un chèque de 100.000 dollars comme argent de démarrage pour élaborer une collection portant son nom. En outre, les créations gagnantes devaient paraître dans un numéro de la revue « Elle », ce qui ne manquerait pas d'assurer à leur auteur une publicité sans prix pour un jeune entrepreneur motivé.

Après que les concurrents eurent fait défiler leurs modèles pour la dernière fois, le jury a finalement désigné le vainqueur : au bout de 13 mois de compétition, c'était Chloé qui l'emportait.

Pour elle, les retombées de cette victoire seront importantes : l'attention des médias alimente une demande chez les consommateurs, son entreprise est prête à s'élargir au-delà de sa base de Houston, et l'heureuse gagnante engrange les interviews et doit jongler avec les multiples exigences d'une entreprise de mode en plein essor.

Son bonheur se reflète dans l'épanouissement de sa boutique, « Lot 8 ». « Elle a doublé de surface et comprend maintenant un salon de coiffure », a-t-elle déclaré au « Washington File » lors d'une interview accordée le 15 juin. « Nous allons également ouvrir notre boutique en ligne sur Internet à la fin de juin », a-t-elle dit, ajoutant : « Je projette d'ouvrir plusieurs boutiques/salons en divers endroits du pays au cours des deux prochaines années. »

Interrogée sur sa philosophie en matière de modélisme, Chloé Dao a déclaré : « J'essaie d'allier le classique et l'anticipation. J'aime faire des habits qui donnent à la femme un air et une impression moderne, mais qui, en même temps, ne passeront jamais de mode. » Le secret de sa réussite a été de concevoir « du jeune, du sexy, du moderne, mais aussi de l'intemporel ».

La reconnaissance officielle qui a été faite de ses talents de grande couturière par ses pairs de l'industrie de la mode constitue, pour Chloé Dao, la validation de son rêve de jeunesse d'une carrière dans ce domaine. Le rêve qu'elle a eu étant petite fille, dans des visions tourbillonnantes de velours chiffon, est devenu la réalité de son existence quotidienne.

Derrière ce métier rêvé se profile la réalité d'une modéliste douée, dont l'ardeur au travail provient en droite ligne des valeurs que lui ont inculquées ses parents immigrés : en somme, l'histoire d'un succès à l'américaine, avec un tour de main bien stylé.


Date de rédaction: 16 juin 2006 Mise à jour: 19 juin 2006

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