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Actualités de Washington
  

Des étudiants américains jouent de la musique arabe classique

Leur participation à l'Ensemble de musique du Moyen-Orient les incite souvent à suivre des cours de civilisation arabe.

la directrice de lEnsemble de musique arabe classique de Virginie
Anne Rasmussen et ses élèves. (Photo Stephen Kaufman)

Par Stephen Kaufman
Rédacteur du « Washington File »

Washington - Les auditeurs d'une salle de conférence située dans le centre de Washington auraient pu s'imaginer dans une salle de concert du Liban ou de l'Égypte en écoutant le son d'un luth arabe, appelé oud, joué en solo sur un fond orchestral délicat et un rythme dynamique. Toutefois, la musique arabe était interprétée par de jeunes étudiants américains d'une université de la Virginie.

Fondé en 1994 par le professeur Anne Rasmussen, ethnomusicologue et joueuse remarquable d'oud, l'Ensemble de musique du Moyen-Orient de l'université William et Mary a enchanté de nombreux auditeurs et également éveillé l'intérêt de nombreux amateurs de musique pour le Moyen-Orient, en particulier des étudiants auxquels il a fait connaître et apprécier la musique arabe classique.

Mme Rasmussen raconte en plaisantant comment de nombreux jeunes qui ont eu une formation musicale occidentale deviennent membres de son ensemble par curiosité, puis s'inscrivent pour suivre des cours de langue arabe ou des cours sur le Moyen-Orient et l'islam.

Joueuse de flûte à l'origine, Julia a indiqué comment elle s'était jointe à cet ensemble après s'être lassée de la musique occidentale. Elle envisage maintenant de commencer à apprendre l'arabe et de suivre des cours sur le Moyen-Orient et l'islam. La formation culturelle découlant de la musique constitue pour elle un complément de ses études universitaires.

Un jour, un étudiant de deuxième année, Jesse, dont le père avait ramené un oud d'Irak, est venu voir Mme Rasmussen. Joueur de guitare rock, il souhaitait suivre des cours de guitare. Après avoir vu l'oud qu'il avait apporté avec lui, Mme Rasmussen l'a convaincu de se joindre à son ensemble.

Inscrit maintenant dans un cours d'arabe, Jesse songe à étudier au Maroc dans le cadre du programme d'études à l'étranger de l'université William et Mary. « Je suis décidé à continuer d'étudier l'arabe et de jouer de l'oud. J'adore cela. Je suis tout à fait absorbé par la culture en faisant partie de l'ensemble. »

Un autre étudiant, Scott, qui joue un instrument de percussion connu sous le nom de daf, a suivi un chemin tout à fait opposé. « Je ne jouais aucun instrument de musique, mais je parle l'arabe. Je suis principalement des cours sur le Moyen-Orient et j'ai pensé que ce serait amusant de jouer un instrument arabe (...) C'est très intéressant. »

Mme Rasmussen, qui enseigne des cours sur la musique du Moyen-Orient et d'autres parties du monde, pense que la participation de ses étudiants à l'ensemble de musique leur permet d'avoir une meilleure connaissance de leur sujet d'étude que s'ils ne faisaient que lire des articles ou rédiger des essais dans le cadre des cours.

« C'est une partie intégrante de mon enseignement et c'est ce que j'aime faire », a-t-elle dit en indiquant qu'il était probable qu'un nombre plus grand d'étudiants continuaient de s'intéresser à ce domaine après avoir eu l'avantage d'une expérience directe.

« Six de mes étudiants font maintenant un doctorat d'ethnomusicologie. Tous les six ont fait partie de l'ensemble », a-t-elle déclaré. L'une d'eux, Anne Elise Thomas, a fait l'objet d'un article qui a paru en 2004 dans le magazine « Hi » et dans lequel elle indique que son introduction à la musique du Moyen-Orient dans l'ensemble l'avait incitée à se rendre dans cette partie du monde et à suivre des cours de musique au Caire (Égypte). Elle joue du qanoun, une cithare à 72 cordes qui ressemble à un tympanon.

Pour la plupart des auditeurs américains de l'ensemble, son interprétation est leur première introduction à la musique arabe et à ses instruments, à ses chants, à ses gammes et à ses rythmes musicaux inconnus.

Entre chaque morceau, Mme Rasmussen prend le temps d'expliquer, par exemple, que le prochain morceau aura un rythme à dix temps, rythme pratiquement inusité dans la musique occidentale. Avant d'interpréter un chant soufi, elle donne une traduction des paroles à ses auditeurs qui ne connaissent pas l'arabe et leur en explique le sens.

Elle sait bien que la musique classique étudiée et exécutée par les étudiants qui font partie de son ensemble ne donne pas une image exacte de la musique arabe contemporaine. « À l'heure actuelle, a-t-elle dit, les Arabes écoutent tous de la musique populaire, et on peut dire que ce que nous présentons donne une idée fausse de la réalité, mais si vous voulez savoir ce que la plupart des Américains écoutent et que vous jouez un concerto de Mendelssohn, vous donnez aussi une idée fausse de la réalité. »

Certains des membres de l'ensemble sont ou ont été des Américains d'origine arabe dont la participation leur a permis de découvrir une partie de leur identité. Mme Rasmussen a ainsi mentionné une étudiante tout à fait américanisée dont le père était de descendance libanaise. Après un concert, le père de cette étudiante est venu lui dire que son ensemble avait contribué à inculquer à sa fille quelque chose qu'il avait tenté en vain de lui enseigner depuis des années, le fait qu'elle était une fille arabe.

Quant à la réaction des auditeurs américains d'origine arabe, Mme Rasmussen a dit qu'un grand nombre d'entre eux étaient étonnés de voir des étudiants non arabes de la Virginie interpréter leur musique traditionnelle et d'apprendre qu'ils l'étudiaient dans le cadre de leurs études universitaires.

Joueuse de qanoun et également directrice adjointe de l'ensemble, Laura a déclaré que de nombreux auditeurs exprimaient leur gratitude en disant notamment que c'était là la musique de leur jeunesse et qu'ils ne l'entendaient plus depuis qu'ils étaient aux États-Unis.

L'ensemble a également joué pour des personnalités arabes telles que Mme Shireen Ebadi, avocate irakienne lauréate du prix Nobel de la paix, et le prince Hassan de Jordanie. « Le prince, a dit Laura, est venu nous remercier et nous a dit que c'était formidable et qu'il n'avait jamais vu un tel ensemble. »


Date de rédaction: 03 mars 2006 Mise à jour: 03 mars 2006

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