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Un film sud-africain reçoit l'Oscar du « Meilleur film étranger »Le film « Tsotsi » est honoré lors de la 78e cérémonie annuelle de remise des Oscars.
Par Helen I. Rouce Washington - Lorsque les gagnants ont été annoncés à la 78e cérémonie annuelle de remise des Oscars, le 5 mars à Hollywood (Californie), c'est « Tsotsi », un film sud-africain, qui a remporté l'Oscar fort convoité de « Meilleur film étranger ». Le film, qui a commencé à être projeté dans certaines salles de cinéma des États-Unis le 24 février, relate l'histoire d'un jeune chef de bande endurci de la banlieue de Johannesburg qui, lorsqu'il prend la voiture de force à un automobiliste, ne se rend pas compte qu'un bébé se trouve sur le siège arrière. Le jeune voyou, surnommé « Tsotsi », ressent ensuite de la compassion pour cet enfant sans défense. Avec le coparrainage de l'ambassade sud-africaine à Washington et de la société Miramax chargée de la distribution du film aux États-Unis, « Tsotsi » a été projeté le 16 février dans un auditorium bondé de la « National Geographic Society » à Washington dans le cadre d'un projet de cet organisme visant à donner une voix aux films ne jouissant pas d'un solide appui publicitaire. Présentant le film aux spectateurs, le conseiller pour la diplomatie publique auprès de l'ambassade d'Afrique du Sud, Tshepo Mazibuko, a expliqué qu'après avoir « suffoqué sous les lois de l'apartheid », une nouvelle vie animait l'industrie cinématographique sud-africaine, les Sud-Africains produisant plus de films que jamais et étant de plus en plus nombreux à y jouer. Après un début marqué par la violence, « Tsotsi » entraîne rapidement le spectateur dans une histoire classique de perte, de nostalgie, de peur et d'amour. Gavin Hood, le metteur en scène qui a aussi écrit le scénario s'est inspiré d'un roman des années 1950 de l'auteur dramatique Athol Fugard, un concitoyen célèbre, mais l'a placé dans un contexte contemporain. « Il existe un élément intemporel à cette histoire d'une jeune personne qui se dissimule derrière un masque de colère, qui ne pense pas au lendemain, qui n'est pas porté à l'introspection et qu'une série d'événements fait rencontrer diverses personnes qui le prennent sous leur aile et le poussent à son insu à analyser ses sentiments. À un moment donné, il finit par prendre conscience de ses qualités et de ses défauts et acquiert une nouvelle sagesse », a expliqué Gavin Hood lors d'une interview à la « National Public Radio ». Ce film documente le « parcours classique » d'un héros de film, mais il se situe dans un environnement rarement vu sur l'écran : le bidonville le plus sordide de la banlieue de Soweto, a-t-il précisé. Les personnages du film parlent dans un patois propre à leur « township » qui est sous-titré en anglais. Baptisé « tsotsitaal », cette langue est un mélange des 11 langues officielles d'Afrique du Sud, et c'est la raison pour laquelle le spectateur peut entendre des mots en anglais ou en hollandais dans le film, a expliqué Presley Chweneyagae, l'acteur qui joue « Tsotsi », un film qui fait salle comble en Afrique du Sud. C'est le premier long métrage pour cet acteur qui, comme nombre des principaux acteurs de ce film, n'a guère reçu de formation classique et qui a surtout joué dans des pièces de théâtre à l'échelle locale. Il n'en demeure pas moins que le fait qu'il ait été invité à jouer le roi Lear à 17 ans et à jouer Hamlet au Théâtre national est une indication de l'ampleur de son talent. Quand ce film a été fait, c'était aussi le premier grand rôle pour Terry Pheto, qui joue la jeune mère que Tsotsi contacte pour nourrir le bébé volé, bien que cette dernière ait acquis entre-temps une grande notoriété en Afrique du Sud, après avoir été la vedette d'un feuilleton télévisé populaire. Le langage et la musique du film intensifient l'expérience sensorielle du spectateur Lors de la séance de questions-réponses organisée à la conclusion de la projection du film à Washington qu'animait Mbye Cham, professeur de cinématographie africaine à l'université Howard, Gavin Hood a expliqué qu'il avait voulu utiliser le parler de la rue dans son film pour que les spectateurs puissent être imprégnés aussi bien de la langue que du cadre physique du monde de « Tsotsi » . Le martèlement de la musique « kwaito » des townships accompagne l'action intense du film. Zola, une étoile montante de la musique « kwaito » qui s'apparente au hip-hop américain, a enregistré une grande partie des morceaux figurant sur la bande sonore et incarne l'un des gangsters du film. Faisant pendant à cette énergie brute, la voix envoûtante et lyrique de Vusi Mahlasela s'élève au-dessus d'un chœur et berce les scènes tranquilles du film. Vusi Mahlasela, l'un des grands chanteurs durant le mouvement anti-apartheid, est aujourd'hui une vedette internationale. Quand on lui a demandé ce qu'il ressentait, lui un réalisateur blanc, lorsqu'il traduisait l'expérience de Noirs alors que des réalisateurs noirs ne pouvaient obtenir les ressources nécessaires pour le faire, Gavin Hood a répondu : « Personne ne souhaite plus que moi voir davantage de réalisateurs sud-africains noirs diriger leurs propres films. On y arrivera. » Le plus grand compliment à propos de « Tsotsi », a-t-il fait valoir, c'est au festival panafricain de films qu'il l'a reçu lorsqu'un « grand Américain très noir » s'est levé et lui a dit : « Je veux simplement vous remercier pour avoir fait un film où un acteur noir joue le rôle principal et où des gens de race noire figurent et qu'au bout de dix minutes, cela n'avait plus d'importance : ce n'était plus d'un film de Noirs dont il s'agissait, c'était un film à propos de gens se débattant avec des idées. » Ce n'est pas la première fois qu'un film sud-africain est à l'honneur à la cérémonie de remise des Oscars : un autre, « Yesterday », avait déjà été proposé en tant que « Meilleur film étranger » en 2005. Date de rédaction:
06 mars 2006 Mise à jour:
06 mars 2006
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