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Le succès croissant des Américaines dans les carrières juridiquesSandra Day O'Connor, juge à la Cour suprême, participe au Mois de l'histoire des femmes.Par Alexandra Abboud Washington - Aux États-Unis, l'égalité entre hommes et femmes dans la profession juridique commence tout juste à concorder avec l'égalité devant la loi, les femmes américaines étant de plus en plus nombreuses à faire carrière avec succès dans la justice. Me Clarence Darrow lui-même, avocat légendaire qui était considéré comme un progressiste au début du XXe siècle, se montrait sceptique quant aux chances de succès professionnel des femmes dans le droit. Il déclara un jour à un groupe d'avocates : « Vous ne pouvez pas briller au barreau parce que vous êtes trop gentilles. Vous ne pourrez jamais être des avocates d'affaires parce que vous n'êtes pas insensibles. Vous ne possédez pas un intellect supérieur. Vous ne pourrez jamais espérer obtenir les mêmes honoraires que les hommes. » Darrow serait surpris d'apprendre que, selon une étude faite en 2001 par le barreau américain - l'American Bar Association -, quelque 44 femmes occupaient un poste de premier avocat-conseil dans des sociétés inscrites à la liste des 500 plus grosses entreprises du pays (« Fortune 500 »), et que 71 % des avocats du privé, la majorité des étudiants des facultés de droit et 18 % environ des juges de district fédéral et de cour d'appel sont des femmes et deux femmes ont siégé à la Cour suprême des États-Unis. Une femme qui a fait figure de pionnière dans ce domaine est Mme Sandra Day O'Connor, première femme nommée juge à la Cour suprême des États-Unis. Elle a pris sa retraite le 30 janvier après 24 années de services et on estime généralement qu'elle a beaucoup contribué à l'augmentation spectaculaire du nombre des femmes dans la profession juridique. Mme O'Connor a pris la parole aux côtés du ministre américain de la justice, M. Alberto Gonzales, le 8 mars, lors d'une conférence organisée dans le cadre du Mois national de l'histoire des femmes. - La carrière de Mme O'Connor, illustration de la lutte des Américaines en faveur de l'égalité des droits « Durant près d'un quart de siècle de services à la Cour suprême et à la nation, Mme O'Connor a contribué à créer une génération de femmes désireuses de pratiquer le droit et de servir leur pays », a déclaré M. Gonzales, ajoutant que l'influence la plus grande de Mme O'Connor « n'était pas tant dans les arrêts de la Cour suprême que dans le cœur des nombreuses Américaines à qui elle avait donné de l'espoir. » Le parcours suivi par Mme O'Connor jusqu'à la Cour suprême illustre les obstacles auxquels de nombreuses avocates se sont heurtées aux États-Unis. Elle était sortie troisième de sa promotion à l'école de droit de Stanford, en Californie, mais les offres d'emploi de grands cabinets juridiques ne venaient pas. L'un d'eux lui proposa un poste de secrétaire juridique. « À ma sortie de l'école de droit de Stanford, c'était le Moyen Âge en 1952, je ne pouvais même pas obtenir de rendez-vous pour poser ma candidature dans un cabinet privé d'avocats », dit-elle. Sandra O'Connor trouva bientôt un poste dans le secteur public où les possibilités d'emploi étaient plus grandes pour les avocates, précise-t-elle, que dans le secteur privé. Elle travailla comme avocate de circonscription à San Mateo, en Californie, puis pratiqua le droit à son compte. En 1969, elle fut élue à la législature de l'Arizona où elle devint la première femme à occuper le poste de chef de la majorité au sénat de l'État. Sandra Day O'Connor fut nommée à la Cour suprême des États-Unis en 1981 par le président Ronald Reagan après avoir servi pendant sept ans comme juge de l'État d'Arizona. « J'ai assisté à une révolution de la profession juridique grâce à laquelle les femmes représentent aujourd'hui environ 40 % des magistrats qui exercent aux Etats-Unis, et un plus de 50 % de tous les diplômés des facultés de droit. » Selon Mme O'Connor, cette augmentation est due dans une large mesure aux arrêts de là Cour suprême qui ont discrédité l'idée selon laquelle Dieu avait assigné des domaines différents d'activité aux deux sexes, réservant aux hommes le pouvoir de légiférer et de faire respecter les lois. Mme O'Connor a cité l'affaire Reed contre Reed dans laquelle la Cour suprême avait décrété pour la première fois que la discrimination contre les femmes était contraire à la Constitution des États-Unis. Dans cette affaire, qui remonte à 1971, la Cour jugea inconstitutionnelle une loi de l'Idaho qui accordait automatiquement la préférence aux hommes pour l'octroi d'un poste d'administrateur de biens. Cet arrêt a entraîné un changement très spectaculaire dans la façon dont les tribunaux abordaient la discrimination basée sur le sexe, a souligné Mme O'Connor. Tout au long des années 1970 et 1980, la Cour suprême a continué à invalider des lois qui permettaient une discrimination basée sur le sexe. Dans son allocution du 8 mars, Mme O'Connor a fait état des progrès enregistrés par les femmes dans la profession juridique, tout en reconnaissant qu'il restait encore beaucoup à faire dans ce domaine. « Non seulement les femmes sont aujourd'hui bien représentées dans les cabinets d'avocats mais elles accèdent progressivement à davantage de postes dotés de pouvoir politique et juridique », a-t-elle souligné, ajoutant cependant : « Tant que le pourcentage des femmes au Congrès, dans la justice, et dans d'autres domaines ne se rapprochera pas de 50 %, j'estime que nous n'aurons pas complètement réussi ». Une seule femme, Mme Ruth Bader Ginsburg, siège actuellement à la Cour suprême des États-Unis. Elle a été nommée à ce poste en 1993 par le président Clinton. Quand on lui a demandé si les femmes juges tranchaient les affaires différemment des hommes, Mme O'Connor a dit que Mme Ginsburg répondait de la même façon qu'elle à cette question, à savoir qu'une femme mûre et avisée et un homme mûr et avisé parviendraient sans doute à la même conclusion. Date de rédaction:
28 mars 2006 Mise à jour:
28 mars 2006
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