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Actualités de Washington
  

La France et les É.-U. ne se font pas concurrence en Afrique

Les relations entre les deux pays sont au beau fixe, affirme M. Cohen.

M. Herman Cohen
M. Herman Cohen.

Par Jim Fisher-Thompson
Rédacteur du « Washington File »

Washington - Si la France demeure un « grand acteur économique » et un concurrent des États-Unis en Afrique, les relations entre les deux pays sur le continent africain n'ont jamais été meilleures.

C'est ce qu'a affirmé, le 1er mai, M. Herman Cohen, ancien secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines, lors d'un colloque sur la France en Afrique organisé par le département d'État. « En ce qui concerne les États-Unis, les intérêts économiques français en Afrique ne constituent actuellement aucune menace. »

M. Cohen, qui a été ambassadeur au Sénégal, a passé une partie de l'année à visiter la France, où il a commencé sa carrière, au début des années 60, en qualité de jeune diplomate affecté à l'ambassade des États-Unis à Paris.

Malgré la forte position économique de la France en Afrique - on y recense près de 650 entreprises françaises - « le continent ne joue qu'un rôle marginal dans sa dynamique économique internationale », a déclaré M. Cohen. Si les exportations de la France vers l'Afrique ont atteint 22,2 milliards d'euros en 2005, cela ne représente que 5,6 % des exportations françaises dans le monde.

Et lorsqu'il s'agit du continent dans son ensemble, a-t-il souligné, « plus de la moitié de l'activité économique de la France se concentre dans les États de l'Afrique du Nord » où les Américains s'intéressent surtout à des investissements dans le secteur énergétique.

« Si l'on peut entrevoir des tensions économiques entre les grands acteurs présents sur la scène africaine, elles auront lieu probablement entre l'Afrique du Sud et la France dans le secteur tertiaire, où ces deux pays sont actifs et puissants. »

M. Cohen a également prédit que toute concurrence entre la France et les États-Unis serait désamorcée par les intérêts économiques croissants de la Chine en Afrique. « La principale difficulté que rencontreront les intérêts économiques des États-Unis et de la France en Afrique viendra vraisemblablement de la Chine et affectera le secteur des matières premières. »

Si la France a des traités de coopération militaire avec plusieurs anciennes colonies et qu'elle a des milliers de soldats déployés stratégiquement sur l'ensemble du continent, elle a également des intérêts économiques considérables au Sénégal, en Côte d'Ivoire et au Gabon, a affirmé M. Cohen.

Cependant, les investisseurs français se détournent progressivement d'une concentration sur les anciennes colonies pour s'intéresser à des « débouchés plus dynamiques dans des pays tels que le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Afrique de l'Est ».

L'Afrique attire désormais moins d'investissements français, à l'exception du secteur pétrolier. La France importe aujourd'hui près de 20 % de son pétrole d'Afrique.

La principale compagnie pétrolière française, Total, produit à l'heure actuelle 477.000 barils de pétrole par jour dans trois grandes concessions offshore de la République du Congo, du Nigeria et de l'Angola. « Les tensions initiales entre les États-Unis et la France en Afrique, notamment dans le secteur pétrolier, ont complètement disparu. »

La principale raison en est le changement intervenu en 1995 dans l'industrie pétrolière de la France. Après la privatisation d'Elf et sa fusion avec Total-Fina, en 1995, les bénéfices sont devenus « le principal objectif des investissements pétroliers » et le gouvernement français a relâché son contrôle, a expliqué M. Cohen. « Ainsi, au Gabon, où la production pétrolière commençait à décliner, les Français ont vendu, essentiellement à des sociétés américaines plus petites comme Amerada Hess. »

En Angola, au Congo et au Nigeria, où les investissements français augmentent, le forage profond en mer est « extrêmement risqué et très coûteux », a-t-il ajouté. En conséquence, dans ce secteur, on a pris l'habitude de limiter les risques en revendant des concessions. Ainsi, au Tchad, les Français ont vendu leurs intérêts pétroliers à la Malaisie afin de financer des investissements plus lucratifs au Nigeria.

Malgré cette atmosphère de coopération, il existe des « niches » économiques que la France cherche à dominer, a conclu M. Cohen. « Par exemple, la France contrôle les exportations lucratives de coton brut de l'Afrique de l'Ouest. Et les entreprises françaises ont une position de quasi-monopole au niveau des exportations d'engrais destinés aux cultivateurs de coton. »


Date de rédaction: 03 mai 2006 Mise à jour: 03 mai 2006

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