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Actualités de Washington
  

Les ONG mènent la lutte contre la traite des êtres humains

Des experts mettent l'accent sur l'exploitation des victimes dans les milieux du travail.

Lambassadeur John Miller
M. John Miller. (©AP/WWP)

Par Judy Aita
Correspondante du « Washington File »

New York - Dans le monde entier, les organisations privées et sans but lucratif font beaucoup pour attirer l'attention des gouvernements sur le problème de la traite des personnes, et ce sont également elles qui fournissent aux victimes des services essentiels.

C'est ce qu'a affirmé, le 3 mai, M. John Miller, conseiller principal auprès du secrétaire d'État chargé de la lutte contre la traite des personnes. Il a ajouté que sans l'appui de nombreux groupes religieux et féministes, la Loi sur la protection des victimes de la traite des personnes n'aurait pas été promulguée en 2000.

« Les ONG (organisations non gouvernementales) devancent les gouvernements dans ce domaine, cela ne fait aucun doute », a déclaré M. Miller. Les poursuites judiciaires, la protection et la prévention, notamment, reposent en grande partie sur les ONG, a-t-il ajouté.

« Notre politique consiste à soutenir les ONG locales, notamment celles, souvent de taille modeste, qui font le travail sur le terrain. » Les États-Unis soutiennent 226 programmes dans 101 pays, a-t-il précisé.

M. Miller a tenu ces propos à l'occasion d'un colloque intitulé « Human Trafficking - A Day of Learning » organisé par le Conseil des relations étrangères et le Fonds mondial pour la femme afin d'étendre et d'approfondir la lutte contre la traite des personnes. Ce colloque était précédé d'un séminaire de deux jours auquel ont participé plus de 30 organisations internationales.

« On s'accorde largement à dire que la traite des êtres humains est une chose terrible qui doit être éliminée. Par contre, les moyens d'intervention ne font pas l'unanimité », a déclaré Isobel Coleman, directrice des programmes de politique étrangère au Conseil des relations étrangères.

La traite est liée à l'exploitation des travailleurs

« On suppose dans de nombreux cas que les victimes de la traite des personnes sont destinées à l'industrie du sexe. Mais en se concentrant sur ces victimes, ont néglige les violations tout aussi graves des droits de l'homme dans d'autres secteurs tels que le travail forcé, l'esclavage et l'asservissement », a déclaré Kavita Ramdas, directrice du Fonds mondial pour la femme.

Il est très important de considérer la traite des personnes dans le contexte des questions liées au travail, a affirmé Neha Misra, coordonnatrice de l'American Center for International Labor Counter Trafficking Program.

« Lorsqu'une personne se retrouve forcée de travailler comme prostituée ou comme domestique, c'est d'abord une question de travail. Nous parlons de personnes qui cherchent du travail. C'est la façon dont elles doivent le faire qui les rend vulnérables à l'exploitation. »

« Chaque fois qu'une personne quitte son foyer, elle doit trouver le moyen de se rendre d'un endroit à un autre, pour trouver un emploi. C'est difficile, et les travailleurs sont souvent en danger. »

Mme Misra, qui venait de rentrer d'un voyage en Indonésie où elle avait géré un projet pour l'American Center, a félicité le département d'État d'avoir attiré l'attention sur la traite des personnes et d'avoir favorisé dans le monde une prise de conscience de l'ampleur du problème.

Les hommes et les garçons ne sont pas épargnés

Jyoti Sanghera, conseillère en matière de traite des personnes auprès du Haut Commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme, a souligné que non seulement les femmes et les filles, mais aussi les hommes et les garçons, étaient vulnérables à la traite des êtres humains.

L'Organisation internationale du travail (OIT) a rapporté récemment que 80 % des victimes de la traite en Ukraine et en Pologne étaient des hommes, a affirmé Mme Sanghera. « En Asie et en Afrique, de jeunes garçons (...) sont exploités dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie informelle et du bâtiment. »

« Sans vouloir négliger le trafic dans le domaine du sexe, nous devons nous pencher sur d'autres secteurs de l'économie où la main-d'eouvre est exploitée et où existent des conditions de quasi-esclavage. Ceux qui viennent de communautés indigènes et de minorités sont encore plus menacés. La discrimination rend les gens plus vulnérables. »

Ann Jordan, directrice de l'Initiative contre la traite des personnes, a qualifié les trafiquants « d'exploitants en tous genres ».

Le terme de traite des personnes est d'ailleurs trompeur, a-t-elle ajouté, car il donne l'impression que seules les personnes transportées sur de longues distances sont des victimes. Or il arrive parfois que des personnes soient victimes de servitude dans leur collectivité ou dans leur région, a-t-elle souligné. « La communauté internationale est consciente qu'elle doit remédier à tous ces abus. »

La protection des victimes est aussi importante que la punition des trafiquants

Mme Jordan, avocate spécialisée dans la protection des droits des victimes de la traite des personnes et fondatrice de Freedom Network (USA), a affirmé que la sécurité et la protection des victimes étaient aussi importantes que la punition des trafiquants.

« Les victimes doivent se sentir en sécurité, surtout lorsqu'elles ont témoigné contre leurs trafiquants. Malheureusement, les forces de l'ordre les considèrent trop souvent comme des témoins dont on peut disposer. »

Les participants au colloque ont souligné que l'Europe et l'Asie avaient été les plus actives dans la lutte contre la traite des personnes. L'Afrique, l'Amérique latine et l'Amérique centrale traînent loin derrière non seulement au niveau de la prise de conscience du problème, mais aussi à celui des ressources et des programmes. Les participants se sont accordés à dire qu'il était important de communiquer plus avec les nouvelles organisations de ces régions afin que les ONG plus expérimentées d'autres régions puissent les aider à éviter les erreurs courantes.


Date de rédaction: 08 mai 2006 Mise à jour: 08 mai 2006

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