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Actualités de Washington
  

George Bush : l'espoir renaît au Darfour, mais la crise reste grave

Le président souhaite accélérer l'envoi de casques bleus dans la région.

Le président George W. Bush
Le président George W. Bush (©AP/WWP)

Washington - Grâce à la conclusion à Abuja d'un accord de paix au Darfour, cette province dévastée du Soudan a la possibilité de prendre « un nouveau départ », quoique la situation y demeure très grave, a déclaré le président Bush, le 8 mai, à la Maison-Blanche.

S'adressant à la presse en compagnie de la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, et du secrétaire d'État adjoint, M. Robert Zoellick, qui venait de rentrer d'Abuja, M. Bush a indiqué qu'il allait envoyer Mme Rice dès le lendemain devant le Conseil de sécurité des Nations unies aux fins de discussions sur la situation humanitaire et sécuritaire au Darfour, l'objectif étant d'obtenir une résolution visant à accélérer le déploiement de casques bleus au Darfour.

(Ce même jour, le représentant permanent des États-Unis auprès de l'ONU, M. John Bolton, a déclaré à la presse que les États-Unis considéraient une telle résolution comme « une étape cruciale en vue d'accélérer la transition à une force onusienne de maintien de la paix étant donné que la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) est arrivée à peu près au bout de ses capacités ». La résolution, a-t-il ajouté, devrait également élargir le mandat de la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS) visant à soutenir l'application du nouvel accord de paix intersoudanais.)

On trouvera ci-après le texte de la déclaration du président Bush à la presse.

Déclaration du président Bush relative à l'accord de paix au Soudan

Je voudrais remercier la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, de s'être jointe à moi et je tiens aussi à remercier le secrétaire d'État adjoint, M. Bob Zoellick. Il vient de me rendre compte de son séjour à Abuja, où il a joué un rôle capital en faveur de la conclusion d'un accord de paix entre le gouvernement soudanais et un important groupe rebelle de la région du Darfour.

Nos félicitations pour une mission bien accomplie, Bob. Merci beaucoup.

La semaine dernière, nous avons assisté à un début d'espoir pour les habitants du Darfour. Le gouvernement soudanais et le principal groupe rebelle ont conclu un accord et franchi une étape vers la paix. Beaucoup de personnes ont travaillé d'arrache-pied à cette réalisation. Je salue particulièrement la direction éclairée du président Obasanjo, du Nigeria, et du président Sassou-Nguesso, du Congo. M. Zoellick m'a parlé de leur travail réellement admirable, et j'ai eu l'honneur de les appeler tous deux au téléphone l'autre jour pour les en remercier. Leur implication personnelle a été essentielle.

Nous sommes toujours très éloignés de notre but final, à savoir le retour de millions de personnes déplacées dans leur foyer pour qu'elles puissent reprendre leur vie sans crainte. Mais nous voyons à présent un moyen d'avancer.

Le Soudan est à la fois l'un des pays les plus divers d'Afrique et l'un des plus agités du monde. Une guerre civile a sévi pendant 22 ans entre le Nord et le Sud, tuant plus de 2 millions de personnes, avant qu'un accord de paix ne soit conclu, avec l'aide des États-Unis agissant en tant que médiateur. Vers cette même époque, un deuxième conflit éclatait dans l'Ouest, dans la vaste région soudanaise du Darfour.

Les groupes rebelles du Darfour avaient attaqué des avant-postes gouvernementaux. Pour mater cette rébellion, les autorités soudanaises ont armé et lâché une milice hippomobile appelée Djandjawids, qui s'en est prise non seulement aux rebelles, mais aux tribus qui, selon elle, les soutenaient. Les Djandjawids ont assassiné des hommes, violé des femmes et battu des enfants à mort. Ils ont incendié des maisons et des fermes et empoisonné des puits. Ils ont saisi des terrains pour y faire paître leurs troupeaux. Des centaines de villages ont été rasés : il n'en restait plus que des vestiges calcinés sur une terre désolée.

Quelque 200.000 personnes ont ainsi péri de mort violente, ainsi que de faim et de maladie. Et plus de 2 millions de rescapés ont dû se réfugier dans des camps situés à l'intérieur et à l'extérieur de leur pays, incapables de cultiver des champs ou de reconstruire leur village. J'ai qualifié cette violence à grande échelle d'acte de génocide, car aucun autre mot ne saisit l'ampleur de cette tragédie.

Un cessez-le-feu a été déclaré dans ce conflit en avril 2004, mais il s'est vu constamment violé par toutes les parties. Les Djandjawids ont continué d'attaquer les camps et de violer les femmes qui s'aventuraient hors des enclos à la recherche d'aliments et de bois de feu. Les autorités n'ont pris aucune mesure efficace pour désarmer les milices, et les rebelles attaquaient parfois les convois de vivres et les agents des organismes d'aide.

Une force de l'Union africaine d'environ 7.000 soldats de la région a fait tout ce qu'elle pouvait pour maintenir l'ordre en patrouillant une région presque aussi vaste que le Texas, et elle a atteint la limite de ses capacités. Grâce à l'accord de paix conclu vendredi, le Darfour a la possibilité de prendre un nouveau départ. Les autorités soudanaises ont promis de désarmer les Djandjawids avant la mi-octobre et de punir toute violation du cessez-le-feu. Le principal groupe rebelle a accepté de se retirer dans des zones spécifiques. Ses forces seront finalement désarmées et certaines de ses unités s'intégreront à l'armée nationale et à la police.

L'Union africaine se réunira aujourd'hui en huit pour demander à ses membres de prêter main-forte à l'exécution de cet accord.

Notre objectif au Darfour est le suivant : nous voulons que les civils retournent en sécurité dans leur village et reconstruisent leur vie. Ce travail-là a commencé et son achèvement exigera un surcroît d'effort de la part de nombreux États. Tout d'abord, les États-Unis et d'autres pays doivent agir afin de prévenir une catastrophe humanitaire ; ensuite, il s'agit d'aider à la reconstruction du pays. Les États-Unis sont le premier fournisseur mondial d'aide humanitaire, leur apport représentant plus de 85 % des vivres distribués par le Programme alimentaire mondial au Soudan.

Mais la situation reste grave. Le Programme alimentaire mondial a lancé un appel afin d'obtenir les contributions nécessaires pour nourrir 6 millions de personnes au cours des prochains mois. Les États-Unis ont rempli leur engagement, mais d'autres grands donateurs n'ont pas fait de même, si bien que, ce mois-ci, le Programme alimentaire mondial s'est vu obligé de réduire les rations de moitié.

J'ai donc proposé, dans une demande d'attribution budgétaire supplémentaire soumise au Congrès, d'augmenter l'aide alimentaire au Soudan de 225 millions de dollars. J'espère que le Congrès agira rapidement car il y a réellement urgence. Afin d'acheminer l'aide alimentaire rapidement au Darfour, j'ai demandé à l'USAID d'expédier ses stocks d'urgence. J'ai ordonné que cinq navires soient chargés de vivres et fassent route immédiatement vers Port-Soudan. J'ai ordonné l'achat d'urgence de 40.000 tonnes supplémentaires de vivres aux fins d'expédition rapide au Soudan. Ces actions permettront au Programme alimentaire mondial de recommencer à distribuer cet été des rations complètes au peuple du Darfour.

Les Américains désireux de faire des contributions financières pour secourir le peuple du Darfour peuvent trouver les renseignements nécessaires sur le site Web de l'USAID à l'adresse suivante : www.usaid.gov. Il suffit ensuite de cliquer sur la section intitulée « Helping the Sudanese People » (Aider le peuple soudanais).

Mais si on regarde plus loin, on s'aperçoit qu'il est impossible de nourrir ces gens et de les maintenir en bonne santé sans l'aide d'autres pays. L'Union européenne, et des pays comme le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Japon ont pris l'initiative dans d'autres domaines humanitaires, et le peuple du Darfour a besoin d'une part plus importante de leur aide dès maintenant.

De plus, le gouvernement du Soudan doit autoriser toutes les agences de l'ONU à faire leur travail sans encombres. Il devrait éliminer toutes les restrictions de visas et de déplacements qui compliquent les opérations de secours. Et toutes les parties doivent cesser d'attaquer le personnel humanitaire.

Enfin, les États-Unis participeront activement à la conférence de reconstruction et de développement organisée par les Danois. C'est une conférence importante. Elle aura lieu dans le courant des deux prochains mois, et vise à aider les gens à retomber sur leurs pieds et à renouer avec une vie normale au Darfour.

Deuxièmement, les États-Unis et d'autres pays doivent agir rapidement pour renforcer la sécurité sur le terrain au Darfour. À court terme, les forces de l'Union africaine au Darfour ont besoin de meilleures capacités. En conséquence, les États-Unis sont en train de voir avec leurs alliés de l'OTAN comment apporter une assistance immédiate sur le plan de la planification, de la logistique et du renseignement, entre autres. J'exhorte tous les membres de l'Alliance à contribuer à cet effort.

À long terme, les troupes de l'Union africaine doivent constituer le noyau d'une force militaire plus mobile et plus capable, susceptible de rassembler de meilleurs renseignements et dotée d'un mandat clair de protection des civils. C'est pourquoi j'ai demandé à la secrétaire d'État Condoleezza Rice de s'adresser au Conseil de sécurité de l'ONU demain. Elle réclamera une résolution qui accélérera le déploiement des casques bleus de l'ONU au Darfour. Nous sommes à l'heure actuelle en train d'identifier avec l'ONU les pays qui peuvent fournir des troupes afin de donner de la poigne à l'opération de maintien de la paix.

J'ai demandé au président Béchir - je viens de téléphoner au président Béchir du Soudan, à la fois pour le féliciter de son travail en faveur de l'accord et pour exhorter son gouvernement à exprimer clairement son soutien à une force de l'ONU. Le peuple vulnérable du Darfour mérite plus que de la pitié. Il mérite la protection active que les casques bleus de l'ONU peuvent fournir.

Au cours des dernières semaines écoulées, nous avons constaté des réactions radicalement différentes à la souffrance au Darfour. Dans un récent message enregistré sur cassette audio, Oussama ben Laden critiquait les efforts américains au Soudan et exhortait ses partisans à tuer les soldats de la paix au Darfour. Une fois de plus, les terroristes essaient d'exploiter la misère de leurs frères musulmans et de semer la mort. Une fois de plus, l'Amérique et d'autres nations responsables luttent contre la misère et aident une région désespérée à reprendre vie. Et une fois de plus, le contraste ne saurait être plus évident.

À la fin de 2004, au Darfour, les milices djandjawids ont attaqué le village d'une femme nommée Zahara. Ils l'ont violée, ont tué son mari et ont mis le feu à sa maison. L'un de ses attaquants lui a dit : « Cette année, il n'y a pas d'autre dieu que nous. Nous sommes ton dieu maintenant. » Mais vous le savez comme moi, où que vous soyez : il existe un Dieu juste qui est du côté de ceux qui souffrent, et qui nous enjoint de faire de même. L'Amérique ne tournera pas le dos à cette tragédie. Nous appellerons le génocide par son nom, et nous soutiendrons les innocents jusqu'à ce que la paix soit établie au Darfour.


Date de rédaction: 08 mai 2006 Mise à jour: 08 mai 2006

VOIR AUSSI :
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Les États-Unis saluent l'accord d'Abuja

Les É.-U. se réengagent à améliorer la situation au Darfour

 
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