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Actualités de Washington
  

La culture hip-hop surmonte les barrières sociales

L'histoire des États-Unis racontée en rap.

Fab Five Freddy
Fab 5 Freddy.

Par Carol Walker
Rédactrice du « Washington File »

Washington - De jeunes Afro-Américains et Latino-Américains de talent, munis de tourne-disques et peut-être un peu désœuvrés, tels sont les inventeurs du hip-hop, ce genre musical unique qui, après avoir vu le jour aux États-Unis, est devenu le centre d'une vaste industrie du disque et de la mode à travers le monde.

C'est il y a une trentaine d'années, dans le South Bronx, ce quartier de New York qui semble personnifier la grisaille lugubre des quartiers urbains déshérités, qu'est né le hip-hop. Manipulant des plaques tournantes pour actionner de vieux disques usés, les adolescents pauvres du Bronx se mirent à ajouter des paroles à ce fond musical. Ils s'y adonnaient principalement dans la rue, au cours de ce qu'on appelait les « block parties », créant un style de musique et de danse tout à fait nouveau. Ce genre de paroles sur fond musical, appelé MCing (rap) ou DJing (mixage audio ou « scratching » c'est-à-dire égratignage) est devenu l'essentiel de la musique rap, du smurf et de l'art des graffiti, selon Mme Marvette Perez, conservateur du musée National d'histoire américaine de la Smithsonian Institution à Washington, qui prépare une nouvelle exposition consacrée à l'histoire du hip-hop.

« Une tradition incroyable est née de ces endroits délaissés, sinistres », a dit Mme Perez lors d'une interview au Washington File.

D'emblée, le style a constitué un élément essentiel du hip-hop, a dit Mme Perez. « Le hip-hop raconte l'histoire de la musique mais aussi l'histoire de l'Amérique urbaine et de son style. »

« Grâce aux contributions importantes de la communauté hip-hop, nous allons pouvoir placer ce mouvement dans le continuum de l'histoire des États-Unis et présenter une exposition complète », a déclaré au Washington File M. Brent Glass, directeur du musée.

Cette exposition retracera l'histoire du hip-hop de ses origines, à la fin des années 1970, en tant qu'expression de la culture de la jeunesse urbaine afro-américaine et latino-américaine, à son statut actuel d'industrie de 4 milliards de dollars. Mme Perez a signalé que le musée avait déjà reçu des collections d'artistes hip-hop tels que Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa, Kool Herc, Ice T, Fab 5 Freddy, Crazy Legs et MC Lyte.

« Le hip-hop est la plus importante contribution au paysage culturel américain depuis les blues et le jazz », a affirmé l'artiste, cinématographe et producteur hip-hop Fab 5 Freddy, né Fred Brathwaite, au cours d'une interview accordée au Washington File. « Il domine toutes les cultures des jeunes de tous les pays. »

Le hip-hop surmonte les barrières raciales

« Une caractéristique applicable à chaque génération d'adolescents est l'urgence », a déclaré le producteur musical et metteur en scène de cinéma Mark Shimmel. Tout ce qui se rapporte au hip-hop - son, paroles, style et langage - traduit ce sentiment d'urgence.

Selon lui, les répercussions sociologiques et culturelles du rock and roll sont négligeables comparées à tout ce que le hip-hop a pu accomplir.

« Le hip-hop est la plus importante fusion des cultures blanche et noire qui ait jamais existé aux États-Unis », estime M. Shimmel. Le hip-hop est beaucoup plus qu'un genre musical. La musique urbaine, comme celle de Motown, « avait du succès auprès des auditoires blancs », dit-il, mais on ne voyait pas les Blancs et les Noirs assister ensemble aux concerts publics.

Or le hip-hop a changé tout cela, dit-il, parce qu'il s'agissait, dès le début, d'un phénomène de mode et d'un langage qui traduisait avant tout un sentiment d'urgence auquel pouvaient s'identifier les adolescents des banlieues et ceux des villes.

« Lorsque les artistes hip-hop ont décrit le monde qu'ils voyaient dans les quartiers urbains déshérités, les adolescents noirs et blancs ont constaté que l'isolement n'était guère diffèrent dans les banliues », dit M. Shimmel.

Aujourd'hui, selon la revue Ebony, deux disques sur dix de vendus aux États-Unis sont du hip-hop, et 80 % des acheteurs sont de race blanche.

D'après Fab 5 Freddy, si le hip-hop a du succès, c'est parce que sa musique est contagieuse, parce qu'il permet aux gens de s'exprimer d'une façon positive, dynamique et qu'il éveille les consciences. « Le hip-hop s'adresse à tous les gens qui sont aux écoutes », dit-il.

Lorsque, en 1985, « King of Rock » de Run-D.M.C. est devenu le premier disque hip-hop de « platine » (prix a été décerné par la Recording Industry Association of America à un musicien ou artiste pour la vente d'un million de disques, CD ou cassettes), on s'est rendu compte que le hip-hop était passé de la culture urbaine afro-américaine et latino-américaine à la culture blanche, dit M. Shimmel.

Il ajoute qu'à l'heure actuelle, le hip-hop ne diffère guère de ses racines dans le South Bronx. « Toute forme musicale évolue, dit-il, principalement en raison de la vitalité de l'endroit où se trouvent les artistes et producteurs les plus novateurs. « Le hip-hop a débuté à New York et a été interprété différemment à Los Angeles. Puis le Sud y a ajouté un autre élément. Il a évolué mais n'a pas changé. »

D'éléments antisociaux à une influence de caractère général

Certes, le hip-hop a des éléments misogynes, reconnaît Mme Perez, que le musée n'a d'ailleurs pas l'intention d'exclure. Le « gangsta rap » des années 1990, dont les paroles prônaient l'usage de la drogue, la violence et les tags - forme de graffiti utilisée par les gangs pour marquer leur territoire - est un élément de la culture hip-hop qu'on ne saurait occulter, déclare Mme Perez.

« Je ne le juge pas , dit-elle, il est ce qu'il est. Dans son ensemble, le hip-hop est créatif et positif ; il se trouve que le pire du hip-hop peut également être le plus commercialisé. »

On ne peut non plus occulter le fait que le hip-hop est une façon de marcher et de parler, dit Mme Perez, et que, sur le plan musical comme sur le plan culturel, son influence est mondiale. « La technique se répand à travers les États-Unis et dans le monde entier », affirme-t-elle.


Date de rédaction: 12 mai 2006 Mise à jour: 12 mai 2006

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