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Les « baby-boomers » aux États-Unis sont en train de vieillirLa génération qui avait défini la culture de la jeunesse approche de la retraite.Par Elizabeth Kelleher Washington - Les 78 millions d'Américains nés entre 1946 et 1964 - ces fameux « baby-boomers » de l'après-guerre, qui, enfants, firent ployer le système scolaire sous le nombre, et qui, adolescents, défièrent l'autorité établie avant d'inonder le marché du travail une fois arrivés à l'âge adulte - commencent à se faire vieux. L'avant-garde de cette génération, à l'image de Bill Clinton, George W. Bush et son épouse Laura, le milliardaire Donald Trump, le cinéaste Steven Spielberg et la punk-rockeuse Patti Smith, sera sexagénaire en 2006. « Les baby-boomers ont brisé le moule à chaque étape de leur cycle de vie », observe William Frey, démographe à l'Institut Brookings. Abordant la vieillesse, ils comptent bien maintenir leur réputation. En fait, la vieillesse, ils ont l'intention de la sauter, tout simplement. Lorsque, dans un sondage, on leur a demandé à quel âge commençait la vieillesse, ils ont répondu : trois ans après la mort de l'Américain moyen. Un tel optimisme ne surprend nullement, de la part d'une génération qui créa de toutes pièces le « culte de la jeunesse » aux États-Unis. « De par sa taille même, cette génération s'est imposé la nécessité de se rebeller contre l'autorité », déclare Cheryl Russell, démographe de formation et directrice de New Strategists Publications. C'est ainsi que, pendant les années 1960, un grand nombre de jeunes manifestèrent contre la guerre du Vietnam et participèrent au mouvement des droits civiques en faveur des droits des Afro-Américains. Pour certains, la rébellion contre l'ordre établi les conduisit à vivre en « hippy » - blue jeans, perles de pacotille, vie collective, musique folk - et à scandaliser la vieille génération par leur comportement, comme par exemple lors du concert tenu à Woodstock (New York) en 1969. D'après Walker Smith, président de Yankelovich, les baby-boomers avaient une nette propension pour l'aventure : « Ils brisent les règles et défient l'autorité. » Les femmes entrèrent en force sur le marché de l'emploi durant les années 1970. Stéphanie Coontz, l'auteure d'un ouvrage sur le mariage à travers les siècles, dit que l'évolution du rôle des femmes et l'adoption rapide de lois favorables au divorce dans les divers États fédérés se combinèrent alors pour provoquer une nette augmentation des divorces. Aujourd'hui, un bon tiers des baby-boomers abordent leur troisième âge en célibataires, pour raison de divorce ou de veuvage, ou encore parce qu'ils ne se sont jamais mariés. Mme Russell divise cette génération en deux groupes bien distincts. Les plus âgés (de 51 à 60 ans) sont relativement plus aisés. Ils ont acheté une maison à un âge plus précoce que la cohorte des jeunes (42 à 50 ans), ils ont accumulé des avoirs et obtenu de meilleurs emplois. « Le sentiment dominant chez les jeunes baby-boomers, c'est l'anxiété », dit-elle. Le baby-boom résulte d'une montée en flèche des taux de fécondité après le retour des soldats de la Seconde Guerre mondiale. C'était une période de vaches grasses aux États-Unis, où les familles s'installaient toujours plus nombreuses dans des banlieues qui se tentacularisaient. Les dix-huit prochaines années virent naître quelque quatre millions de bébés par an. À cette fiévreuse fécondité succéda un refroidissement net des naissances, ou « baby-bust », de 1965 à 1976. Les membres de cette cohorte moins nombreuse, baptisée la « génération X », ont maintenant de 30 à 40 ans environ, ils entrent dans leur période de production maximale au travail. Les spécialistes de l'emploi décèlent un véritable « gouffre générationnel » entre les baby-boomers et les « gén-Xeurs ». Selon Elizabeth MacGillivray, de la société de consultants « Organization Resources Counselors Inc. », les travailleurs de la génération X communiquent par messagerie électronique ou par téléphone portable, ils tapent sur leur assistant numérique avec leurs pouces, alors que certains cadres supérieurs plus âgés « n'aiment même pas recevoir des courriels ». « Le cas classique de la discrimination par l'âge se produit lorsqu'un jeune dit d'un aîné que c'est un "techno-dinosaure" », déclare l'avocate Nancy Delogu, spécialiste de l'embauche. Un sondage réalisé par Randstat USA révèle que les jeunes employés « ne viennent pas demander conseil aux employés de plus de 50 ans ». De leur côté, ajoute Mme Delogu, les vieux patrons ont du mal à avaler le comportement de leurs jeunes salariés. « Pourquoi ne sont-ils pas ici au bureau ? », s'irritent-ils, alors que les jeunes, friands de flexibilité et de technologie, préfèrent travailler de chez eux ou du café du coin. Les baby-boomers vont-ils jamais prendre leur retraite ? Les baby-boomers ont sur le marché du travail une emprise à nulle autre génération pareille, en raison surtout de l'afflux des femmes au cours des années 1970 et 1980. Étant donné qu'une main-d'œuvre abondante est essentielle à la prospérité économique, les spécialistes s'inquiètent de la retraite prochaine d'une aussi grande masse de salariés. Selon le ministère du travail, la croissance de la main-d'œuvre à partir de 2020 n'atteindra que le quart de celle projetée pour la première décennie du XXIe siècle. Mais l'espérance de vie plus longue et la meilleure santé relative des baby-boomers, combinées à leur propension à l'imprévoyance en matière d'épargne, pourraient bien en fin de compte stimuler le marché du travail. Les baby-boomers américains seront nombreux à travailler de longues années après l'âge normal de la retraite, certains par goût, d'autres par nécessité. Les récents changements apportés au système de retraite aux États-Unis vont encourager cette tendance. On est en train de faire passer à 67 ans l'âge où on pourra commencer à toucher sa pension, et le gouvernement a supprimé une mesure qui réduisait les prestations pour les travailleurs à salaire élevé travaillant au-delà de cet âge. Dans le même temps, les entreprises qui cherchent à empêcher une « fuite des cerveaux » sont en train de se liguer. Les grandes sociétés Proctor & Gamble et Eli Lilly ont créé un programme appelé « YourEncore » permettant à leurs scientifiques retraités de former un pool prêt à dépanner les entreprises membres pour des projets à court terme. Selon Mme MacGillivray, il sera économiquement nécessaire de maintenir les baby-boomers au travail dans les années à venir. Date de rédaction:
19 mai 2006 Mise à jour:
19 mai 2006
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