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Actualités de Washington
  

De nouvelles techniques multiplient les choix de lecture aux É.-U.

Les grandes surfaces, l'internet et l'impression sur demande rendent plus de titres disponibles.

Par Michael Jay Friedman
Rédacteur du Washington File

Washington - Une combinaison d'hypermarchés, de librairies indépendantes de qualité et de nouvelles techniques offre désormais un nombre pratiquement illimité de livres aux lecteurs des États-Unis et de la quasi-totalité du monde.

Du dernier succès de librairie à l'étude universitaire la plus spécialisée, de thèses politiques émanant de tous les partis imaginables aux grands classiques de la littérature mondiale, les Américains sont plus proches que jamais - un court déplacement, voire le clic d'une souris - des livres qu'ils ont envie de lire.

Comme la sociologue Laura Miller l'écrit dans sa récente étude intitulée « Reluctant Capitalists, Bookselling and the Culture of consumption » (Capitalistes réticents, ventes de livres et culture de la consommation), les Américains ont toujours, dans le passé, acheté leurs livres dans de petites librairies, dans des drogueries et autres magasins généraux, et plus tard dans les grands magasins, où les livres ne constituaient qu'une partie mineure de la marchandise.

Les grandes surfaces

Au début des années 60 sont nées plusieurs chaînes de distribution de livres, essentiellement sous forme de petits magasins situés dans des centres commerciaux des banlieues. Dès les années 90, des « hypermarchés » modernes du livre supplantaient nombre de ces petites librairies. Souvent d'une superficie de 2.250 mètres carrés, voire plus, ces grandes surfaces gérées par Barnes and Noble, Borders et autres, offrent à leurs collectivités un lieu informel de rencontres. En plus des livres, elles stockent un large éventail de musique et de DVD, et abritent un café. Barnes and Noble est d'ailleurs désormais la deuxième chaîne de salons de thé du pays.

Si les habitants des grandes villes ont toujours eu accès à un large éventail de titres, les grandes surfaces offrent une plus grande sélection d'ouvrages à un plus grand nombre d'Américains. Une surface moyenne de Borders entrepose en gros 93.000 titres, et une grande surface peut offrir jusqu'à 150.000 ouvrages. Les clients qui entrent avec une idée précise voient donc plus de titres et finissent souvent par acheter plus de livres. Les responsables de Barnes and Noble affirment qu'ils stockent des livres de plus de 50.000 petits éditeurs et presses universitaires, et affirment que les best-sellers ne représentent que 3 % des ventes.

Les grandes surfaces organisent également souvent des réunions durant lesquelles les auteurs discutent de leurs œuvres et répondent aux questions du public. Le chaîne câblée sans but lucratif C-SPAN enregistre nombre de ces discussions pour son programme « BOOK TV » diffusé le week-end, qui présente aux téléspectateurs de nombreux ouvrages non romanesques.

Les libraires indépendants

Les libraires indépendants ont réagi à la multiplication des grandes surfaces en offrant un service personnalisé et compétent. Nombre d'entre eux se spécialisent dans un domaine particulier. À Washington, par exemple, Chapters : A Literary Bookstore, se spécialise dans le roman, les livres en langues étrangères et la poésie. New York abrite un nombre important de librairies indépendantes, notamment Books of Wonder, spécialisée dans les livres pour enfants ; Forbidden Planet, offrant des titres du domaine de la science-fiction et de l'imagination ; et Partners and Crime, qui cible les adeptes du mystère.

Quelle que soit leur spécialité ou leur emplacement, les librairies indépendantes peuvent offrir un service très personnalisé. Les vendeurs, qui sont souvent le propriétaire de la boutique, se souviennent généralement de chaque client, prennent le temps de discuter avec lui de ses préférences, et peuvent faire des recommandations individualisées.

Ces dernières années, Book Sense, une association de commercialisation regroupant des libraires indépendants, a publié une liste des meilleures ventes de ses librairies membres. Les clients de ces librairies indépendantes ont souvent des goûts différents de ceux des clients qui fréquentent les grandes surfaces. De ce fait, les librairies indépendantes contribuent à la diversité croissante des titres disponibles.

L'internet et la « long tail »

En 1995, le site Amazon.com a inauguré sa librairie en ligne. Elle permettait aux clients d'acheter des ouvrages de leur choix depuis n'importe quel ordinateur relié à l'internet. Ainsi, Amazon et ses concurrents ont encore étendu l'éventail de titres disponibles, offrant 23 fois plus d'ouvrages que la grande surface Barnes and Noble typique.

Dans son récent livre intitulé « The Long Tail : Why the Future of Business is Selling Less of More », Chris Anderson affirme que si les best-sellers dominaient autrefois l'espace de rayonnage limité des libraires, la technologie leur permet désormais de stocker un inventaire quasiment illimité. Collectivement, les ouvrages qui se vendent peu finissent par représenter un marché non négligeable.

La vente de livres par Internet est un parfait exemple de la thèse avancée dans « The Long Tail ». Il est en effet improbable que même une grande surface offre un ouvrage aussi spécialisé que « Quantitative Methods for Assessing the Effects of Non-Tariff Measures and Trade Facilitation », mais Amazon.com le fait, même si ce titre se vend très peu.

Ces innovations au niveau de l'édition et de la vente ont des répercussions mondiales. Les clients d'Amazon, par exemple, peuvent acheter leurs livres dans des magasins créés pour l'Autriche, le Canada, la Chine, la France, l'Allemagne, le Japon, les pays hispanophones, le Royaume-Uni et les États-Unis. Abebooks, basé au Canada, se spécialise dans les livres d'occasion. Ses sites Web régionaux en Europe et en Amérique du Nord permettent aux utilisateurs de faire des recherches dans des inventaires de livres d'occasion en Australie, au Brésil, au Canada, au Mexique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les fournisseurs de cartes de crédit convertissent le prix de vente dans la monnaie nationale du client.

Sur internet, des sociétés comme Google, Microsoft et d'autres, œuvrent à mettre encore plus de livres à la disposition des lecteurs avides. Le Library Project de Google, par exemple, vise à scanner l'inventaire de plusieurs grandes bibliothèque de recherche des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Il sera donc possible de faire des recherches sur ces titres et le texte intégral sera disponible en ligne si l'ouvrage fait partie du domaine public. Sinon, les lecteurs pourront en lire de courts extraits.

L'impression à la demande est un autre moyen d'offrir plus d'ouvrages au public. En 1990, l'éditeur Jason Epstein a décrit un mécanisme « qui peut scanner, numériser et stocker presque tout texte jamais créé afin que d'autres machines puissent l'ouvrir et en produire des exemplaires à la demande instantanément, où que ce soit dans le monde ». Grâce à cette technologie, qui s'est depuis encore améliorée, les libraires et les grossistes peuvent décider de ne pas stocker d'exemplaires papier d'ouvrages qui se vendent peu, et en imprimer lorsqu'un client passe une commande. Désormais, il n'y a plus de raison qu'un titre soit « épuisé ».

Si, comme Thomas Jefferson l'a écrit à James Madison, « les livres constituent un capital », les lecteurs n'ont jamais été aussi riches.


Date de rédaction: 14 septembre 2006 Mise à jour: 14 septembre 2006

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