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Actualités de Washington
  

La réforme du FMI vise à rendre l'organisation multilatérale plus équitable

Selon un économiste, il s'agirait de donner plus de pouvoir aux marchés émergents.

Par Andrzej Zwaniecki
Rédacteur du Washington File

(Cet article est le premier d'une série sur la réforme du FMI.)

Washington - Les réformes de la gouvernance du Fonds monétaire international (FMI) visant à accroître le pouvoir de prise de décision des pays en développement à croissance rapide sont indispensables pour rendre cette institution sexagénaire plus représentative de l'économie mondiale, affirme un expert sur le Fonds.

« Il faut reconnaître une des réalités de l'économie actuelle, qu'il existe plus d'acteurs importants aujourd'hui qu'il y a 30 ans », a déclaré Edwin Truman, chercheur à l'Institute for International Economics (IIE) de Washington, dans une interview, le 6 septembre.

Il a ajouté que les petits pays industrialisés tels que la Belgique, les Pays-Bas et l'Italie avaient toujours plus de poids au FMI que les économies de marché émergentes telles que la Chine, la Corée du Sud, le Mexique, la Turquie, l'Afrique du Sud et l'Inde qui ont rapidement progressé lors des dernières décennies.

Le 1er septembre, le Conseil d'administration du FMI, qui supervise les opérations au jour le jour du Fonds, a recommandé la mise en œuvre d'un premier train de mesures de réformes de la gouvernance, destiné à restaurer la pertinence de l'institution pour tous ses membres.

Selon le texte d'un communiqué de presse du FMI, il s'agirait, dans un premier temps, d'accroître le nombre de voix des « pays le plus sous-représentés que sont la Chine, la Corée du Sud, le Mexique et la Turquie » dans le cadre d'un programme plus large visant à mieux aligner la structure de la gouvernance sur le poids économique des grands marchés émergents. Le Conseil des gouverneurs examinera cette proposition lors de sa réunion des 19 et 20 septembre à Singapour.

Les pays en développement s'attendent à plus

Les États-Unis ont salué la proposition de réforme mais certains grands pays en développement, tels que l'Argentine et le Brésil, se disent déçus de ne pas avoir été inclus dans le réajustement.

Le système de gouvernance du FMI se fonde sur un système compliqué de quotas dans le cadre duquel la distribution des quotas détermine l'engagement financier du pays au Fonds et le nombre de ses voix. La taille du quota influe également sur le montant que le pays peut emprunter au Fonds. Les quotas sont calculés selon une formule qui inclut divers facteurs économiques, dont le produit intérieur brut (PIB), les transactions du compte courant et les réserves officielles en devises internationales.

Ce qui importe le plus est cependant la taille relative des quotas car dans la plupart des cas où un vote est nécessaire, il faut une majorité de 85 % des voix.

Le Fonds a déclaré qu'à une date ultérieure, il envisage de modifier la formule de calcul des quotas de manière à permettre un large réalignement des pouvoirs de prise de décision impliquant un plus grand nombre de pays.

Bien que les modifications proposées ne réduisent pas les quotas nationaux, il est probable que les pays ayant le plus à perdre de la diminution de leur pourcentage total des voix s'y opposeront, a déclaré M. Truman.

Parmi eux se trouvent la Belgique, les Pays-Bas et les pays scandinaves ainsi que les plus pauvres des pays en développement, avant tout africains. (La proposition essaie de préserver le pourcentage total des voix de ces derniers en doublant le nombre de leurs voix de base, lesquelles avaient été réparties en nombre égal entre tous les membres.)

Les États-Unis et quelques autres pays demandent également une réforme du Conseil d'administration pour permettre une plus grande représentation des grands pays émergents à économie de marché, avant tout par l'intermédiaire d'une consolidation des sièges de l'Union européenne.

Des représentants de l'Inde auraient dit qu'ils doutaient que les pays européens soient disposés à abandonner une partie de leur pouvoir de prise de décision.

L'ancien ministre américain des finances, M. John Snow, avait déclaré en avril que pour que la réforme réussisse, « il faut que les membres regardent au-delà de leurs intérêts immédiats ».

Créanciers ou emprunteurs ?

Tous les experts ne sont pas d'accord sur le principe d'un transfert de pouvoir des pays industrialisés aux pays en développement.

Adam Lerrick, économiste à la Carnégie Mellon University et à l'American Enterprise Institute, est d'avis que de donner aux économies de marché émergentes, qui sont avant tout des emprunteurs, une plus grande voix dans la direction de l'institution va à l'encontre de la pratique acceptée dans le secteur privé, que ce sont les créanciers, pas les emprunteurs, qui décident la politique à suivre.

« Les emprunteurs veulent toujours plus d'argent, des taux d'intérêt moins élevés, des délais de remboursement plus longs et moins de conditions » a dit M. Lerrick dans une interview du 6 septembre. « Cela ne protège pas la solvabilité de l'institution. »

Pour diminuer le risque d'insolvabilité, a-t-il continué, le pourcentage total des voix d'un pays doit aussi refléter d'une manière ou d'une autre sa position de créancier ou de débiteur.

De plus, a-t-il encore ajouté, réformer la structure de gouvernance du FMI avant de redéfinir sa mission et ses objectifs revient à mettre la charrue avant les bœufs. Les critiques du Fonds portent moins sur sa structure de gouvernance que sur son rôle.

L'institution a été créée en 1944 avec des objectifs qui étaient appropriés aux conditions économiques de l'après-guerre, a-t-il précisé, à savoir des taux de change fixes et une absence complète de marchés financiers internationaux.

« Donc, dit-il, la première chose que les gouvernements devraient demander est : quel doit être le rôle du FMI au XXIe siècle ? »

Pour M. Truman, l'idée qu'il faille redéfinir d'abord la mission du FMI avant de procéder au réalignement du pourcentage des votes est « complètement bâtarde ». À son avis, cela reviendrait à laisser les pays qui ont maintenant les plus grands pouvoirs de décision décider du rôle futur de l'institution et à ne donner aux pays émergents plus de pouvoir qu'une fois ce nouveau rôle déterminé.

Il est d'accord avec le point de vue dominant, que la réforme de la gouvernance doit être la première priorité du Fonds. Sans cela, a-t-il dit dans un rapport de 2006 de l'IIE, « l'efficacité du Fonds s'en trouvera sapée à jamais ».


Date de rédaction: 15 septembre 2006 Mise à jour: 15 septembre 2006

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