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Actualités de Washington
  

L'implantation de la Chine dans le secteur pétrolier africain

Un spécialiste sud-africain donne un aperçu de la politique chinoise dans ce domaine.

Par Jim Fisher-Thompson
Rédacteur du Washington File

Washington - Désireuse de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement en hydrocarbures, la Chine poursuit une politique dynamique globale caractérisée par l'établissement de partenariats en Afrique qui ont surpris de nombreux concurrents des pays occidentaux, a déclaré M. Warrick Davies-Webb.

Analyste politique du bureau-conseil Executive Research Associates, dont le siège est à Pretoria (Afrique du Sud), M. Davies-Webb a donné une conférence lors d'une réunion organisée le 13 septembre au Centre africain des études stratégiques (African Center for Strategic Studies).

Créé en 1999, cet organisme fédéral situé dans la banlieue de Washington organise des séminaires et de cours de formation pour des officiers militaires et des responsables de la défense de pays africains. Il a récemment ouvert un bureau à Addis-Abéba, en Éthiopie, qui est chargé de s'occuper des programmes destinés à améliorer en Afrique les compétences des militaires africains tout en facilitant la création de liens avec des homologues américains.

La Chine, dont la consommation de pétrole, de gaz naturel et de charbon est bien supérieure à sa production de ces combustibles, « se heurte à un déficit énergétique croissant qui a de grandes répercussions pour l'Afrique », a indiqué M. Davies-Webb. L'Afrique est devenue un « nouveau lieu de batailles en matière d'énergie » où les sociétés pétrolières de l'État chinois cherchent à se réserver des sources d'énergie dans tout le continent.

Leur mode d'action s'est perfectionné de façon étonnante au cours des dix dernières années : les sociétés chinoises établissent des partenariats avec des entreprises publiques pétrolières africaines, dont la production représente maintenant 10 % de toutes les importations de pétrole de la Chine. Rien qu'au Soudan, la Chine a déjà investi plus de 4 milliards de dollars pendant cette période.

Pas plus tard qu'en 2000, la Chine n'était présente dans le domaine énergétique qu'au Soudan, mais à l'heure actuelle sa participation dans le continent africain prend la forme de raffineries en Algérie et en Libye, la construction d'oléoducs au Soudan et au Nigeria, l'extraction de pétrole en Angola et l'obtention de droits de prospection en Guinée-Bissau et dans d'autres pays subsahariens.

Rien qu'en 2006, la Chine a payé 2,2 milliards de dollars pour obtenir les droits de prospection d'un gisement situé au large des côtes du Nigeria et poursuit activement l'exploration de gisements au large des côtes de l'Angola.

Le nouveau mode d'action global (l'offre à ses partenaires africains de contrats portant sur l'exploration, l'extraction et le financement) de la Chine constitue une alternative intéressante aux sociétés pétrolières des pays occidentaux qui n'ont pas « un ensemble semblable de carottes » à offrir.

Pour les pays africains qui ont des difficultés financières ou qui sont peu désireux de se conformer aux exigences de la Banque mondiale et d'autres bailleurs de fonds en matière de transparence et de responsabilité, la conclusion d'un marché avec la Chine peut littéralement être vitale sur le plan économique.

En 2003, lorsque l'Angola s'est heurté à une grave crise de liquidités, la Chine lui a offert l'année suivante un prêt de 2 milliards de dollars qui lui a permis de s'en sortir. Au Tchad, lorsque les bailleurs de fonds étrangers ont menacé de ne plus financer la construction du nouveau oléoduc, « les Chinois se sont montrés disposés à offrir une assistance technique si les négociations avec la Banque mondiale échouaient », a-t-il dit.

Contrairement aux organismes d'aide au développement des États-Unis tels que la Société du compte du millénaire, la Chine n'exige pas le respect des droits de l'homme, la lutte contre la corruption ou l'adoption de réformes économiques pour accorder son soutien. C'est là un élément qui attire tout particulièrement des pays tels que le Zimbabwe et le Soudan auxquels les États-Unis, l'Union européenne et l'Organisation des Nations unies appliquent des sanctions en raison de leurs violations des droits de l'homme.

Par ailleurs, les États-Unis ont renforcé leur législation en matière de corruption pour les entreprises américaines implantées à l'étranger. Le jour où M. Davies-Webb a prononcé sa conférence, un ancien cadre supérieur de la société Willbros Group Incorporated de Houston a plaidé coupable d'avoir enfreint la loi américaine sur la corruption d'agents publics à l'étranger en offrant des pots-de-vin à de hauts responsables du Nigeria et de l'Équateur et il risque d'être passible d'une peine de prison.

Sur le plan macroéconomique, « vu que toutes les grandes décisions économiques en Chine sont prises par le gouvernement et par le parti communiste, tous les accords conclus ont leur soutien. Il s'ensuit que les sociétés chinoises jouissent d'un accès sans risque aux marchés africains, avantage que n'ont pas les sociétés des pays occidentaux. » L'entrée dans le secteur pétrolier naissant du Tchad constitue un bon exemple de la façon d'agir de la Chine ; celle-ci apporte un grand soutien au niveau des institutions portant sur le commerce et sur l'aide à l'étranger.

En outre, les Chinois entretiennent aussi des relations stratégiques avec de petites sociétés pétrolières africaines qui ont une influence politique dans des pays tels que le Nigeria ainsi qu'avec des sociétés et des banques portugaises qui sont représentées dans des pays comme l'Angola.

Ils tirent également parti de leurs relations avec des sociétés pétrolières nigérianes exploitant des gisements au large des côtes de Sao-Tomé-et-Principe et se servent d'hommes d'affaires sud-africains influents en Angola pour obtenir accès auprès d'hommes politiques importants dans ce pays riche en pétrole.

Le Portugal joue un rôle « essentiel, mais très sous-estimé » pour faciliter la conclusion de contrats pétroliers avec la Chine qui considère ce pays européen comme leur petite porte d'accès au secteur pétrolier africain.

Enfin, a déclaré M. Davies-Webb, la Chine fait tout son possible pour cultiver ses relations avec la France du fait de l'ancienneté des relations commerciales de ce pays avec de nombreux pays africains et en raison de leur conviction selon laquelle la France constitue un contre-poids à l'influence des États-Unis en Afrique.


Date de rédaction: 18 septembre 2006 Mise à jour: 18 septembre 2006

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