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LE DEVOIR ENVERS L'AVENIR : des Irakiens libres préparent l'Irak de demain Tanya Gilly
membre du groupe de travail sur la liberté des médias
Je suis kurde, de la ville de Kirkouk. J'ai quitté le Moyen-Orient à l'age de 7 ans. Mes parents étaient recherchés par le régime de Saddam Hussein. Mon père a fait l'objet de deux tentatives d'assassinat et nous avons donc fui en Occident. Une fois installée dans la région de Washington, j'ai commencé à travailler à l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), au bureau des relations publiques. Grâce à cela, j'ai eu la chance de rencontrer certains organisateurs des groupes de travail, et ensuite, par le biais de l'UPK, j'ai été désignée comme participante à ces groupes de travail. Le premier était un groupe de travail contre la corruption. Ce groupe comprenait un grand nombre de personnes extraordinaires. Il y avait là toutes sortes d'Irakiens : des avocats, des juges, des écrivains et des ingénieurs. C'était un échantillon très représentatif de la société irakienne. Le véritable problème de la corruption, au Moyen-Orient, c'est que les bakchichs (pots-de-vin) vous permettent d'obtenir tout ce que vous voulez. Saddam, malheureusement, a élevé la corruption à un niveau supérieur, et je crois que nous aurons du mal à inverser la tendance. La corruption est un outil dont Saddam s'est servi pour contrôler la population. Il a créé une telle bureaucratie que la population a dû recourir aux-pots-de vin pour résoudre des démarches administratives ou même obtenir des emplois acceptables. Aux commandes de l'économie irakienne depuis près de 30 ans, il a vraiment su tirer parti de la situation. Regardez les fonctions ministérielles et les hauts postes du pouvoir, ils sont tous occupés par des parents de Saddam Hussein. La corruption commence donc au sommet de la hiérarchie et elle se répercute dans l'ensemble de la population. Donc, dans ce groupe de travail, nous avons considéré la corruption comme un phénomène qui, malheureusement, a été intégré à notre société par Saddam. Mais ce n'est pas l'employé qui prend un bakchich pour délivrer un passeport à temps qui nous inquiète. Nous nous sommes focalisés sur les hautes sphères - les responsables qui perçoivent de l'argent en contrepartie de protections ou encore qui monnayent des emplois importants. À notre avis, ce sont eux dont il faudra s'occuper une fois Saddam parti, parce que nous espérons que la situation s'améliorera rapidement et que les modestes fonctionnaires n'auront plus vraiment besoin de bakchichs pour survivre. Le groupe de travail est parvenu à la conclusion que la corruption institutionnelle du régime était la cause première de tous les autres types de corruption, y compris dans le secteur privé qui cherchait à décrocher des marchés publics. Si les institutions changent, les retombées se répercuteront sur l'ensemble de la société. Nous avons travaillé de façon très ouverte. Dans un premier temps, nous nous sommes présentés. Ensuite, nous avons parlé de notre vie professionnelle, puis, nous avons échangé quelques idées sur l'orientation que pourrait prendre le groupe de travail. Les premières heures, nous les avons vraiment consacrées à la réflexion. Nous avons parlé des diverses formes de corruption. Nous nous sommes mis d'accord sur une définition de la corruption, puis nous avons décidé quelles formes de corruption aborder en premier. Nous nous sommes répartis en deux sous-groupes : législation, méthodes et pratiques, d'une part, et médias et sensibilisation, d'autre part. Nous nous sommes demandé quel message nous allions communiquer au peuple irakien après le départ de Saddam. Nous avons parlé de la sensibilisation de l'opinion publique mais également de l'éducation dans les écoles ; en fait, de rétablir dans la société irakienne l'éthique détruite par Saddam. Je suis rentrée en Irak il y a à peu près un an, j'ai voyagé au Kurdistan irakien. Malheureusement, je n'ai pas pu aller à Kirkouk qui était encore sous le contrôle de Saddam. Cette visite a été très réconfortante. J'ai été très impressionnée par le fait que les habitants de la région étaient libres d'exprimer leur point de vue et de communiquer leurs impressions. Les responsables ont été mis au pied du mur, vous savez. S'ils détournaient des fonds, ils étaient démis de leurs fonctions. Et la population n'avait pas peur de leur dire : « Je connais mes droits et je n'ai pas besoin de vous payer de pot-de-vin pour que vous fassiez votre travail. » C'est tout simplement extraordinaire de voir cela. À Sulaymaniyah, ils ont un magazine politique satirique et tous les ministres se tiennent sur leurs gardes car ils redoutent de figurer sur la couverture du magazine. C'est formidable. Ce magazine a engendré une transparence d'un style tout à fait inédit. |
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