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LE DEVOIR ENVERS L'AVENIR : des Irakiens libres préparent l'Irak de demain Rubar Sandi
président-directeur général de la société internationale CorporateBank Business Group
Je travaille dans de nombreux pays en voie de développement et j'y ai constaté les effets de la prospérité économique sur les gens, c'est pourquoi je continue à me concentrer sur ce qui se passe « le lendemain ». Si les gens constatent, « le lendemain », qu'ils vont connaître la sécurité, qu'on assiste à un assouplissement des contrôles et à une plus grande liberté, qu'ils ont de l'eau, de l'électricité, des soins médicaux et des écoles pour leurs enfants, alors ils sont heureux et disent qu'ils peuvent constater une différence dans leur existence. C'est pourquoi j'ai tenté d'établir une feuille de route pour réformer et rebâtir l'Irak sur les plans économique, social et politique. J'envisage la question sous deux angles, en fonction de la sécurité nationale des États-Unis - je suis américain, mes enfants sont nés ici - tout en pensant au bien-être du peuple irakien. Il s'agit, à mes yeux, d'une formule gagnante. Toutes les routes doivent être à deux sens. Il faut pouvoir les emprunter pour aller quelque part et pour en revenir.
Dans mes voyages, les gens me demandent ce que je pense de l'avenir et je leur réponds : Oui, je soutiens sans réserve le président Bush parce qu'il ne va pas attaquer l'Iraq mais le libérer. Il ne va pas commencer une guerre mais mettre fin à une guerre qui dure depuis vingt ans. Ces vingt dernières années, l'Irak n'a connu que la guerre et les souffrances. Nous voulons donc mettre fin à cette guerre. La liberté ne s'obtient pas à vil prix. Actuellement, des gens meurent chaque jour en Irak. Pour ma part, je n'ai pas connu ce genre de souffrance mais j'ai été victime de la guerre. J'ai participé à deux guerres contre Saddam Hussein, en 1974 et 199l. Je ne m'arrogerai cependant pas le droit d'aller en Irak pour gouverner le pays. Je me permettrai simplement d'apporter ma contribution, d'aider l'Irak mais non de décider pour lui. Je connais la mentalité irakienne et je sais que le plus gros problème consiste à faire face à la psychologie de la terreur. À trente-quatre années de dictature. L'autre difficulté vient du fait que les Irakiens sont maintenant habitués au « luxe » du programme pétrole contre nourriture et ils sont devenus passifs, habitués à tout recevoir. Je parle de cette question avec les gens et je constate l'existence d'un fossé dans notre manière de voir les choses. À ce stade, 70 % de la population ne connaît qu'un dirigeant, Saddam Hussein. Imaginez cela. Ils sont la génération de Saddam Hussein. Il faudra donc du temps, beaucoup de temps et de patience pour remédier à cette situation. Je me concentre sur la façon de créer des emplois, en me basant sur l'expérience que j'ai acquise dans les pays en voie de développement et grâce à des mesures comme les garanties de prêts aux femmes et aux petites entreprises pour qu'elles puissent s'adresser à une banque et savoir qu'un organisme de garantie des prêts sera responsable des risques encourus. C'est ainsi qu'on peut aider les gens à se lancer dans des affaires et accroître le capital. Une étude faite en Égypte a montré que les avoirs des pauvres étaient 55 fois supérieurs à tous les investissements et mises de fonds du pays, y compris le canal de Suez et le barrage d'Assouan. En d'autres termes, c'est chez les pauvres qu'on trouve le taux le plus élevé de remboursement des dettes. En utilisant cette approche par la base, on peut accorder des prêts modestes aux petites entreprises et faire d'elles le pivot de l'économie. En même temps, nous mettrons en place les institutions appropriées - banques, justice, une bonne administration de l'État et la protection des actionnaires. Et par la suite, nous serons en mesure de commencer à privatiser une partie de l'industrie, ce qui aidera à accroître le capital et les emplois.
J'encourage les sociétés japonaises et américaines à investir en Irak, dans l'industrie manufacturière, les industries de pointe et les industries de faible technicité parce que cela créera de nombreux emplois, comme c'est arrivé quand le Japon a investi en Corée, dans les années soixante. J'estime que l'Irak a de nombreux atouts. Le pétrole en est un mais si on augmente la production, son prix baisse. Et on va avoir besoin de 30 à 40 milliards de dollars d'investissements dans l'infrastructure, dans les huit ou dix années qui viennent. Cela veut dire 40 milliards de dettes. Mais l'Irak possède les ressources humaines, une main-d'œuvre parmi les plus qualifiées et les plus instruites qui soient. Il a aussi d'autre atouts comme le tourisme et l'industrie des services. L'industrie des services représente environ 75 % de l'économie de n'importe quel pays. Or l'Irak a d'importants atouts culturels et touristiques - islamiques et chrétiens - sur l'ensemble de son territoire, ainsi que certains des sites historiques les plus anciens du monde. Nous sommes donc en train d'élaborer pour l'Irak ce que nous appelons le Plan Phénix, du nom de l'oiseau arabe mythique qui renaissait de ses cendres. Et ce plan comprend le mécanisme de garantie de prêts, la Banque irakienne de reconstruction et de développement, le programme de garantie des assurances. La stabilité, l'État de droit, de bonnes lois et un climat qui encourageront les investissements. C'est un plan qui s'étale sur dix ans. La Banque irakienne de développement s'inspire de banques qui existent dans d'autres pays, à une plus petite échelle. Les garanties de prêts font le lien entre tous ces éléments. Point n'est besoin d'importantes liquidités. Il y a moins de risques, moins d'échecs. Ce que je constate, c'est que les hommes d'affaires possèdent l'expérience technique mais manquent de pratique en matière de gestion financière tandis que les banques n'ont pas l'expertise technique mais celle de l'argent et du crédit. Il faut donc les unir et accroître les chances de succès. Ce que je conseille, c'est qu'on ne s'oppose pas aux marchés parallèles mais qu'on leur confère la légitimité en leur accordant des avantages fiscaux parce qu'on veut encourager l'esprit d'entreprise. Établissez une association de chefs d'entreprise. Acceptez les marchés parallèles. Après tout, ils ont appris à survivre et à prospérer sous Saddam Hussein. Il est possible de mettre en pratique un grand nombre de ces idées en Irak. Intégrez les femmes dans l'économie grâce aux petits prêts, des prêts de 500 dollars, par exemple, pour l'acquisition de deux machines à coudre. Tous les Irakiens devraient avoir le droit d'accéder à un organisme de prêt et à des subventions du gouvernement. Cela encouragerait les petites entreprises et les hommes d'affaires dans l'industrie textile, la teinturerie, le bâtiment, la fabrication de pièces détachées. Le gouvernement devrait faire bénéficier le secteur privé d'une politique judicieuse et d'un climat stable et encourager les investissements privés étrangers. C'est le rôle du gouvernement. L'Irak est un pays dévasté, il a donc besoin de temps. Nous devons faire preuve de réalisme à cet égard. Je suis un homme d'affaires et les hommes d'affaires ne peuvent pas être des utopistes. Mon père avait l'habitude de dire : « Dans les affaires, c'est quand on ne prend pas de risque délibéré qu'on risque le plus. » |
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