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Chapitre 12 Liberté de la presse, journaux, radio et télévision
Photographie : Steve Liss, Time Magazine Selon une étude récente, l'Américain moyen consacre aux médias (presse écrite ou moyens d'information électroniques) environ huit heures par jour - chez lui, sur son lieu de travail ou dans sa voiture. Cette somme se décompose de la façon suivante : quatre heures à regarder la télévision, trois heures à écouter la radio, une demi-heure à entendre de la musique enregistrée et une demi-heure à lire le journal. L'importance capitale que revêt l'information dans la société américaine découle de la conviction profonde à laquelle les auteurs de la Constitution américaine étaient attachés : un peuple bien informé est le meilleur gardien de ses propres libertés. Ils formulèrent ce principe dans le Premier Amendement de la Constitution, qui stipule notamment : Le « Congrès ne fera aucune loi (...) qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse. » Il résulte de cette clause que la presse joue le rôle de chien de garde chargé de surveiller les initiatives du gouvernement et qu'elle attire l'attention du public sur les méfaits des autorités ou leurs violations des droits de la personne. Le Premier Amendement et la philosophie politique qu'il sous-tend laissent aux médias américains une liberté extraordinaire pour commenter l'actualité et exprimer toutes les opinions. Dans les années 1970, des journalistes américains révélèrent le scandale du Watergate, qui entraîna la démission du président Richard Nixon. De même, les quotidiens américains publièrent les « Dossiers du Pentagone », documents officiels relatifs à l'engagement américain dans la guerre du Vietnam couverts par le secret d'État. Aux États-Unis, la presse dénonce librement la corruption des fonctionnaires, ce qui, sous d'autres cieux, provoquerait l'arrestation de leurs auteurs et l'interdiction de leurs journaux. Car aux États-Unis, les médias ne peuvent être interdits, les pouvoirs publics eux-mêmes ne peuvent être diffamés et les autorités doivent prouver qu'une déclaration est non seulement fausse mais relève d'une véritable malveillance pour réclamer réparation. Le présent chapitre se propose d'étudier quatre domaines : les quotidiens, les magazines, la radio-télévision et les problèmes actuels concernant les médias.
En 1990, la presse a fêté son 300e anniversaire en tant qu'institution américaine. Le premier quotidien publié dans les colonies : Publick Occurrences : Both Foreign and Domestick ne vécut qu'un seul jour en 1690 avant d'être interdit par les autorités britanniques. Mais d'autres journaux surgirent et, dès les années 1730, la presse coloniale fut assez forte pour critiquer les gouverneurs de la Couronne. En 1734, celui de New York accusa John Peter Zenger, éditeur du New York Weekly Journal, de diffamation séditieuse. L'avocat de Zenger, Alexander Hamilton, soutint que « la vérité des faits » est une raison suffisante pour imprimer un article. Dans une décision favorable à la liberté de la presse, le jury acquitta Zenger. Vers 1820, les États-Unis comptaient quelque 25 quotidiens et plus de 400 hebdomadaires. En 1841, Horace Greeley fonda le New York Tribune qui devint rapidement le journal le plus influent du pays. Deux magnats de la presse, Joseph Pulitzer et William Randolph Hearst, commencèrent à édifier leur empire journalistique après la guerre de Sécession (1861-1865). Lancés dans une concurrence féroce, ils eurent recours pour accroître leurs ventes au journalisme à sensation. Au début du XXe siècle, les responsables de la presse écrite découvrirent pourtant que le meilleur moyen d'attirer des lecteurs était de leur présenter sans parti pris toutes les facettes d'un événement. Ce souci d'objectivité constitue aujourd'hui l'une des plus importantes traditions du journalisme américain. Autre trait dominant de la profession au début de ce siècle, la création de groupes de presse appartenant à un même propriétaire et dont l'initiative revient à un groupe détenu par Hearst. Cette tendance à la concentration s'accéléra après la Seconde Guerre mondiale et, aujourd'hui, environ 75 % de tous les quotidiens américains dépendent d'un groupe de presse. L'avènement au cours des années 1940 et 1950 de la télévision, nouveau moyen de communication électronique, empiéta sur la diffusion de la presse écrite : les lecteurs eurent désormais tendance à se détourner des quotidiens du soir pour regarder le journal télévisé. En 1971, 66 villes possédaient deux quotidiens, voire davantage, dont l'un paraissait généralement le matin et l'autre l'après-midi. En 1995, elles n'étaient plus que 36. Certes, le nombre des quotidiens n'avait chuté que faiblement, passant de 1.772 en 1950 à 1.480 en 2000, tandis que le nombre des journaux du dimanche augmentait, de 549 à 917 au cours de la même période. En outre, leur diffusion combinée se montait à 115 millions d'exemplaires, soit le tirage le plus élevé de la planète. Néanmoins, les plus grands quotidiens américains ont continué à perdre des lecteurs au cours des dernières années, une tendance imputable à la dissémination croissante des nouvelles par la télévision et d'autres sources. Les cinq quotidiens qui arrivaient en tête pour leur diffusion en 2000 étaient le Wall Street Journal (1.762.751 exemplaires), USA Today (1.692.666), le New York Times (1.097.180), le Los Angeles Times (1.033.399) et le Washington Post (762.009). Le plus jeune des cinq, USA Today, a été lancé à l'échelle nationale en 1982, après une étude de marché exhaustive réalisée par le groupe Gannett. Il s'appuie sur une mise en page audacieuse, une illustration photographique en quadrichromie et des articles concis destinés à captiver un public de lecteurs citadins plus friands de nouvelles morcelées que des traditionnels articles de fond généralement plus longs. Ce sont les progrès de la technologie qui ont permis la publication de USA Today et la diffusion nationale et internationale d'autres quotidiens. USA Today est rédigé et composé à McLean, en Virginie, avant d'être transmis par satellite à 32 imprimeries disséminées dans tout le pays et à deux autres imprimeries qui desservent l'Europe et l'Asie. L'International Herald Tribune, propriété commune du New York Times et du Washington Post, est imprimé grâce à une transmission par satellite dans 11 villes du monde et distribué dans 164 pays. En 1992, le Chicago SunTimes a entrepris de mettre des articles à la disposition du public par l'intermédiaire de America Online, l'une des premières sociétés à relier des ordinateurs individuels au réseau Internet. En 1993, le San Jose Mercury-News s'est mis à diffuser quotidiennement presque tout son contenu aux abonnés de America Online. En 1995, huit groupes de presse ont annoncé la formation d'une société destinée à créer un réseau de quotidiens en ligne. Désormais, la plupart des journaux américains sont disponibles sur l'Internet et tout possesseur d'un micro-ordinateur relié au réseau mondial peut consulter toute la presse du pays à son domicile ou à son bureau.
Les premiers magazines américains firent leur apparition un demi-siècle après les quotidiens et il leur a fallu plus de temps pour toucher un vaste public. En 1893, les premiers magazines à grande diffusion virent le jour et, en 1923, Henry Luce lança Time, le premier hebdomadaire d'actualité. L'avènement de la télévision entraîna une chute des recettes publicitaires dont jouissaient les magazines de grande diffusion et certains hebdomadaires finirent par disparaître : The Saturday Evening Post en 1969, Look en 1971 et Life en 1972. Les éditeurs de magazines réagirent en essayant d'atteindre des cibles plus soigneusement définies plutôt que le grand public. On assista à la publication de magazines sur tous les sujets imaginables, notamment Tennis, Trailer Life (la vie en caravane) et Model Railroading (maquettes de chemins de fer). D'autres cherchèrent à intéresser plus particulièrement certaines catégories de leur public. Cette spécialisation a fait grimper le nombre des magazines publiés aux États-Unis, qui est passé de 6.960 en 1970 à 13.878 en 2001. Quatre-vingt-dix magazines avaient une diffusion supérieure à un million d'exemplaires en 2000. Les deux principaux titres en circulation s'adressent aux retraités : NRTS/AARP Bulletin (21.465.126 exemplaires) et Modern Maturity (18.363.840). Parmi les cinq premiers figuraient le Reader's Digest (12.558.435), le TV Guide (9.259.455) et le National Geographic (7.738.611). En 1993, Time fut le premier magazine à offrir une édition en ligne. En 1996, le magnat de l'informatique Bill Gates lança Slate, magazine politique et culturel uniquement disponible en ligne (l'éditeur de Slate décida peu après d'y adjoindre une version imprimée). Parallèlement, un nouveau produit hybride, mi-quotidien mi-magazine, s'est imposé à partir des années 1970 : la lettre d'actualité. Imprimée sur du papier peu coûteux et ne comptant souvent pas plus de quatre à six pages, la lettre d'actualité type paraît chaque semaine ou tous les quinze jours. Ces publications regroupent et analysent des informations sur des sujets spécialisés. Ainsi, le Southern Political Report rend compte des compétitions électorales dans les États du Sud des États-Unis et FTC Watch se consacre aux agissements de la Federal Trade Commission (commission fédérale du commerce).
La naissance de la radiodiffusion commerciale en 1920 introduisit une nouvelle source d'information et de divertissement dans les foyers américains. Le président Franklin Roosevelt comprit l'utilité de ce nouveau moyen de communication : ses « causeries au coin du feu » (fireside chats) tinrent la nation au courant de l'évolution économique pendant la crise et des opérations militaires durant la Seconde Guerre mondiale. La popularité croissante de la télévision au lendemain du conflit mondial incita les responsables de la radio à repenser la programmation. La radio ne pouvait prétendre concurrencer la dimension visuelle de la retransmission télévisée d'une tragédie, d'une comédie ou d'une émission de variétés. Nombre de stations se tournèrent vers une formule où la diffusion de musique enregistrée alternait avec des informations. À partir des années 1950, la radio devint un accessoire courant des voitures américaines. Ce moyen de communication connut un renouveau lorsque les banlieusards américains se mirent à brancher leur autoradio pendant le trajet entre leur domicile et leur lieu de travail. L'expansion de la radio FM, qui offre une meilleure qualité de son mais dans un rayon plus limité que celui des grandes ondes, entraîna une spécialisation des programmes au cours des années 1970 et 1980. La FM s'imposa pour la diffusion de programmes musicaux, tandis que les stations émettant sur grandes ondes se consacraient principalement à des débats. Ces émissions qui existaient à peine il y a vingt-cinq ans, sont désormais diffusées par près de 1.000 stations commerciales - parmi les quelque 10.000 qui existent aux États-Unis. Elles nécessitent en général un animateur, une personnalité célèbre ou un spécialiste d'un sujet donné, et offrent aux auditeurs la possibilité de poser par téléphone toutes sortes de questions ou d'exprimer leurs opinions à l'antenne. Malgré l'importance de la télévision, le rayonnement de la radio demeure impressionnant. En 2000, 99 % des ménages américains possédaient au moins un poste de radio, avec une moyenne de cinq par foyer. Outre les 10.000 stations commerciales, les États-Unis en comptent environ 700, en général gérées par des universités et autres organismes publics à caractère éducatif et financées par des fonds publics ou des dons privés. Aujourd'hui, plus de 20 millions d'Américains sont chaque semaine à l'écoute des stations affiliées aux deux principaux groupes de radios publiques, la National Public Radio et Public Radio International.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la télévision est devenue le moyen de communication le plus populaire aux États-Unis, où elle exerce une influence immense sur les élections et sur le mode de vie. En 2000, 100 millions de foyers (98,2 %) possédaient au moins un téléviseur, et le nombre moyen de postes par foyer était de 2,4. Trois réseaux de télévision privés - NBC, CBS et ABC - proposent des programmes gratuits financés par la publicité. Entre les années 1950 et les années 1970, ils se partageaient 90 % du marché télévisuel . Cette position privilégiée fut remise en cause dans les années 1980 par la progression rapide de la télévision payante par câble, dont les images sont retransmises par satellite. En 2000, près de 70 % des ménages américains étaient abonnés au câble et les émissions diffusées en dehors des réseaux drainaient plus de 30 % des téléspectateurs. Plusieurs des nouvelles chaînes câblées diffusent des films 24 heures sur 24 ; Cable News Network (CNN), créée par Ted Turner, présente des informations en continu et MTV se consacre à des clips de vidéo-musique. Entre-temps, un quatrième grand réseau de télévision commercial a vu le jour sous le nom de Fox et fait concurrence aux trois grands. Plusieurs chaînes de télévision locales, naguère affiliées à l'un d'entre eux, se sont ralliées au nouveau venu. Deux autres chaînes nationales - WB et UPN - sont aussi entrées dans le jeu et le nombre de chaînes de télévision câblée continue de croître. Il existe aux États-Unis 349 stations de télévision publiques dont chacune est indépendante et sert les intérêts de ses propres téléspectateurs. Mais ces stations sont unies au sein d'entités nationales telles que le Public Broadcasting Service, qui leur fournit des programmes. Les contribuables américains financent aussi partiellement la télévision publique qui mobilise près de 100 millions de téléspectateurs par semaine. Parmi les émissions les plus populaires, citons « Sesame Street », un programme pour enfants qui enseigne l'apprentissage de la lecture et les mathématiques au moyen de marionnettes, de dessins animés, de chansons et de saynètes amusantes. Certains exploitants américains de la télévision par câble proposent depuis la fin des années 1970 des services destinés à certaines catégories de la population. Les programmes de Silent Network (réseau du silence) sont diffusés dans la langue des signes ou sous-titrés à l'intention des malentendants. En 1988, Christopher Whittle a fondé la chaîne Channel One, qui fournit sur le câble des émissions pédagogiques et des spots publicitaires à 40 % des lycéens américains. En outre, la conjugaison de l'ordinateur, de la télévision et des fibres optiques a donné naissance à la télévision interactive, qui doit offrir aux téléspectateurs la possibilité de sélectionner certaines émissions afin de les regarder à l'heure de leur choix.
Beaucoup d'Américains s'inquiètent de l'abondance des scènes de violence que leurs enfants voient à la télévision. Pour répondre aux protestations des citoyens et aux pressions exercées par le Congrès, les quatre principaux réseaux de télévision - ABC, CBS, NBC et Fox - sont convenus en 1993 d'informer les parents du degré des violences contenues dans une émission avant le début de la diffusion. Les réseaux câblés ont pris le même engagement. En 1996, les réseaux commerciaux et câblés ont franchi un pas de plus en mettant sur pied une signalétique qui rend compte du degré de violence, du contenu sexuel et/ ou du niveau de grossièreté langagière d'une émission. Un symbole approprié apparaît sur l'écran au début de la diffusion et à intervalles réguliers en cours d'émission. L'adoption spontanée de ce type de mesures semble préférable à la mise en place d'une réglementation étatique qui risquerait de violer les dispositions du Premier Amendement. L'autre solution possible est technologique. Depuis 1998, les nouveaux téléviseurs vendus aux États-Unis sont équipés d'un dispositif qui permet aux parents de bloquer la diffusion des programmes qu'ils souhaitent supprimer. L'une des questions les plus controversées aujourd'hui en matière de médias concerne moins la technologie que la récurrente question de la vie privée : y a-t-il un ou plusieurs domaines de la vie d'une personne qui doivent être préservés lorsque celle-ci devient un personnage public ? En 1988, le sénateur Gary Hart, l'un des candidats les mieux placés, se retira de la course à la présidence des États-Unis après que la presse eut divulgué sa liaison avec une jeune femme. Des hommes politiques des deux partis reprochent à la presse de se livrer à une véritable traque. Certains membres conservateurs du Congrès affirment que les médias manifestent une grande partialité en faveur des progressistes. Nombre de commentateurs estiment que l'indiscrétion de plus en plus grande de la presse risque de dissuader des personnes compétentes, quelles que soient leurs convictions, de participer à la vie publique. À l'inverse, certains journalistes, dans le passé, se sont faits quasiment les complices des hommes politiques pour tenir le public dans l'ignorance de leurs faiblesses personnelles. Nul ne mentionnait ni ne photographiait jamais le handicap physique du président Franklin Roosevelt et l'on cacha aux électeurs l'étendue de son mauvais état de santé lorsqu'il brigua un quatrième mandat en 1944. La majorité des électeurs se seraient peut-être de toute façon prononcés en faveur de Roosevelt, mais dissimuler la réalité semble aujourd'hui malhonnête à la plupart des Américains qui pensent que, dans une démocratie, il est préférable de diffuser plutôt que de taire l'information.
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