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Chapitre 6 Structure, critères et défis
Photographie : © Paul S. Howell, Gamma Liaison L'enseignement aux États-Unis constitue un sujet complexe, car un seul établissement peut obtenir des ressources auprès de différentes institutions, tant publiques que privées. Par exemple, un élève fréquentera une école secondaire dont les programmes se conforment aux exigences fixées par l'État, mais dont les cours scientifiques sont financés sur les fonds fédéraux, tandis que les équipes sportives jouent sur des terrains appartenant aux collectivités locales. Mais malgré cette complexité, il est possible de décrire les grandes lignes du système d'enseignement américain.
Près de 90 % des écoliers et lycéens américains fréquentent des établissement primaires et secondaires publics gratuits, entretenus par les recettes fiscales provenant des collectivités locales ou de l'État. L'elementary school va de la maternelle à l'équivalent de la quatrième. Dans certains endroits, elle se termine après la sixième ; ensuite, les enfants vont à la middle school, encore appelée junior high school, de la cinquième à la troisième. De même, l'école secondaire va en général de la troisième à la terminale, mais elle ne commence parfois qu'à la seconde. La plupart des enfants qui ne fréquentent pas l'école publique se rendent dans des établissements privés : là, ce sont leurs parents qui assument les frais de scolarité. Les quatre cinquièmes des écoles privées sont confessionnelles, aussi l'instruction religieuse y figure-t-elle dans les programmes à côté des disciplines classiques. (L'école publique n'assure pas l'instruction religieuse. Voir, chapitre 4, la question de la prière à l'école.) Il existe aussi un nombre restreint, mais croissant, de parents qui assurent eux-mêmes la formation scolaire de leurs enfants, pratique connue sous le nom de scolarisation à domicile. Les États-Unis n'ont pas de système scolaire national. À l'exception des écoles militaires (comme la Naval Academy d'Annapolis, dans le Maryland), aucun établissement n'est régi par l'État fédéral. Mais le gouvernement assure une orientation générale et fournit des subventions pour les programmes auxquels prennent part écoles publiques et écoles privées, tandis que le département de l'Education supervise l'ensemble. Dans le vocabulaire américain, le college est une institution de quatre années d'études supérieures assurant des cours dans des disciplines apparentées. Par exemple, un college of liberal arts offre des cours de littérature, de langues, d'histoire, de philosophie et de sciences, tandis qu'un business college se consacrera à la comptabilité, à l'investissement et au marketing. Nombre de ces établissements sont indépendants et décernent des diplômes de bachelor (licence) aux étudiants qui ont suivi un enseignement couvrant normalement quatre ans. Mais les colleges font parfois partie d'une université. En général, une grande université se compose de plusieurs colleges, de programmes de troisième cycle dans divers domaines, d'une ou plusieurs écoles spécialisées (faculté de droit ou faculté de médecine), et d'un ou plusieurs laboratoires de recherche. (Souvent, aux États-Unis, on utilise indifféremment le mot « college » pour désigner un college ou une université.) Chaque État possède son université, mais certains gèrent de vastes réseaux de colleges et d'universités. L'université de l'État de New York comprend ainsi une soixantaine de campus. Quelques villes ont, elles aussi, leur université. Dans plusieurs régions, les junior ou les community colleges assurent la transition entre l'école secondaire et les quatre années d'enseignement universitaire. Dans ces établissements, les étudiants terminent leurs deux premières années d'enseignement supérieur à moindres frais et peuvent vivre près de chez eux. À l'inverse des écoles publiques primaires et secondaires, l'enseignement supérieur public est payant. Cependant, les sommes demandées sont souvent très inférieures aux frais exigés par des établissements privés comparables, qui ne bénéficient pas de subventions publiques au même niveau. Nombre d'étudiants fréquentent les colleges publics ou privés - grâce à des prêts consentis sur des subsides fédéraux, prêts qu'il leur faut rembourser après l'obtention du diplôme. Environ 25 % des établissements d'enseignement supérieur sont aux mains de groupes religieux et sont ouverts aux étudiants de toutes confessions. Mais bien des institutions privées n'ont pas de connotation religieuse. Publiques ou privées, toutes ces institutions ont trois sources de revenus : les droits payés par les étudiants, les dons (consentis par des mécènes) et les fonds alloués par le gouvernement fédéral. Il n'y a pas de différence bien nette entre la qualité de l'enseignement dispensé par les divers établissements, publics ou privés. Les universités publiques de Californie et de Virginie, par exemple, sont aussi estimées que les grandes institutions de l'Ivy League, association de huit établissements privés prestigieux, situés dans le nord-est des États-Unis. Pourtant, cela ne veut pas non plus dire que toutes les institutions sont égales. Un étudiant diplômé d'une grande université jouira d'un avantage certain lorsqu'il recherchera un emploi. C'est pourquoi la concurrence peut être rude pour se faire accepter dans les établissements les plus renommés. Tout étudiant suit des cours dans sa matière principale (le domaine dans lequel il souhaite se spécialiser), ainsi que des options (qui ne sont pas obligatoires, mais que l'intéressé choisit). On estime que les universités américaines offrent plus d'un millier de matières principales.
De Hawaii au Delaware, de l'Alaska à la Louisiane, chacun des cinquante États a ses lois propres réglementant l'enseignement. D'un État à l'autre, on constate des similarités et des différences de législation. Par exemple :
Outre les cours obligatoires - par exemple, un an d'histoire des États-Unis, deux ans de littérature, etc. - les écoles secondaires comme les colleges offrent des matières à option. Parmi celles qui ont la faveur des élèves figurent les arts de la scène, les cours de conduite, la cuisine et divers ateliers (bricolage, menuiserie, réparation de machines).
Jusque dans les années 1950, les cours obligatoires étaient nombreux et les matières à option plus rares. Dans les années 1980, cependant, parents et enseignants jetèrent un regard nouveau sur ces pratiques. La raison première de leur inquiétude fut sans doute le lien possible entre l'augmentation numérique des matières à option et la baisse lente mais continue du niveau de connaissances des jeunes Américains, jugé d'après la moyenne des notes obtenues lors de contrôles standardisés en mathématiques, en lecture et en sciences. Dans le même temps, les administrateurs des colleges et les chefs d'entreprise commençèrent à se plaindre du fait que, à la sortie du secondaire, les jeunes gens devaient suivre des cours de rattrapage en lecture, en écriture et en arithmétique. Lors du recensement de 1980, près de 99 % des adultes affirmaient savoir lire et écrire. Mais certains critiques soutenaient que quelque 13 % des jeunes de dix-sept ans étaient illettrés, autrement dit qu'ils étaient incapable de s'acquitter des tâches usuelles telles que comprendre une fiche d'instruction ou remplir un formulaire de demande d'emploi. Dans les années 1980, les experts étudièrent toutes les causes possibles de cette baisse des moyennes. On pointa le doigt vers la télévision que l'on accusa de produire des programmes médiocres. Or les enfants passaient beaucoup trop de temps, 25 heures par semaine en moyenne, devant le petit écran. On accusa aussi les écoles de mal rémunérer les professeurs, ce qui poussait les meilleurs à quitter l'enseignement, et de simplifier le travail des élèves pour que tous puissent obtenir leur diplôme - phénomène baptisé « nivellement des programmes ». Il fut impossible d'identifier une cause unique aux maux qui accablaient l'enseignement secondaire américain. Il ne pouvait donc y avoir de solution unique. Le département de l'Education créa une commission nationale, chargée d'étudier le problème. En 1983, celle-ci proposa plusieurs recommandations : allongement de la journée et de l'année scolaires, nouveau programme obligatoire pour tous les étudiants (quatre ans d'anglais ; trois ans de mathématiques, de sciences et de sciences sociales ; six mois d'informatique) et relèvement des critères d'évaluation dans chaque matière. Depuis, de nombreux établissements ont renforcé leurs exigences et les notes des contrôles ont monté. En 1989, le président George Bush et les gouverneurs des cinquante États ont imprimé une nouvelle impulsion au mouvement de réforme de l'enseignement en fixant six objectifs pour l'an 2000 :
Le Congrès a mis au point un programme intitulé Objectifs 2000, qui prévoit de fournir aux États des subsides fédéraux afin de les aider à atteindre ces objectifs. En 1996, on pouvait constater des progrès - 86 % des élèves terminèrent leur enseignement secondaire, les moyennes nationales en mathématiques et en sciences avaient progressé d'un point et 50 % des enfants de quatre ans bénéficiaient de programmes de préparation à l'entrée à l'école. En 2001, le président George W. Bush a proposé une stratégie visant à améliorer les résultats scolaires, et le Congrès a adopté une loi en ce sens. Elle met en effet l'accent sur la satisfaction des besoins spécifiques des élèves et exige des États l'établissement de normes élevées. Elle responsabilise le corps enseignant, accorde aux circonscriptions scolaires locales le pouvoir de décision quant à l'utilisation des deniers fédéraux, élargit les options des parents relatives au choix de l'établissement scolaire pour leurs enfants et privilégie l'enseignement selon des méthodes prouvées.
Outre le défi de l'excellence, les écoles américaines se trouvent confrontées à des problèmes entièrement nouveaux. Elles doivent accueillir un afflux d'enfants d'immigrants dont beaucoup ne parlent pas ou maîtrisent mal l'anglais. Il leur faut aussi répondre aux exigences de tous ceux qui veulent que les programmes reflètent les diverses cultures auxquelles appartiennent l'ensemble des élèves. Elles doivent enfin s'assurer que les enfants acquièrent les connaissances de base adaptées au marché du travail et prendre en compte les besoins d'élèves peu ordinaires comme les mères adolescentes. Les écoles traitent tous ces problèmes de manières qui reflètent bien la diversité du système d'enseignement. Elles embauchent ou forment en grands nombres des enseignants chargés d'apprendre l'anglais en seconde langue et, dans certaines villes, elles créent des écoles bilingues. Elles élargissent les programmes traditionnels de culture européenne pour y inclure des éléments provenant de cultures africaines, asiatiques ou autres. Les écoles enseignent encore les processus cognitifs à près de 40 % d'écoliers qui n'accèdent pas à l'enseignement supérieur. Selon les termes d'un rapport récent déposé par la commission sur la nécessité de maîtriser les connaissances indispensables : « Avoir les reins solides, la volonté de travailler, le diplôme de l'enseignement secondaire, voilà tout ce qui était autrefois indispensable pour démarrer dans la société américaine. Cela n'est plus vrai. Un esprit bien développé, la volonté de toujours continuer à apprendre et la faculté d'appliquer ses connaissances, telles sont désormais les clefs de l'avenir pour nos jeunes, la réussite du monde des affaires et le bien-être économique de la nation. »
Les États-Unis sont en tête des nations industrialisées pour le nombre de jeunes bénéficiant de l'enseignement universitaire. Pour certaines carrières - droit, médecine, enseignement, sciences de l'ingénieur - l'université est une première étape indispensable. Plus de 60 % des Américains occupent désormais des emplois qui impliquent la manipulation de l'information et il est rare qu'un diplôme secondaire suffise pour assumer ce genre de tâche. D'autres métiers n'exigent pas nécessairement de diplôme universitaire, mais celui qui en possède un voit s'améliorer ses chances d'emploi et celles d'obtenir un salaire plus élevé. La généralisation de l'enseignement supérieur remonte à 1944, date à laquelle le Congrès vota la loi connue sous le nom de GI Bill (GI government issue étant le sobriquet donné aux soldats qui avaient fait la guerre ; cette loi accordait une aide financière aux membres des forces armées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.) En 1955, plus de deux millions d'anciens combattants de cette guerre et de celle de Corée en avaient bénéficié pour aller à l'université. Nombre d'entre eux étaient issus de familles pauvres et, en temps ordinaire, n'auraient jamais pu faire des études. Le succès de ce programme contribua à modifier les perspectives universitaires des étudiants américains. Dans le même temps, le pourcentage des femmes fréquentant l'université commença de croître ; en 2000, 57 % des diplômes furent décernés à des femmes contre 24 % en 1950. Avec la fin de la ségrégation raciale dans les années 1950 et 1960, les Afro-Américains entrèrent massivement à l'université. Aujourd'hui, le pourcentage des Noirs qui s'inscrivent à l'université égale presque celui de la population en général. En 2000, 56,2 % des diplômés afro-américains de l'enseignement secondaire s'inscrivaient à l'université contre 63,3 % de l'ensemble des diplômés du secondaire.
On reproche parfois aux universités américaines, comme aux écoles secondaires, d'avoir remplacé les cours obligatoires par trop de matières à option. Vers 1985, l'Association of American Colleges a publié un rapport reconnaissant la nécessité d'enseigner un corpus de connaissances communes à tous les étudiants. Un autre rapport publié par le National Institute of Education, intitulé « Involvement in Learning », concluait que le programme universitaire était devenu « exagérément soumis au monde du travail ». Il mettait également en garde contre le fait que l'enseignement universitaire risquait de ne plus fournir aux étudiants « les valeurs et les connaissances communes » qui, traditionnellement, lient les Américains entre eux. La publication de ces rapports coïncida avec une tendance à une désaffection envers la culture générale. Les étudiants se dirigeaient vers des matières qui les prépareraient à des carrières précises. En 2000, 49 % des licences sanctionnaient des études de gestion et de commerce, de communication, d'informatique, de pédagogie, d'ingénierie et de professions de santé. Une telle tendance soulève des questions philosophiques sur l'enseignement dans tous les pays industrialisés. À l'ère des grandes percées technologiques et des disciplines extrêmement spécialisées, a-t-on encore besoin d'individus ayant reçu une formation générale et disposant d'excellentes aptitudes à raisonner et à communiquer ? Et si la réponse à cette question est oui, la société doit-elle prendre des mesures pour encourager les universités à former des individus de ce type en plus grand nombre? À l'instar de leurs homologues étrangers, les pédagogues américains poursuivent le débat.
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Les États-Unis ne possèdent pas de système d'éducation nationale. De plus, aucune école, hormis les écoles militaires, n'est administrée par le gouvernement fédéral.
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