LE NOUVEAU VISAGE D'ATLANTA
David Pitts

Quand le mouvement américain en faveur des droits civiques battait son plein, dans les années 1950 et 1960, la ville d'Atlanta, en Géorgie, était réputée pour l'entente qui y régnait entre Noirs et Blancs, les deux principaux groupes ethniques qui la peuplaient alors. C'était une ville dont les habitants étaient trop occupés pour trouver le temps de haïr leur prochain, disait-on, et elle a été considérée par la suite comme la capitale du Nouveau Sud.Au cours de ces dernières années, toutefois, sa population s'est diversifiée avec l'arrivée d'immigrants en provenance de tous les coins du monde, des gens attirés par sa prospérité économique. Dans cet article, David Pitts examine le nouveau visage d'Atlanta et la façon dont la municipalité et les comtés voisins, les groupes de défense des droits civiques, les organisations non gouvernementales (ONG) et des citoyens engagés poursuivent la lutte pour faire d'Atlanta une ville où tous auront leur place.
Il suffit, pour s'imprégner de l'histoire de cette ville du Sud, de marcher le long de ses rues. En 1864, sur l'ordre du général Tecumseh Sherman, Atlanta avait été entièrement détruite par un incendie. Ses troupes avaient pris la ville durant leur marche à travers les États vaincus de la Confédération, événement que le cinéma a immortalisé dans le monde entier avec « Autant en emporte le vent ». La maison restaurée de Margaret Mitchell, auteur du livre sur lequel ce film était basé, attire de nombreux visiteurs.
Plus récemment, Atlanta est devenue célèbre en tant que lieu de naissance de Martin Luther King, dirigeant du mouvement intégrationniste américain. Le « Centre Martin Luther King pour les changements sociaux non violents », l'institution que sa veuve, Coretta, a créée en sa mémoire, s'élève à côté de l'église baptiste Ebenezer, où le pasteur prêchait la fraternité raciale à une époque où cette notion faisait l'objet de controverse.
Atlanta est, à bien des titres, une étude en noir et blanc qui illustre la façon dont deux races, autrefois séparées en vertu d'un système de ségrégation imposé par la loi, ont progressivement appris à cœxister. Il s'agit, comme les gens d'ici vous le rappelleront, d'une expérience qui n'a pas encore été menée à terme.
Les nouveaux habitants d'Atlanta
Dans l'Atlanta des années 1990, toutefois, le terme « tout le monde », ne désigne pas que les Noirs et les Blancs, et l'anglais n'est plus la seule langue parlée ici. Il arrive de plus en plus souvent que des résidents de longue date aient pour voisins des Africains, des Asiatiques, des Latino-Américains et des gens originaires de l'Europe de l'Est. Atlanta est en train de devenir un creuset, la dernière d'une longue liste de villes américaines à devenir un pôle d'attraction pour les immigrants.
Certains nouveaux venus sont des Américains ayant quitté des villes telles que Miami et New York, mais beaucoup d'entre eux sont des immigrants ou des réfugiés qui, à leur arrivée aux États-Unis, sont venus directement à Atlanta. Plus de quatre cent cinquante mille immigrants et soixante-cinq mille réfugiés vivent maintenant dans la zone métropolitaine d'Atlanta, sur une population totale de trois millions et demi d'habitants, d'après le « Centre de recherche appliquée et d'anthropologie » de l'université d'État de Géorgie.
| À Atlanta, les Organisations non gouvernementales préparent les nouveaux immigrants à devenir citoyens américains. |
Un lieu favori de rassemblement pour un grand nombre de nouveaux venus est le marché aux puces situé en bordure de l'autoroute de Buford, juste en dehors de la ville. Sun Kim, émigrée de Corée, qui y vend des bijoux, déclare qu'elle est venue à Atlanta il y a trois ans parce qu'elle y avait des parents et que ceux-ci lui avaient dit que la ville offrait beaucoup de débouchés en raison de son économie florissante. Elle cite une autre raison de son choix : le coût de la vie y est raisonnable. « La vie est beaucoup moins chère à Atlanta que dans la plupart des autres villes, notamment le logement », précise-t-elle.
Vanessa Kosky, originaire du Venezuela, parle couramment l'anglais et aide les nouveaux immigrants, surtout ceux qui sont originaires d'Amérique centrale et du Sud, à obtenir des plaques d'immatriculation et un titre de propriété pour leur automobile. Le marché aux puces de Buford est un lieu de rencontre favori, dit-elle, en particulier pour les Latino-Américains dont la plupart sont venus ici pour trouver du travail dans le bâtiment, ce qui ne manque pas étant donné l'essor actuel de ce secteur. Ils s'adaptent très bienet leur principal problème est l'apprentissage de l'anglais.
Sun Kim et Vanessa Kosky contribuent à donner à Atlanta son nouveau visage, celui d'une ville beaucoup plus cosmopolite qu'elle ne l'était il y a encore quelques années. Le Bureau américain du recensement signale que de 1990 à 1994, la population d'Atlanta s'est accrue de onze pour cent. Pendant le même temps, les populations latino-américaine et asiatique y augmentaient de quarante-deux pour cent. Le nombre d'Européens de l'Est et d'Africains croît encore plus rapidement. Ainsi, plus de cinq mille Nigérians vivent à Atlanta, ce qui explique que les récents événements politiques survenus au Nigeria ont fait la une des journaux locaux. Les autorités municipales affirment que c'est le rôle de chef de file joué par Atlanta dans le domaine de la déségrégation qui a contribué à sa réputation en matière de justice et d'ouverture, que les nouveaux venus apprécient.
Dans les années 1980, le département d'État avait choisi Atlanta comme l'une des principales villes d'accueil des réfugiés aux États-Unis. Les préparatifs des jeux Olympiques de 1996 ont attiré d'autres immigrants à la recherche des emplois qui seraient créés à cette occasion. Certains d'entre eux y sont restés, pour la plupart des Latino-Américains, dont plus deux cent quarante mille y vivent actuellement, faisant d'Atlanta la ville ayant le plus grand nombre d'hispanophones des États-Unis.
Une économie en plein essor
« C'est l'économie florissante de la ville qui explique l'afflux des immigrants à Atlanta. En attirant le commerce et en favorisant la croissance économique, la municipalité a beaucoup aidé à faire de cette diversité un atout, dans une ville déjà réputée pour la qualité de l'accueil qu'elle réserve aux minorités », déclare Kevin Hanna, président d'une agence municipale, la « Atlanta Development Authority ».
Atlanta ne le cède à personne dans ce domaine. Selon la revue « Fortune », elle s'est classée au premier rang des villes américaines, dans les années 1990, en matière de création d'emplois. Plus de sept cents des mille plus grosses sociétés américaines recensées par Fortune ont des activités dans cette ville et vingt-trois d'entre elles y ont leur siège, dont « Coca Cola », « Bell South » et « CNN », le réseau mondial de télévision.
La Chambre de commerce d'Atlanta s'emploie, avec les responsables élus locaux, à rendre le climat des affaires encore plus attrayant pour les sociétés qui désirent s'y établir. Leurs initiatives sont la base d'une campagne de publicité de portée mondiale visant un développement économique de la ville sur cinq ans baptisée « Forward Atlanta ».
La croissance a principalement pour cadre la banlieue, mais la ville elle-même profite de cet essor. Selon un article récent de l'« Atlanta Journal-Constitution » intitulé « Central City Comeback » (la revitalisation des quartiers défavorisés ), près de quarante grands travaux sont en cours ou en projet dans les bureaux de promoteurs ou de conseils d'administration de sociétés.
« Atlanta est dans une meilleure situation que la plupart des autres villes », selon M. Art Murphy, de l'Université d'État de Georgie, qui se spécialise dans les problèmes des nouveaux immigrants. « Elle est devenue une ville cosmopolite où le coût de la vie y est abordable, une ville hospitalière aux minorités et aux immigrants, où la qualité de la vie est supérieure », ajoute-t-il.
« Les autorités locales ont depuis longtemps compris que les sociétés souhaitent s'installer dans des villes renommées pour la qualité de la vie et pour leur volonté de promouvoir le progrès économique », déclare de son côté M. Hanna. Des universités de premier ordre, une communauté artistique florissante et la chute de la criminalité - le taux le plus bas enregistré en trente ans - sont tous des facteurs qui attirent les sociétés, ce qui, à son tour, crée un climat propice aux bonnes relations entre les divers groupes ethniques qui vivent ici, poursuit-il.
La baisse de la criminalité est l'un des objectifs de l'administration locale qui, comme celle d'autres villes telles que La Nouvelle-Orléans et New York, s'efforce d'améliorer le professionnalisme et l'équipement de ses forces de police. Parmi les récentes mesures adoptées par le conseil municipal figure une augmentation de deux mille dollars du traitement des fonctionnaires de la police. Les programmes visant la sécurité publique absorbent près de cinquante pour cent du budget général. La majeure partie de ces fonds appuient les activités de la police et des tribunaux, mais une part importante est également affectée à la prévention de la criminalité et aux relations communautaires, y compris les relations avec la nouvelle communauté d'immigrants.
Favoriser le rapprochement
Les organisations non gouvernementales (ONG) participent également à l'amélioration des relations communautaires. « Bridging the Gap » (Favoriser le rapprochement) est l'une de ces ONG qui s'intéresse en particulier aux nouveaux immigrants. « Il faut chercher à atteindre ces groupes avec des programmes qui les aideront à surmonter les problèmes quotidiens que leur pose leur adaptation à une nouvelle société et à une nouvelle ville », dit Gail Hoffman, directrice de cette organisation créée en 1994 et qui reçoit des fonds du gouvernement et de fondations privées.
« Un grand nombre de nouveaux immigrants, par exemple, viennent de pays dans lesquels ils craignaient la police et le gouvernement. C'est pourquoi nous avons entamé un programme d'activités qui les aident à comprendre notre système », dit-elle. Contrairement aux États-Unis, où elle relève de la municipalité et doit répondre de ses actes devant les élus locaux,la police, dans certains des pays dont ils sont originaires, est un organisme national et cela explique la méfiance de nombreux nouveaux immigrants à l'égard des autorités.
| La police d'Atlanta prodigue aux nouveaux immigrants des conseils sur la façon de se protéger des criminels. |
« Bridging the Gap » assure divers services. Elle sensibilise notamment les forces de police à la diversité démographique locale ; elle fournit des interprètes aux nouveaux immigrants qui n'ont pas encore appris l'anglais, organise des cours d'éducation civique, des ateliers destinés à leur apprendre à se protéger des criminels, et offre une assistance judiciaire, notamment pour les questions liées à l'immigration. Ses activités comprennent également l'organisation de réunions entre les différents groupes ethniques de la ville. « Améliorer la compréhension exige des efforts dans les deux sens, dit Mme Hoffman. Les habitants de longue date doivent eux aussi comprendre la culture des nouveaux immigrants et sa valeur. »
Certains des nouveaux immigrants bénéficient en outre des programmes en faveur des groupes désavantagés initialement adoptés pour donner aux Afro-Américains davantage de débouchés. Actuellement, plus de huit cents entreprises d'Atlanta représentant cent douze spécialités différentes appartiennent soit à des membres de minorités soit à des femmes, selon le bureau du maire. Ces mesures s'ajoutent aux programmes de ce genre mis en œuvre par le gouvernement fédéral et celui de l'État. « Nous prenons très au sérieux les droits des minorités d'Atlanta. L'affectation de fonds à cette fin, qui remonte aux années 1970, a été le premier programme de ce genre adopté aux États-Unis », a déclaré un porte-parole du bureau municipal chargé d'assurer le respect des contrats.
Les problèmes engendrés par le progrès
Bien qu'Atlanta soit manifestement une ville qui fonctionne bien et dans laquelle le niveau de vie s'améliore, elle n'est pas dépourvue de problèmes dont certains sont le résultat direct de son succès.
Un gros problème commun à de nombreuses villes américaines est l'exode de la classe moyenne - Noirs aussi bien que Blancs - en direction des banlieues, à la recherche d'une meilleure qualité de vie et de meilleurs services locaux. Du fait du départ des habitants de la classe moyenne, la ville compte un grand nombre de personnes à faible revenu et une petite minorité de gens relativement aisés. Selon « Research Atlanta, Inc. », la ville a un plus faible pourcentage de foyers ayant un revenu annuel de vingt cinq mille à cinquante mille dollars que n'importe quelle autre grande ville des États-Unis, à l'exception de Miami et de La Nouvelle-Orléans.
La pauvreté des quartiers du centre d'Atlanta est un problème qui a préoccupé un grand nombre de maires ces dernières années. Cette pauvreté est concentrée dans la population afro-américaine des quartiers ouest et sud de la ville, mais elle affecte aussi une partie des nouveaux immigrants. Il y a deux ans, le maire actuel, Bill Campbell, qui est afro-américain, a relancé le « Sommet d'Atlanta contre la pauvreté », reprenant une initiative de l'ancien maire de la ville, Maynard Jackson. Mais, en dépit des nombreuses interventions de la municipalité et d'autres organisations, le problème reste intraitable.
Un phénomène qui est susceptible d'aider à le résoudre est la tendance croissante des grosses sociétés établies à Atlanta à supprimer leurs installations de banlieue pour concentrer leurs emplois dans la ville même. Ainsi, « Bell South », géant des communications, qui compte cent bureaux dans la zone métropolitaine d'Atlanta, a récemment annoncé la fermeture de soixante-quinze d'entre eux et le regroupement de ses opérations à l'intérieur de la ville.
« À l'aube du nouveau millénaire, nous devons adopter une approche concertée avantageuse pour tous. Nous devons travailler avec acharnement pour conjuguer nos talents, notre énergie et nos ressources afin de briser le cycle infernal de la pauvreté et d'améliorer la qualité de la vie de tous les habitants d'Atlanta », déclare M. Campbell. Selon ses collaborateurs, le maire a compris qu'il ne suffisait pas de s'attaquer de front aux causes de la pauvreté des habitants du centre des villes, mais qu'il fallait aussi améliorer les services municipaux, en particulier les écoles, pour inciter davantage de banlieusards à revenu moyen à se réinstaller en ville.
Pour la municipalité d'Atlanta comme pour toutes les administrations, gouverner est, à tous les niveaux, un exercice d'équilibre. Il faut répondre aux desiderata d'électeurs ayant des besoins contradictoires aussi bien qu'aux exigences d'intérêts particuliers comme les hommes d'affaires et les milieux syndicaux. Les impôts jouent un rôle clé dans ce domaine. Les administrations locales des États-Unis ont un pouvoir de taxation. Le dilemme d'Atlanta est commun à de nombreuses autres villes américaines : trouver le moyen de fixer les impôts locaux à un niveau à la fois suffisamment élevé pour pouvoir financer les programmes destinés aux gens qui en ont besoin et suffisamment bas pour les autres habitants de la ville, dont beaucoup estiment qu'ils paient déjà trop par rapport à leurs homologues des banlieues.
En plus de la répartition inégale du progrès économique, la région s'attaque à un problème d'infrastructure qui, s'il n'est pas surmonté, risque d'entraver son développement futur. Selon le « Washington Post », les habitants de l'agglomération d'Atlanta passent plus de temps dans leur voiture que n'importe quel autre Américain, y compris les résidents de Los Angeles. Chaque jour, signale ce quotidien, l'habitant de l'agglomération d'Atlanta parcourt en moyenne cinquante-cinq kilomètres entre son domicile et son travail, le long d'autoroutes bondées dont l'encombrement ne fait qu'empirer.
L'une des causes principales du problème, selon certains observateurs, est le manque de coordination entre les dix comtés de la région et la municipalité, qui fait partie du comté de Fulton. La question de l'infrastructure illustre peut-être mieux que toutes les autres le fait que l'administration locale ne peut pas agir isolément, mais doit coordonner soigneusement son action avec les responsables élus des juridictions voisines.
Le partenariat avec les autorités régionales, celles de l'État et le gouvernement fédéral
Dans la région d'Atlanta, la coopération et la coordination entre juridictions incombent principalement à la Commission régionale d'Atlanta (CRA) qui, comme les agences du même type qui l'ont précédée, s'attaque aux programmes de planification de la région depuis 1947, époque à laquelle les dirigeants d'Atlanta créèrent la première agence de planification régionale des États-Unis financée par des deniers publics.
« La CRA fournit un forum en vertu duquel les responsables élus et nommés de ces gouvernements locaux se réunissent avec les autres dirigeants de la communauté pour affronter leurs problèmes communs et exploiter les possibilités mutuelles. Avec la contribution de la communauté, la commission élabore la politique et résout les questions ayant une influence sur l'ensemble de la région », déclare le président de la CRA, M. Wayne Hill. La situation dans laquelle se trouvent les nouveaux immigrants est l'une de ces questions, étant donné qu'ils vivent et travaillent dans la région, et pas seulement en ville. Le Comté de DeKalb, situe à l'est d'Atlanta, est particulièrement populaire auprès des nouveaux immigrants.
En plus de jouer un rôle central au sein de la CRA, la municipalité entretient des relations avec les autorités de l'État et le gouvernement fédéral, en particulier pour bénéficier des programmes et subventions qu'ils offrent et dont pourraient profiter les habitants d'Atlanta. Ainsi, la municipalité a fait pression sur le gouvernement fédéral pour être désignée comme « Empowerment Zone » (sorte de Zone d'aménagement concerté). Elle a été l'une des six villes des États-Unis ainsi désignées, ce qui lui a valu deux cent cinquante millions de dollars de subventions et d'incitations fiscales. De nouveaux logements sont construits et des emplois créés, principalement dans les quartiers pauvres de la ville.
Atlanta a également reçu une subvention fédérale de près de treize millions de dollars pour ses programmes de prévention de la criminalité à l'échelle des quartiers (police de proximité). Pour obtenir une telle aide, une municipalité est généralement tenue de répondre à des normes prescrites et de se soumettre à des vérifications des comptes de façon à garantir que les fonds sont bien utilisés aux fins prévues.
En janvier dernier, dans son discours annuel sur l'état de la ville, le maire d'Atlanta a mis un accent particulier sur la collaboration de la municipalité non seulement avec les autres niveaux de gouvernement, mais aussi avec les ONG. « Atlanta s'efforce de forger des partenariats groupant tous les membres de la communauté, le conseil municipal, les fonctionnaires de la ville, le secteur privé, les enseignants, les syndicats, le clergé, les organisations sans but lucratif, les quartiers, les dirigeants régionaux ainsi que les agences de l'État et du gouvernement fédéral qui ont une influence sur le plan local », a-t-il expliqué.
L'un de ces partenariats est le « Conseil consultatif d'Atlanta sur la technologie et les communications », groupe de formation récente qui réunit des experts des milieux d'affaires, universitaires et techniques. Son objectif : rendre les pouvoirs publics locaux plus ingénieux, en particulier pour la fourniture de services et pour assurer à tous les habitants d'Atlanta, y compris les élèves de l'enseignement public, accès à la technologie. « En dehors de l'action du mouvement en faveur des droits civiques, il n'existe pas de changement plus fondamental, au sein de la société, que celui que peut opérer et qu'opérera la technologie, soutient M. Campbell. Il pourrait bien s'agir du plus grand instrument d'égalité que nous ayons jamais connu. »
Des médias locaux dynamiques
À Atlanta comme dans la plupart des villes, les médias les plus importants sont les stations locales des quatre grandes chaînes nationales de télévision commerciale qui couvrent en détail les nouvelles de la région. Le principal journal de la ville et de la Géorgie est l'« Atlanta Journal-Constitution » (qui a deux éditions quotidiennes en semaine). C'est une publication progressiste qui tire à un million et demi d'exemplaires et qui a depuis longtemps la réputation de s'intéresser aux communautés minoritaires et de promouvoir l'unité au sein de la population.
Les élus locaux d'Atlanta, comme leurs homologues nationaux, ont l'habitude de se plaindre des médias, mais une presse libre vigilante et dynamique aide à porter les problèmes à l'attention du public et des politiciens et à les amener à s'entendre pour passer à l'action.
Il arrive cependant aux responsables élus locaux d'admettre que la couverture des problèmes par les médias peut être une bonne chose. Les articles consacrés par la presse à l'encombrement des autoroutes, par exemple, ont eu au moins un résultat positif. Selon les responsables municipaux, les banlieusards de la classe moyenne, fatigués de passer tant de temps à faire la navette entre leur domicile et leur travail, commencent à se réinstaller en ville où l'encombrement n'est pas aussi prononcé, en partie grâce à MARTA (Metro Atlanta Rapid Transit Authority), le réseau de transports en commun de la ville.
De l'avis de Don Melvin, journaliste de l'Atlanta Journal-Constitution, il faut que les responsables locaux prêtent attention aux médias en raison de l'influence qu'ils exercent sur le public. Ils couvrent n'importe quel sujet et présentent des points de vue opposés de même que les scandales et abus éventuels. « Notre rôle est essentiellement celui d'un groupe de vigilance », déclare-t-il.
Ce journaliste, qui a écrit plusieurs articles présentant un intérêt particulier pour les nouveaux immigrants, notamment un article sur le Nigeria qui a paru en première page, précise que l'Atlanta Journal-Constitution consacre de nombreux articles aux nouveaux venus. « Nous nous efforçons, peut-être plus qu'aucun autre journal, de peindre le nouveau portrait de la ville », affirme-t-il.
Plusieurs journaux locaux visent aussi les nouveaux immigrants. C'est le cas de « Mundo Hispanico » et de « Neyia », qui publient en espagnol les nouvelles locales susceptibles de les intéresser ainsi que les nouvelles internationales en provenance de leur pays d'origine. Plusieurs stations de radio s'adressent aussi aux nouveaux venus.
Exploiter la diversité
Atlanta illustre la façon dont une ville moderne peut exploiter avec succès sa diversité. Des médias locaux progressistes et dynamiques sont manifestement l'un des éléments de ce succès, mais le facteur clé est la volonté de la municipalité, des autorités des juridictions voisines, des milieux d'affaires et d'autres groupes, en particulier des ONG, d'encourager la croissance économique, l'amélioration de la qualité de la vie, un degré élevé de sécurité et une attitude accueillante à l'égard des nouveaux venus.
Le plus gros problème de la ville, l'existence d'une classe urbaine défavorisée qui ne jouit pas suffisamment des fruits du succès économique de la région, n'est manifestement pas particulier à Atlanta. Les moyens à mettre en œuvre pour le résoudre font l'objet de nombreuses discussions, ici comme partout ailleurs aux États-Unis.
Si vous parlez de tout cela aux nouveaux immigrants d'Atlanta, il est probable que rares seront ceux d'entre eux qui exprimeront un point de vue précis sur la question. « Je ne m'intéresse guère à toutes ces questions, en partie parce que les affaires marchent bien et que je suis très occupée », déclare Irina Levotov, qui est originaire de Russie et qui gère une affaire immobilière dont les principaux clients sont des Russes. « Je me plais ici, dit-elle. C'est un endroit merveilleux où les gens vivent en bonne intelligence. »
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