La révision judiciaire
Le pouvoir judiciaire des États-Unis exerce une fonction particulière qui n'est pas mentionnée dans la Constitution : il s'agit de la révision judiciaire. Il n'empêche que celle-ci est considérée comme un droit légitime sur la base duquel un tribunal peut « déclarer invalide, et donc annuler, tout texte de loi et toute mesure émanant de l'exécutif jugés contraires » à la Constitution ou à l'interprétation qui en est faite.
Le concept de la révision judiciaire a son origine dans l'une des premières affaires jugées par la Cour suprême, et l'une des plus célèbres aussi : il s'agit de l'affaire Marbury v. Madison (1803). William Marbury avait été nommé juge de paix par un président sortant, en l'occurrence John Adams. Or cette charge ne lui avait jamais été confiée à cause des querelles qui opposaient Adams au nouveau président élu, à savoir Thomas Jefferson. William Marbury saisit donc la Cour suprême en vue d'obtenir d'elle une injonction pour que soit accompli l'acte attendu de fonction publique, indépendamment des dissentiments d'opinions qui pourraient exister entre les divers hauts fonctionnaires concernés.
Dans un arrêt rendu à l'unanimité, le président de la Cour suprême, John Marshall, jeta les fondements du mandat de la plus haute instance juridique du pays lorsqu'il déclara qu'il incombait au pouvoir judiciaire de « dire ce qu'est la loi : telle est l'essence même de l'autorité judiciaire ». Le Judiciary Act de 1789 autorisait déjà la Cour suprême à adresser des injonctions à un fonctionnaire pour que soit accompli un acte de fonction publique, mais jusqu'à ce jour les juges considéraient de telles mesures comme contraires à l'esprit de la Constitution.
L'affaire Marbury v. Madison établit ainsi une fonction importante non seulement de la Cour suprême, mais aussi de tous les tribunaux fédéraux. Elle ne reconnaissait pas aux juges le droit d'amender les lois ou la Constitution - elle disposait simplement qu'ils pouvaient les interpréter - mais la prémisse de la révision judiciaire donna un pouvoir considérablement renforcé à la Cour suprême aussi bien qu'à l'ensemble de l'appareil judiciaire des États-Unis.