L'adaptation du gouvernement des États
et des collectivités locales face au changement : expériences contemporaines dans les laboratoires de la démocratie

Ellis Katz

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Photo: Ellis Katz

Aux États-Unis, le terme de « gouvernement » s'applique non seulement au gouvernement fédéral qui siège à Washington, mais aussi à celui des 50 États qui forment le pays et à celui des 30.000 villes et communes (sans parler de celui des 3.043 comtés et des 50.000 circonscriptions spéciales, notamment scolaires, ou presque du pays). Devant ce nombre si élevé de gouvernements (plus de 87.000 au total), on ne s'étonnera pas qu'il faille les caractériser davantage en fonction de leurs différences que de leurs similarités.

La taille des États est loin d'être uniforme. La Californie compte près de 35 millions d'habitants et son produit intérieur brut se chiffre à 1.330 milliards. En 2001, la Californie est devenue la cinquième économie mondiale sur le plan de la taille, devançant ainsi la France. Le Dakota du Nord, par contre, regroupe moins de 650.000 habitants et son produit intérieur brut est inférieur à 20 milliards de dollars. Certains États connaissent une croissance démographique rapide. Entre 1990 et 2000, la population de l'Arizona, du Colorado, de la Géorgie, de l'Idaho, du Nevada et de l'Utah a progressé de plus de 25 %. Par contre, celle du Connecticut, du Maine, du Dakota du Nord, de l'Ohio, de la Pennsylvanie, du Rhode Island et de la Virginie occidentale a diminué de 5 % au cours de la même période.

De même, il existe de fortes variations entre les villes et autres collectivités locales des États-Unis. En 2000, on dénombrait neuf villes de plus d'un million d'habitants, la plus peuplée étant New York avec ses 8 millions d'habitants. Certaines villes enregistrent une croissance rapide, comme par exemple Austin (Texas), qui a affiché une croissance de 41 % entre 1990 et 2000, alors que d'autres grandes villes, telles que Baltimore (Maryland) et Détroit (Michigan), ont vu leur nombre d'habitants fléchir au cours de la même période.

La seule constante parmi les gouvernements locaux et des États, c'est leur modernisation politique, administrative et budgétaire tandis qu'ils s'efforcent de s'adapter aux défis du XXIe siècle.

La modernisation des gouvernements locaux et des États

La modernisation constitutionnelle. Aux termes de la Constitution des États-Unis, chaque État du pays a le droit de rédiger sa propre charte pour déterminer la forme de son gouvernement. Ces dernières années, les États ont usé de cette autorité constitutionnelle pour moderniser leurs institutions législatives, exécutives et judiciaires.

Pendant la première moitié du XXe siècle, la législature des États siégeait un an sur deux seulement et pendant un nombre limité de jours. Les législateurs gagnaient mal leur vie, et leur personnel administratif - quand ils en bénéficiaient - était réduit. Depuis les années 1960, toutefois, un grand nombre d'États ont pris la décision de tenir des sessions législatives annuelles, d'accroître le salaire des législateurs, de mettre à leur disposition un personnel de soutien plus étoffé et de simplifier la procédure législative.

Deux changements, adoptés sous l'effet de la pression populaire, s'avèrent particulièrement notables. En premier lieu, beaucoup d'États ont adopté un système qui permet aux électeurs de soumettre une question précise au vote de leurs concitoyens : il leur suffit pour cela de recueillir un nombre suffisant de signatures pour une pétition, et la question à trancher est inscrite au scrutin lors de l'élection suivante. Au moins 21 États possèdent une forme quelconque de législation directe, et un grand nombre de lois importantes sont adoptées par ce biais. En second lieu, 17 États limitent rigoureusement la durée du mandat de leurs législateurs, laquelle est en général de huit ans. À une exception près, cette limitation a été adoptée à la suite d'une question inscrite directement au scrutin.

En outre, les États ont invoqué leur autorité constitutionnelle pour moderniser et renforcer les attributions de leur plus haut responsable, le gouverneur. Les premières constitutions trahissaient la méfiance de leurs auteurs vis-à-vis du pouvoir exécutif, et les pouvoirs dévolus aux gouverneurs étaient très faibles. À partir de 1965, environ, la plupart des États se mirent à renforcer les fonctions de leur chef de l'exécutif de façon à lui permettre d'assumer un rôle prépondérant au niveau tant public que législatif. Les gouverneurs virent leur mandat fixé à quatre ans, leur pouvoir de veto renforcé, leur capacité de nommer des fonctionnaires accrue et leur maîtrise du budget consolidée.

En vertu de leur nouvelle autorité constitutionnelle, les gouverneurs arrêtent aujourd'hui les grandes orientations de l'action des pouvoirs publics et ils prennent l'initiative de formuler toutes sortes de nouveaux programmes, par exemple dans le domaine de l'éducation, de l'aide sociale, du développement économique, de la justice criminelle et même du commerce extérieur. Lorsqu'il était gouverneur du Texas, par exemple, M. George W. Bush fit de l'éducation une haute priorité ; il plaida avec succès en faveur de l'augmentation du salaire des enseignants pour attirer du personnel hautement qualifié et en faveur de l'adoption d'un nouveau programme d'enseignement de la lecture qui déboucha sur le relèvement considérable du taux de réussite aux examens. Trois anciens gouverneurs, à savoir MM. Lamar Alexander (Tennessee), Wallace Wilkinson (Kentucky) et James Hunt (Caroline du Nord), jouèrent eux aussi un rôle de fer de lance en faveur de la réforme de l'enseignement dans leurs États respectifs. Pour sa part, l'ancien gouverneur du Wisconsin, Tommy Thompson, fit de la réforme de l'aide sociale son cheval de bataille. La loi fédérale adoptée en 1988 sur l'aide aux familles (Family Support Act) procède dans une grande mesure de l'expérience acquise par le Wisconsin en la matière.

Par ailleurs, les États ont modernisé leur appareil judiciaire. Auparavant, le dispositif de leurs tribunaux était un salmigondis de cours locales créées et financées par les gouvernements locaux. Les cours d'appel à l'échelon intermédiaire faisaient défaut dans quantité d'États si bien que, dans ces juridictions, la cour suprême croulait sous le poids des pourvois en cassation. Au cours des années 1970 et 1980, de nombreux États commencèrent à simplifier la structure de leur appareil judiciaire, à formuler des systèmes de gestion des dossiers du personnel, à étoffer son enveloppe budgétaire, à créer des bureaux administratifs pour les tribunaux qui relevaient de leur cour suprême et à centraliser l'élaboration des règles à ce niveau. La cour suprême des États se vit conférer davantage de latitude pour choisir les affaires dont elle allait se saisir, ce qui lui permit de s'attacher exclusivement aux cas les plus importants qui lui étaient soumis conformément à la constitution ou aux lois des États. Dans beaucoup d'États, la plus haute instance judiciaire s'est fait résolument le champion des droits et des libertés de la personne, allant souvent jusqu'à statuer que la constitution de son État accordait à ces droits un plus haut degré de protection que ne le fait la Constitution des États-Unis.

Les gouvernements locaux ont, eux aussi, fait l'objet de mesures de modernisation et de réforme. Sur le plan juridique, leur création et leurs pouvoirs relèvent des États, et les gouvernements locaux ne peuvent exercer que les pouvoirs qui leur sont clairement dévolus par la législature. Toutefois, environ la moitié des États se sont dotés de dispositions particulières qui confèrent une certaine autonomie aux collectivités locales. À ce titre, les gouvernements locaux sont autorisés à exercer tous les pouvoirs qui ne leur sont pas spécifiquement interdits. Cette formule donne aux grandes villes davantage de souplesse pour relever les défis du monde actuel. En outre, quantité de petites villes embauchent des gestionnaires professionnels qui ont pour mission d'assurer le fonctionnement des services publics au jour le jour, sans aucune considération politique.

Vers la fin des années 1990, la plupart des gouvernements locaux et des États jouissaient de la capacité nécessaire, au moins au plan institutionnel, pour faire face aux défis du XXIe siècle. L'efficacité de leur action allait cependant dépendre de la modernisation de leurs atouts politiques et budgétaires censée accompagner leur modernisation constitutionnelle.

La modernisation politique. Avant 1962, un grand nombre de législatures étaient dominées par les intérêts ruraux et les gros pontes de la région, blancs et de sexe masculin, qui se serraient les coudes à toute occasion. Ce phénomène tenait au fait que les circonscriptions législatives étaient découpées de manière à favoriser les milieux ruraux tout en assurant la sous-représentation des habitants des villes et des banlieues. En 1962, la Cour suprême fédérale statua que ce genre de déséquilibre portait atteinte au principe de l'égale protection des lois garantie par le 14e amendement à la Constitution des États-Unis et que toutes les circonscriptions législatives étaient subordonnées au principe de l'égalité de la population, incarné dans la devise « une personne, une voix ».

L'application de l'arrêt de la Cour suprême fédérale entraîna un changement fondamental dans la politique des États. Les électeurs des villes et des banlieues devinrent mieux représentés dans les corps législatifs des États, et ces derniers furent bien obligés de s'attaquer aux problèmes des résidents des zones urbaines. Par ailleurs, le redécoupage des circonscriptions entraîna l'apparition d'une nouvelle génération de militants politiques actifs dans les affaires de leurs États respectifs. Les législateurs étaient plus jeunes et mieux instruits, et la proportion de femmes, d'Afro-Américains et de Latino-Américains progressa considérablement. En 2000, sur les 7.424 membres des 50 législatures des États du pays, on comptait près de 1.500 femmes, 520 Afro-Américains et 150 Latino-Américains.

Le deuxième changement politique important qui est survenu depuis les années 1960 concerne l'intensification de la concurrence que se livrent le parti démocrate et le parti républicain dans presque tous les États. Pendant près d'un siècle, plus ou moins entre 1860 et 1960, chacun de ces partis jouissait d'une base politique régionale : le fief des démocrates se trouvait dans le sud, celui des républicains en Nouvelle-Angleterre et dans le Midwest. Les États de ces régions étaient alors tellement dominés par leurs partis respectifs qu'ils formaient, en fait, des États à parti unique, et le parti d'opposition n'avait guère de chances de l'emporter aux élections. Or la nouvelle répartition des sièges attisa la concurrence entre les partis à tel point que, en l'an 2000, la victoire électorale pouvait presque aussi bien sourire à l'un comme à l'autre. Les résultats serrés enregistrés en Floride lors de la dernière élection présidentielle illustrent bien cette tendance.

Mais l'accroissement de la compétition entre les partis ne procède pas exclusivement du redécoupage des circonscriptions des États. La loi fédérale de 1965 sur le droit de vote (Voting Rights Act) eut pour effet d'accroître la participation des Afro-Américains et des Latino-Américains aux élections, ce qui eut pour conséquence directe d'augmenter les chances de réussite des candidats issus de groupes minoritaires. En 1992, par exemple, 4.557 Afro-Américains et 1.908 Latino-Américains siégeaient à titre d'élus dans des conseils municipaux et des bureaux à l'échelon des comtés répartis sur l'ensemble du territoire. De même, les femmes se trouvèrent plus largement représentées dans les postes électifs au niveau local. En 1975, 35 femmes seulement étaient maires de grandes villes ; en 1995, ce chiffre était passé à 178.

L'intensification de la concurrence entre les deux grands partis explique l'apparition des nouvelles questions qui tiennent aujourd'hui le devant de la scène, dans la mesure où les partis politiques sont bien obligés de courtiser les électeurs indépendants. La protection de l'environnement, l'honnêteté et la transparence dans la gestion des affaires publiques n'étaient pas des dossiers qu'on abordait - ou alors rarement - du temps du système à parti unique en vigueur avant les années 1960.

Dans les grandes villes aussi, la politique a fait peau neuve. Traditionnellement, c'étaient les « patrons » et leurs machines politiques qui tiraient les ficelles de la politique locale en distribuant des emplois et des contrats de passation de marchés publics à ceux qui s'engageaient à les soutenir. Peu à peu, les « patrons » cédèrent du terrain aux réformateurs qui partirent en guerre contre la corruption politique jusqu'au jour où les vieilles machines politiques d'antan furent remplacées par un dispositif au-dessus des clivages politiques et par le service public. Les dernières grandes machines politiques, situées à Chicago, (Illinois), et à Albany, (New York), se désintégrèrent après la mort de leur figure de proue - celle de Richard Daley, maire de Chicago, en 1976, et celle d'Erastus Corning, maire d'Albany, en 1983.

La modernisation budgétaire. Au XIXe et au début du XXe siècles, les gouvernements locaux et des États tiraient l'essentiel de leur revenu de l'impôt foncier. Face aux électeurs qui réclamaient sans cesse davantage de services publics, la plupart des États adoptèrent des taxes sur les ventes et l'impôt sur le revenu, à caractère plus général. Vers les années 1990, ces nouveaux impôts représentaient plus de 70 % du revenu des États. Ce type de perception présente l'intérêt d'augmenter systématiquement avec la croissance économique. Plus l'économie se développe, plus le revenu personnel et les ventes augmentent et plus les États voient leurs recettes fiscales augmenter. Le revers de la médaille, c'est que beaucoup d'États se retrouvent en situation déficitaire quand la conjecture n'est pas favorable, comme on l'a vu au début des années 2000. Ainsi la Californie doit-elle faire face à un déficit budgétaire de 35 milliards de dollars en 2003. Elle n'est pas le seul État à se retrouver en fâcheuse posture : 47 des 50 États du pays prévoient d'être dans le rouge cette année.

Les gouvernements locaux demeurent, eux aussi, fortement tributaires de l'impôt foncier, lequel assure environ les trois quarts de leur revenu. Leur capacité budgétaire se ressent des limitations imposées à l'impôt foncier, souvent en vertu d'amendements constitutionnels adoptés dans les années 1980 et 1990 à la demande des électeurs. Trois options se présentent alors aux gouvernements locaux. Premièrement, tant que leurs recettes augmentent, les États sont en mesure d'accroître leurs contributions aux collectivités locales. Deuxièmement, plusieurs États ont autorisé ces dernières à percevoir des impôts supplémentaires. La Pennsylvanie, par exemple, a donné à la ville de Philadelphie le droit d'imposer une taxe de 1 % sur les ventes ainsi qu'une taxe, certes minime, sur les salaires. Troisièmement, et c'est de loin la méthode la plus courante, les gouvernements cherchent à innover et à réduire les coûts en matière de prestation de services. Au nom du principe de « réinvention du gouvernement », un bon nombre de services locaux ont été privatisés et de nouvelles conventions collectives négociées, tandis que les droits dont doivent s'acquitter les bénéficiaires de services publics ont été relevés pour mieux refléter les coûts réels des prestations.

L'adoption de régimes fiscaux à vaste base par les États et les difficultés budgétaires des gouvernements locaux ont affecté la prestation des services publics aux États-Unis. En Californie, par exemple, quand l'impôt foncier a été révisé à la baisse conformément au souhait exprimé par les électeurs qui avaient réussi à soumettre cette question au vote populaire, et que le soutien de l'enseignement public dans les collectivités locales s'en est trouvé compromis, cet État a augmenté sa participation au budget des écoles. Ainsi, en l'espace de quelques années seulement, le financement de l'enseignement public a été assuré à 70 % par l'administration de l'État et à 30 % par celle des collectivités locales, soit les proportions inverses à ce qu'elles étaient antérieurement. Ce sont les pressions budgétaires locales qui ont forcé les gouvernements locaux à innover. Lorsqu'Edward Rendell a été élu maire de Philadelphie, la ville accusait un déficit budgétaire de 250 millions de dollars. Conscient de la nécessité de faire des économies, M. Rendell sollicita les conseils de cadres du secteur privé, et en l'espace de deux ans le budget était de nouveau équilibré, en partie grâce aux recommandations de ces derniers. La ville de Boston, dans le Massachusetts, connut un succès du même genre quand elle calqua ses pratiques de fonctionnement sur celles du secteur privé.

Les innovations des gouvernements locaux et des États sur le plan de l'action des pouvoirs publics

Enseignement. L'enseignement public est un domaine dans lequel se dessine clairement le rôle accru des États. En moyenne, les États consacrent près de 30 % de leur budget à l'enseignement, qui est souvent le poste le plus important. À mesure qu'ils augmentèrent leurs crédits, ils commencèrent à intervenir davantage dans ce domaine et à imposer des normes aux districts scolaires locaux. De nos jours, la plupart d'entre eux obligent les écoles, collèges et lycées à faire passer régulièrement des tests d'évaluation des connaissances à leurs élèves. Quand les résultats sont inférieurs au seuil fixé dans tel ou tel État, ce dernier exige dans un premier temps la mise en place de programmes de rattrapage et, si ceux-ci n'aboutissent pas, il peut carrément assumer la direction d'un district scolaire sous-performant. Beaucoup d'États exigent en outre que les enseignants soient titulaires d'un certificat d'aptitude professionnelle. Traditionnellement, il suffisait aux futurs enseignants de suivre à l'université un certain cursus sanctionné par l'État pour être reconnus aptes à exercer leur métier. Mais face à l'opinion publique qui se plaignait, à tort ou à raison, de l'incompétence d'un grand nombre d'enseignants, beaucoup d'États subordonnent aujourd'hui la délivrance du certificat d'aptitude professionnelle à la réussite à un examen (qui s'ajoute au diplôme universitaire). Plusieurs États vont jusqu'à exiger que les enseignants suivent régulièrement des cours de formation sur le tas et d'éducation continue pour que leur certificat d'aptitude conserve sa validité.

La place accordée aux examens n'est pas la seule innovation qui ait été tentée pour relever le niveau de l'enseignement. Un grand nombre d'États essaient, à petite échelle, de privatiser la prestation des services scolaires. Plusieurs, par exemple, proposent aux familles des bons de scolarité ou des allégements fiscaux pour leur permettre d'inscrire leurs enfants dans des établissements privés. Ainsi, le gouvernement de la Pennsylvanie a confié à des organismes privés la gestion de quelques établissements scolaires publics de Philadelphie. Une autre formule consiste à autoriser la création « d'écoles à charte », établissements gérés par des groupes de parents et d'autres intervenants dans le cadre du système de l'école publique. Les résultats de ces expériences tentées en matière de privatisation n'ont toutefois pas encore été complètement évalués.

Mais l'innovation des États sur le terrain de l'enseignement revêt d'autres aspects aussi, au niveau de la gouvernance, par exemple. Ainsi le Kentucky exige-t-il que tout établissement scolaire comporte un conseil composé de parents d'élèves et d'enseignants. Ces conseils jouissent d'un pouvoir de contrôle important en matière de décisions budgétaires et d'arrêt des programmes scolaires. D'autres réformes visent à relever le niveau de l'enseignement dans certaines disciplines. Dans le souci d'améliorer l'enseignement des sciences, par exemple, la Caroline du Nord donne aux lycéens les plus doués la possibilité de suivre des cours à l'université. Pour que l'école ne soit pas coupée du monde du travail, le New Jersey autorise des retraités issus des forces armées, des entreprises ou du secteur public à enseigner dans les établissements publics sans avoir à se soumettre à la procédure habituelle d'obtention d'un certificat. Plusieurs États ont par ailleurs adopté le principe de la récompense au mérite, selon lequel les augmentations de salaire des enseignants sont fonction des résultats qu'ils obtiennent et non de leur ancienneté.

Le sentiment que l'enseignement est en crise a poussé de nombreuses collectivités à créer des partenariats entre le secteur public et le privé. Dans bien des cas, ces partenariats associent entreprises et écoles d'un même quartier. À Birmingham (Alabama), par exemple, le cabinet d'avocats Bradley Arant a tissé des liens spéciaux avec l'école primaire Powell : il se charge non seulement de jouer un rôle de tutorat auprès des élèves en difficulté, mais aussi de contribuer à l'achat des fournitures et du matériel scolaire, et il laisse les enseignants utiliser ses photocopieuses. À Erie (Pennsylvanie), la compagnie d'assurances Erie Insurance Group a établi une relation privilégiée avec l'école primaire Pfeiffer-Burliegh : elle propose aux écoliers un service de tutorat individuel et des sorties scolaires éducatives, et elle a acheté des livres et des ordinateurs pour la bibliothèque de l'école. De même, on pourrait citer le cas du « jumelage » entre la société d'ameublement Lippman's Furniture and Interiors et le lycée Woodruff de Peoria (Illinois), ou entre la compagnie du gaz AmerenCILCO et des établissements scolaires de deux villes de cet État, à savoir Springfield et Peoria.

Les grandes entreprises du pays, et même les sociétés internationales, sont invitées à « adopter » des établissements scolaires. La grande société de télécommunications Verizon Communications a ainsi adopté plus d'une centaine d'écoles du Maryland, du Massachusetts, du New Jersey, du New York, de Pennsylvanie, de Virginie et de la ville de Washington. La société de produits chimiques Rohm and Haas en a fait de même en Californie, en Pennsylvanie et au Texas. Selon une estimation, les entreprises américaines consacreraient plus de 225 millions de dollars aux quelque 140.000 programmes de cette nature en vigueur dans l'ensemble des États-Unis.

Les services. Dans la même logique, les gouvernements locaux ont su faire preuve d'innovations considérables en ce qui concerne la prestation des services. Ce sont les villes et autres entités locales qui assurent les services auxquels s'attendent aujourd'hui les Américains, qu'il s'agisse de la protection offerte par la police et les pompiers, du ramassage des ordures ménagères, de l'approvisionnement en eau, de la prestation des soins de santé ou de l'aide sociale. Aux États-Unis, environ six agents publics sur dix sont employés par un gouvernement local, et ils interviennent en général directement dans la prestation des services aux administrés.

Toutes les innovations susmentionnées eurent pour point de départ les difficultés budgétaires remontant aux années 1980, et l'ouvrage Reinventing Government, sous la plume de David Osborne et de Ted Gaebler, leur donna ultérieurement un nouveau souffle. À travers le pays, les gouvernements locaux commencèrent à ré-examiner leurs relations avec leurs administrés et à considérer les consommateurs de services publics comme des « clients ». On les vit devenir plus entreprenants, plus motivés par leur mission, plus orientés sur les résultats, plus centrés sur les besoins des bénéficiaires de services et, en général, davantage capables « de faire plus avec moins ». Dans de nombreuses villes, les grandes bureaucraties publiques cédèrent progressivement du terrain à la privatisation et au recours à des sous-traitants.

Dernières observations

La modernisation administrative, politique et budgétaire qui est aujourd'hui l'élément distinctif des gouvernements locaux et des États a eu pour conséquence de modifier non seulement la façon dont les services sont dispensés, mais aussi le mode de fonctionnement lui-même des organismes publics. Ceux-ci sont aujourd'hui beaucoup plus représentatifs des communautés qu'ils desservent, plus transparents dans leurs délibérations, plus sensibles aux besoins de leurs administrés et plus accessibles aux simples citoyens.

Par exemple, la plupart des gouvernements locaux et des États ont promulgué des lois, dites « sunshine laws », en vertu desquelles les responsables du secteur public sont tenus d'ouvrir leurs réunions à la presse et au public. En outre, beaucoup de gouvernements se sont dotés de textes législatifs, dits « sunset laws », selon lesquels le renouvellement des lois ou règlements qui arrivent à expiration doit être précédé de réunions publiques. La plupart des États ont adopté des lois qui réglementent le financement des campagnes électorales et qui obligent les candidats à déclarer le montant et l'origine des contributions qu'ils reçoivent. Dans certains États, ces informations sont accessibles par voie électronique et elles peuvent être consultées par la presse comme par les simples citoyens.

De nos jours, en outre, les gouvernements locaux et des États communiquent avec leurs administrés en temps réel. Dans de nombreux États, par exemple, on peut renouveler l'immatriculation de véhicules et les permis de conduire via Internet en s'acquittant des droits à l'aide d'une carte bancaire. En règle générale, les administrés peuvent obtenir toutes sortes de renseignements par voie électronique sur les agences publiques des gouvernements locaux et des États et sur leur mode de fonctionnement. La plupart d'entre elles proposent le téléchargement de divers formulaires. L'Arizona va encore plus loin en permettant aux électeurs de voter de chez eux par ordinateur dans le cadre des élections primaires. Le « gouvernement électronique », comme on l'appelle aujourd'hui, fait tout juste ses premiers pas, et ce sont les États et leurs collectivités qui donnent le ton.

Dans l'affaire New State Ice Company v. Liebmann (1932), Louis Brandeis, juge de la Cour suprême des États-Unis, fit le commentaire suivant : « C'est l'un des heureux accidents du système fédéral qu'un État courageux puisse à lui seul servir de laboratoire, si ses administrés le veulent bien, et tenter des expériences sociales et économiques novatrices sans faire courir de risques à l'ensemble de la société. » Valide en 1932, l'observation du juge l'est encore aujourd'hui. Les gouvernements locaux et des États s'avèrent capables de relever les défis et de s'adapter aux changements de manière souple, novatrice et efficace.

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Ellis Katz est professeur émérite de sciences politiques à l'université Temple et membre du Centre d'étude du fédéralisme qui s'insère dans le centre Robert et Helen Meyner d'étude des gouvernements locaux et des États au Lafayette College.

Les opinions exprimées dans le présent article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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