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Les enjeux de l'adhésion de la Chine à l'OMC
James Zumwalt, conseiller économique de l'ambassade
des États-Unis à Pékin
Le conseiller économique de l'ambassade des États-Unis à Pékin,
M. James Zumwalt, se félicite de l'adhésion de la Chine à l'OMC, tant pour la Chine elle-
même que pour le système économique mondial.
L'admission de la Chine au sein de l'OMC devrait aider ce pays à soutenir son
expansion économique tandis qu'il poursuit son programme de réformes structurelles,
indique-t-il. Les autres pays asiatiques doivent s'attendre à une concurrence plus soutenue
de sa part, mais, en contrepartie, ils peuvent espérer voir leurs exportations progresser.
Selon toute probabilité, poursuit M. Zumwalt, les litiges commerciaux entre les
États-Unis et la Chine vont augmenter, car Pékin aura des difficultés à s'acquitter de ses
obligations, mais les deux pays auront accès à la procédure de règlement des différends
prévue par l'OMC.
Le conseiller économique rappelle cependant que divers pays, dont les États-
Unis, s'emploient actuellement à atténuer les litiges d'ordre commercial au moyen de
l'octroi d'une assistance technique, notamment en matière de
formation.
Le 11 décembre 2001, la Chine est devenue l'une des dernières grandes
puissances commerciales à adhérer à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le
message transmis au monde est clair : la Chine est prête à assumer pleinement son
rôle de partenaire dans l'économie mondiale. Elle retirera des avantages considérables de
son admission à l'OMC : expansion commerciale, stimulation des réformes
économiques, accroissement des investissements étrangers et renforcement de l'État de
droit.
En Chine, cette nouvelle donne entraînera assurément des obligations et des
défis considérables pour les dirigeants et le peuple chinois. À l'étranger, elle redéfinira de
manière fondamentale les relations de la Chine avec d'autres pays, en particulier les États-
Unis qui représentent son plus gros marché d'exportation, et les autres pays asiatiques.
Une chose est certaine : les changements nés de l'adhésion de la Chine à
l'OMC dépasseront largement le cadre des aspects commerciaux de ses relations avec
d'autres pays et ils s'accompagneront d'avantages multiples aussi bien que de défis. Reste
à savoir quel est le meilleur moyen de favoriser les premiers et d'atténuer les
seconds : la question continue d'être longuement débattue par les responsables
politiques, les hommes d'affaires et les consommateurs.
Pourquoi la Chine a besoin de l'OMC
Personne n'ignore l'extraordinaire expansion économique que la Chine connaît
depuis vingt ans. Favorisée par un programme robuste de réformes et progressant à un
rythme d'environ 10 % par an, la croissance a créé une multitude d'emplois et de
possibilités d'investissement, et c'est ce qui explique la prospérité du pays. La
transformation de la Chine, qui a délaissé une économie planifiée et repliée sur elle-
même pour devenir un véritable pôle commercial, plus axé sur le marché, s'est fait sentir
sur l'ensemble de l'économie mondiale, et rien n'a échappé à son influence, qu'il s'agisse
de l'ampleur des choix offerts aux consommateurs ou des flux d'investissement.
Pour autant, cette remarquable expansion n'a pas eu que des aspects positifs. En
particulier, elle a mis en relief les faiblesses structurelles du régime économique de la
Chine, surtout dans les secteurs agricole et financier et dans les entreprises publiques. Le
dilemme qui se pose à la Chine demeure inchangé : comment maintenir la
croissance économique et poursuivre les réformes structurelles ? Car si l'une devait
prendre fin, les autres risqueraient fort de trébucher, ce qui déclencherait toutes sortes de
difficultés économiques supplémentaires.
À de nombreux égards, l'adhésion de la Chine à l'OMC constitue le meilleur
moyen d'assurer le maintien de la croissance économique et du mouvement de réforme. À
mesure que l'économie mondiale devient beaucoup plus complexe et interdépendante, la
participation de la Chine, conformément aux règles du commerce international, y revêt
une dimension plus importante que jamais non seulement pour la Chine, mais aussi pour
les États-Unis, l'Asie et le reste du monde. En sa qualité de membre de l'OMC, la Chine
sera en mesure de participer à l'élaboration des règles qui régissent le commerce
international et les investissements.
De même, elle pourra défendre ses intérêts commerciaux en ayant recours à la
procédure de règlement des différends de l'OMC. Les exportateurs chinois auront la
certitude que leurs partenaires commerciaux devront se plier aux règles de cette
institution. Cela signifie, entre autres, que les États membres n'auront pas le droit de
traiter de manière discriminatoire les produits chinois vendus sur leur marché. De
surcroît, la Chine attirera davantage les investisseurs étrangers. Plus le volume des
investissements étrangers augmentera, plus la Chine sera en mesure d'offrir de meilleurs
salaires, d'augmenter ses recettes fiscales et de bénéficier de transferts de technologie.
Les engagements de la Chine vis-à-vis de l'OMC faciliteront le jeu de la
concurrence dans tous les secteurs de l'économie. Les consommateurs chinois en seront
les bénéficiaires directs, dans la mesure où la concurrence favorise la multiplicité des
choix, la baisse des prix et le relèvement de la qualité et que les droits de propriété
intellectuelle et ceux des consommateurs sont mieux compris et davantage respectés. En
outre, la concurrence aura des effets bénéfiques sur l'efficacité et la productivité, avec à la
clé le renforcement progressif de l'économie de la Chine et de la compétitivité des
entreprises chinoises face aux grandes multinationales, sur quelque marché que ce soit.
Par ailleurs, l'élargissement des services (dans les secteurs de l'assurance, de la
finance et de la distribution), consécutivement à la pénétration de sociétés étrangères sur
le marché chinois attendue dans la foulée de l'admission de la Chine à l'OMC, exercera
un effet favorable sur l'économie du pays. Qui plus est, le jeu de la concurrence stimulera
le secteur chinois des services, ce qui augmentera d'autant la gamme des choix offerts aux
entreprises et aux consommateurs.
Chose peut-être plus importante encore, les consommateurs et les entreprises
tireront parti du renforcement de la primauté du droit, conséquence directe de
l'application par la Chine de ses engagements vis-à-vis de l'OMC, en particulier ceux qui
sont destinés à encourager au maximum la transparence et la non-discrimination dans les
échanges.
Les obligations de la Chine découlant de son adhésion à l'OMC
Si la Chine est sur le point de retirer de gros avantages de son adhésion à
l'OMC, elle ne doit pas oublier non plus que cette adhésion à cette institution confère non
seulement des droits, mais aussi des obligations particulières. Il aura fallu quinze années
d'âpres négociations, particulièrement avec les États-Unis et l'Union européenne, pour
que la Chine soit admise. Les engagements qu'elle a pris ont de profondes répercussions.
Pour les comprendre dans le détail, il faudrait se pencher sur les 1.500 pages que
comptent l'accord relatif à son adhésion, le rapport du groupe de travail ainsi que le
calendrier des engagements relatifs aux biens et aux services. Dans un souci de
simplification, je propose le récapitulatif ci-après des principaux engagements de la
Chine :
La réduction des droits de douane
- Les droits de douane applicables aux produits industriels les plus importants
pour les entreprises des États-Unis seront ramenés de 25 à 7 %.
- Les droits de douane applicables aux produits agricoles les plus importants pour les
agriculteurs des États-Unis passeront de 31 à 14 %.
Les engagements relatifs au commerce des services
- L'ouverture substantielle d'une vaste gamme de services, notamment dans des secteurs
importants pour les États-Unis, tels les banques, les assurances, les télécommunications et
les services professionnels.
Les réformes systémiques
- Des réformes de grande ampleur dans le domaine de la transparence et de la
notification, de l'application uniforme des lois et du contrôle judiciaire contribueront à
déjouer les obstacles que rencontrent les sociétés étrangères désireuses de s’implanter en
Chine.
L'adhésion aux accords en vigueur de l'OMC
- La Chine sera assujettie aux obligations des nombreux accords en vigueur de l'OMC qui
couvrent tous les aspects du commerce, tels l'agriculture, les licences d'importation, les
aspects des droits de propriété intellectuelle liés au commerce, les obstacles techniques au
commerce et les mesures d'investissement liées au commerce.
Les dispositions relatives à la libéralisation des échanges propres à la Chine
- Le droit d'importer et d'exporter des marchandises directement sur le marché chinois,
dans un délai de trois ans suivant l'adhésion à l'OMC.
- Le droit de commercialiser tous les produits en Chine dans un délai de trois ans
(exception faite des engrais chimiques, du pétrole brut et raffiné, qui pourront être
distribués par des grossistes cinq ans après l'adhésion ; les engrais chimiques
pourront être mis en vente dans le commerce du détail dans un délai de cinq ans).
- L'approbation des investissements et des importations ne sera plus assujettie à des
conditions relatives aux effets perturbateurs sur le commerce, qu'il s'agisse, par exemple,
des transferts de technologie, de la performance des exportations ou des exigences
relatives à la teneur locale.
- Le droit d'exporter en Chine sans être obligé d'y avoir une représentation.
- La suppression progressive des mesures non tarifaires, tels les contingents et les
licences visant des centaines de produits, toutes ces mesures incompatibles avec les
règles de l'OMC devant être abrogées d'ici au 1er janvier 2005.
- La suppression des monopoles d'État relatifs à l'importation de produits agricoles et
industriels.
- L'obligation faite aux entreprises publiques d'effectuer des achats et des ventes en
fonction de considérations exclusivement commerciales.
- La suppression des subventions à l'exportation des produits agricoles et la suppression
de la substitution des importations et des subventions à l'exportation sur les biens
industriels
.
Les mécanismes de sauvegarde
- Pendant une période de quinze ans, les États-Unis et les autres membres de l'OMC
pourront mesurer le dumping pratiqué par la Chine en continuant d'utiliser une méthode
spécifique aux pays non dotés d'une économie de marché lorsqu'ils invoqueront des
mesures antidumping.
- En vertu d'un mécanisme de sauvegarde spécifique à la Chine, les États-Unis et les
autres membres de l'OMC sont autorisés, pendant une période de douze ans, à freiner
l'accroissement des importations en provenance de la Chine qui auraient un effet
perturbateur sur leur marché.
Le temps et l'énergie qu'il a fallu consentir à la négociation de ces engagements
attestent la détermination de la Chine à s'intégrer pleinement au régime commercial
international, qui repose sur des règles. Toutefois, même après l'âpre combat qui a
débouché sur son admission à l'OMC, la Chine n'est pas au bout de ses peines :
une autre gageure, d'une importance et d'une complexité égales, se présente à elle.
Comme l'indique le récapitulatif ci-dessus, la Chine procède à des changements
considérables de façon à pouvoir s'acquitter des obligations découlant de son adhésion à
l'OMC : restructuration de ses entreprises, publication de lois et règlements
naguère internes, établissement de procédures formelles de règlement des différends et
uniformisation des règles de jeu pour les sociétés étrangères. Elle accepte de diminuer
considérablement ses droits de douane et de supprimer le contingentement des
importations, de démanteler les subventions à l'exportation et d'ouvrir le secteur des
services à la concurrence étrangère. Certains de ces changements entreront
immédiatement en vigueur, tandis que d'autres seront étalés sur plusieurs années.
La Chine et les autres pays asiatiques
L'adhésion de la Chine (conjuguée à celle de Taïwan) à l'OMC modifie de
manière inextricable la composition et le caractère de cette institution commerciale, et
elle aura un effet direct sur les relations de la Chine avec d'autres pays, en particulier des
autres pays asiatiques. Il faut s'y attendre, au vu de son importance démographique (1,3
milliard d'habitants) ainsi que de la nature toujours plus diversifiée et dynamique de son
économie. Traversant une période de récession, de nombreux pays asiatiques comptent
sur l'accroissement de leurs exportations pour donner un coup de fouet à leur économie.
D'un côté, la Chine représente un défi sur le plan de la concurrence, mais, de l'autre, ses
robustes résultats économiques font miroiter bien des avantages.
Entre 1995 et 2001, la part de la Chine dans les exportations mondiales est
passée de 2,9 à 3,9 %, tandis que les exportations de la Thaïlande et de l'Indonésie sont
restées inchangées pendant la même période. Au cours des quatre dernières années, la
Chine a devancé la Malaisie et Singapour dans les exportations de produits électroniques
aux États-Unis.
Par ailleurs, l'adhésion de la Chine à l'OMC pourrait se traduire par le
renforcement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) des pays aux exportations
de haute valeur. D'ici à 2005, selon une étude récente de la banque d'investissements
UBS Warburg, elle permettra à l'économie taïwanaise de
faire un bond équivalent à 1,7 % du PIB enregistré par Taïwan en 2000. On prévoit que
ce pourcentage sera de 1,1 % dans les autres pays asiatiques nouvellement industrialisés,
à mesure que la Chine fera plus largement appel à leurs exportations.
En revanche, les perspectives ne sont pas aussi bonnes pour la plus grande partie
du Sud-Est asiatique. Selon la banque UBS Warburg, les
pays sud-asiatiques auront perdu d'ici à 2005 l'équivalent de 0,1 à 0,2 % de leur PIB de
l'an 2000 Dans le cas de l'Inde, ce pourcentage pourrait atteindre 0,7 %. C'est l'une des
raisons pour lesquelles les États membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-
Est (ANASE) et la Chine sont convenus de tenter de libérer leurs échanges entre eux.
Les relations sino-américaines
Le degré auquel la Chine s'acquittera de ses obligations nées de son admission à
l'OMC aura une influence directe sur l'avenir des relations sino-américaines. Les
dirigeants chinois ont maintes fois affirmé leur détermination de respecter les
engagements pris par leur pays. Il est dans l'intérêt des États-Unis et de la Chine d'éviter
un scénario dans lequel les frictions d'ordre commercial seraient exacerbées parce que la
Chine se révélerait incapable de tenir ses promesses ou peu disposée à le faire.
Cela dit, ces frictions entre les États-Unis et la Chine ne vont pas disparaître
uniquement parce que cette dernière a rejoint les rangs de l'OMC, de même qu'elles n'ont
pas disparu entre les États-Unis et nombre de leurs partenaires commerciaux qui
appartiennent depuis longtemps à cette institution. Je dirais même qu'elles pourraient
s'intensifier, tout au moins au début, le temps que nos relations commerciales prennent
une nouvelle ampleur. La Chine jouit déjà d'une balance commerciale excédentaire vis-à-
vis des États-Unis, et le déséquilibre va croissant. Si les entreprises américaines
constatent que l'ouverture promise du marché chinois ne se matérialise pas aussi vite que
prévu, on peut craindre le ralentissement de la croissance des exportations des États-Unis,
un déséquilibre de la balance commerciale qui soit politiquement insoutenable et
l'intensification des tensions commerciales.
Les États-Unis et les autres membres de l'OMC s'évertuent à éviter un tel
scénario en offrant à la Chine l'assistance dont elle a besoin pour s'acquitter de ses
engagements. Ainsi notre consulat à Shangaï a-t-il prêté son concours à
l'« U.S-China Business Council » en vue de la mise en place
d'un système de vidéoconférences dans le cadre duquel des spécialistes américains du
droit commercial peuvent s'entretenir directement avec de hauts responsables chinois. De
même, notre ambassade à Pékin s'emploie, de concert avec l'université de Pékin et un
établissement de télé-enseignement, à installer un dispositif de formation aux règles de
l'OMC auquel les personnes intéressées sur l'ensemble du territoire chinois pourront avoir
accès en temps réel. Notre section commerciale organise actuellement une série de
séminaires destinés à faire connaître les principes de l'OMC à des responsables locaux.
Pour sa part, l'Union européenne a affecté environ 23 millions de dollars aux efforts
visant à familiariser les responsables chinois avec les règles de l'OMC, notamment en
matière de protection de la propriété intellectuelle.
Malgré les pressions considérables qui s'exercent sur la Chine pour qu'elle se
conforme aux règles internationales et qu'elle s'acquitte de l'intégralité de ses
engagements, il faut se rappeler que les différends commerciaux ne sont pas à sens
unique. La Chine, elle aussi, aura recours aux mécanismes de l'OMC pour faire valoir ses
griefs contre d'autres membres de cette institution.
En dépit des embûches qui se dressent devant la Chine, le fait est que son
admission à l'OMC est avantageuse tant pour elle que pour le système économique
mondial. La présence de la Chine dans cette organisation va lier inextricablement ce pays
à la communauté économique mondiale, ce qui aura pour effet, à terme, de multiplier les
possibilités d'emploi et d'investissement et de renforcer la stabilité sociale, au fur et à
mesure que l'État de droit régira les transactions économiques en Chine. Les Américains
en retireront eux aussi des avantages du point de vue de l'accroissement des possibilités
d'exporter en Chine, de la création d'emplois aux États-Unis et de la diversification de
leurs choix en ce qui concerne les investissements à l'étranger. À mesure que nos deux
pays verront leurs relations progresser dans le monde du commerce et des affaires, les
contacts directs entre leurs citoyens, l’échange d’idées et les transferts de technologie
prendront eux aussi de l'ampleur. De même, le sentiment croissant d'interdépendance que
suscite l'OMC devrait encourager la Chine et les États-Unis à envisager dans un esprit
commun une vaste gamme de questions touchant à la stabilité économique, à la sécurité
et à la prospérité, ainsi qu'à œuvrer en étroite collaboration en ce sens.
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