eJournal USA: Perspectives économiques

La contribution
des petites entreprises
à l'expansion économique américaine

Derek Leebaert

revue électronique

Sommaire
Introduction
La contribution des petites entreprises à l'expansion écoomique américaine
La petite entreprise à travers l'histoire des États-Unis
Le rôle de l'État dans le développement de la petite entreprise
Le droit américain de la faillite encourage la prise de risques et l'entrepreneuriat
Vous voulez créer votre entreprise ?
Des créateurs de petites entreprises font part de leur expérience
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La contribution des petites entreprises à l'économie et à l'ensemble de la société américaine dépasse de loin le seul montant de leurs dépenses et de leurs bénéfices. Ces entreprises ont tendance à faire preuve de plus d'innovation sur le plan économique que les plus grandes entreprises, à mieux s'adapter à l'évolution des exigences des consommateurs, à donner davantage de possibilités aux femmes et aux minorités et à créer des activités dans des zones défavorisées. « La création, l'exploitation et le développement des petites entreprises s'inscrivent dans le cadre d'un cercle vertueux de créativité et de prospérité croissante qui peut être mis en pratique partout, par des personnes motivées et réfléchies, explique M. Leebaert. Il n'existe aucune recette magique, et souvent l'argent compte moins qu'un savant dosage d'imagination et d'effort. »

Professeur de gestion publique à l'université de Georgetown (Washington), M. Derek Leebaert est coauteur de la trilogie sur la révolution de la technologie publiée par
MIT Press et conseiller auprès de la société d'experts-conseils Management Assessment Partners.

Un étranger de passage aux États-Unis tombera sur un grand nombre de journaux et de magazines consacrés au monde des affaires : The Wall Street Journal, Fortune, Forbes, Business Week, Barron's. À la télévision et à la radio, il sera informé de l'évolution des indices Dow Jones Industrials et S&P 1000, qui correspondent aux hauts et aux bas de la Bourse, c'est-à-dire à la valeur des actions des plus grandes entreprises américaines. L'expression Fortune 500, créée par le magazine Fortune il y a une cinquantaine d'années, fait référence aux plus grandes entreprises du pays : General Motors, General Electric, DuPont, et plus récemment Microsoft et Oracle. En outre, des marques comme Ford, Coca Cola et IBM sont probablement bien connues dans son pays depuis des dizaines d'années. Dans ces conditions, ce visiteur pourrait avoir l'impression que l'économie, l'emploi, l'innovation et les exportations des États-Unis sont exclusivement dus à de tels géants.

De nombreux Américains également ont cette impression, qui est pourtant fausse. Certes les 500 ou 1.000 plus grandes entreprises font couler beaucoup d'encre chez les journalistes ; il n'y a qu'à lire les nombreux articles détaillant les scandales des conseils d'administration et les rachats d'entreprise. Ces entreprises sont bien en vue, exercent une influence politique et, du fait de leur taille et de leur stabilité relative, sont les dépositaires de fonds de pension et d'autres investissements à long terme pour de nombreux Américains. Elles génèrent une grande partie de la production totale de biens et de services des États-Unis. Toutefois, pour appréhender l'ensemble de la production nationale, ainsi que la création d'emplois et l'innovation dans l'économie américaine, et comprendre a fortiori l'origine de ces énormes entreprises, il ne faut pas se contenter des grands titres des journaux et des magazines.

Alimenter la croissance des États-Unis

Les petites et les grandes entreprises ne constituent pas des segments indépendants de l'économie américaine : elles s'achètent les produits des unes et des autres et profitent de leurs innovations réciproques pour susciter la croissance économique. Les plus petites entreprises sont souvent les plus récentes, créées par des particuliers qui se sont établis à leur compte. Leurs activités contribuent en outre à la croissance économique en faisant évoluer les techniques et les pratiques traditionnelles. La croissance économique favorise quant à elle la création d'entreprises en fournissant des débouchés et des moyens de financement aux hommes et aux femmes qui ont l'audace de s'aventurer seul sur les mers agitées d'une économie en croissance constante.

Du fait de cette volonté fréquente de créer et de développer des entreprises, les États-Unis bénéficient d'un tel cycle de croissance plus que tous les autres pays industriels. À des degrés divers, l'entrepreneuriat se manifeste dans tous les quartiers des villes américaines et ne se limite en aucun cas au secteur de la haute technologie qui fait souvent les grands titres de la presse. Une petite entreprise n'est pas nécessairement non plus une nouvelle entreprise, mais elle ne peut se maintenir en vie sans l'ingéniosité d'un entrepreneur, ne serait-ce que pour ne pas succomber à la supériorité des grandes entreprises en matière de trésorerie, de champ d'action et de pouvoir d'achat.

Une petite entreprise ne se définit pas seulement par son chiffre d'affaires ou ses effectifs, et encore moins par sa date de fondation, mais bien plutôt par sa place dans l'économie. Par exemple, dans le secteur industriel, une « petite » entreprise est une entreprise qui emploie moins de 500 personnes, tandis que, dans le secteur de la vente en gros, il se peut qu'une « petite » entreprise n'emploie pas plus de 100 personnes. Du fait de la différence de coût du matériel pour le propriétaire, une entreprise de nettoyage de tapis est, par exemple, considérée comme « petite » si son chiffre d'affaires annuel est inférieur à 4 millions de dollars, tandis qu'une « petite » entreprise du secteur du bâtiment peut avoir un chiffre d'affaires atteignant 30 millions de dollars. Cette précision statistique est exigée pour que ces entreprises puissent bénéficier des programmes de l'État en matière de prêts, de formation et d'avantages fiscaux.

Il existe en fait des « micro-entreprises » qui ont un chiffre d'affaires annuel inférieur à 1 million de dollars, montant relativement insignifiant dans le monde des affaires, pourrait-on penser, alors qu'en fait ces micro-entreprises ne représentent pas moins de 15 % de l'économie américaine. À l'opposé on trouve des « petites fabriques » comptant jusqu'à 500 salariés, bien que la plupart d'entre elles soient des entreprises familiales ; ce sont environ 330.000 entreprises, employant environ 7 millions de travailleurs.

Qu'il s'agisse d'une toute nouvelle entreprise de logiciels employant 2 personnes ou d'une entreprise de transport du matériel de construction, le secteur des petites entreprises alimente l'expansion économique :

  • en constituant 99,7 % de l'ensemble des employeurs américains, ce que signifie que seules 17.000 entreprises, soit 0,3 % de l'ensemble des employeurs, emploient 500 personnes ou plus ;

  • en générant la moitié de la production de l'économie américaine (secteur agricole non compris) et en employant environ la moitié de tous les Américains en dehors de la fonction publique, tout en créant chaque année de 60 à 80 % du nombre net de nouveaux emplois (fonction publique non comprise) ;

  • en constituant 97 % des exportateurs et en produisant 29 % de la valeur totale des exportations américaines, facteurs très importants lorsqu'on considère que les exportations ont représenté environ 25 % de la croissance économique américaine au cours des dix dernières années et contribuent à l'emploi de 12 millions de personnes ;

  • en remportant près de 24 % des marchés publics, allant de la construction de navires à l'impression de brochures.

C'est souvent de petites entreprises que naissent les plus grandes, comme nous le rappelle le trentième anniversaire de la société Apple Computer, qui a été créée en 1976 par 3 membres du club d'informatique Homebrew Computer Club. Toutefois, les 23 millions de petites entreprises américaines n'aspirent pas toutes à se hisser au classement des Fortune 500. Certaines entreprises - comme la brasserie Anchor Steam - se rendent compte que résister à la tentation de se développer peut s'avérer très rentable. La contribution économique de ce type de firme consiste à proposer des produits et des services spécialisés qui ne sont pas offerts par de grandes entreprises, souvent à des prix plus élevés. C'est grâce à la diversité ainsi qu'au dynamisme d'une économie que la croissance se perpétue.

Susciter innovation et souplesse

Les petites entreprises jouent un rôle de catalyseur sur le plan économique. Elles contribuent à la production nationale et à l'ensemble de la société, au-delà des achats et des bénéfices qu'elles génèrent. Considérez les points suivants :

Innovation économique :

  • les petites entreprises déposent de 13 à 14 fois plus de brevets par salarié que les grandes entreprises ;

  • les brevets déposés par des petites entreprises figurent deux fois plus souvent que ceux des plus grandes entreprises parmi le 1 % de brevets auxquels il est le plus souvent fait référence (c'est-à-dire les plus importants) ;

  • les petites entreprises emploient 39 % des travailleurs du secteur de la technologie, tels que des chercheurs, des ingénieurs et des spécialistes des technologies de l'information, et sont à l'origine de la plupart des innovations provenant des entreprises américaines ;

  • ces entreprises sont capables de former de nouvelles alliances et de nouveaux partenariats, contrairement aux grandes entreprises dont les intérêts concurrentiels sont soigneusement délimités, comme on peut le voir en comparant les sociétés de biotechnologie aux géants de l'industrie pharmaceutique américaine.

Souplesse économique :

  • des dépenses élevées en matière de technologies de l'information permettent de s'adapter rapidement à l'évolution des besoins des clients ; les petites et moyennes entreprises effectuent 45 % des dépenses technologiques aux États-Unis ;

  • les entreprises employant de 100 à 1.000 personnes effectuent leurs dépenses technologiques huit fois plus rapidement que les grandes entreprises, ce qui permet à leurs propriétaires d'être encore plus proches des utilisateurs finals de leurs produits ou de leurs services ;

  • en adoptant des techniques de production souples grâce à la fois aux technologies et à de nouvelles pratiques efficaces, les petites entreprises sont en mesure de s'adapter plus rapidement à l'évolution de la conjecture économique ;

  • les petites entreprises absorbent en quelque sorte les fluctuations du marché de l'emploi causées par les réductions d'effectifs et par la mondialisation ; 53 % des petites entreprises sont situées dans le lieu de résidence de leur propriétaire, qu'il s'agisse de salons de coiffure de voisinage ou de services conseils pour d'autres entreprises grandes et petites.

Cohésion sociale :

  • les petites entreprises permettent à de nouveaux travailleurs ou à des travailleurs qui n'étaient auparavant pas suffisamment appréciés de jouer un rôle dans l'économie ; les petites entreprises détenues par des femmes ont par exemple un chiffre d'affaires annuel de près de 1 billion de dollars et emploient plus de 7 millions de personnes ;

  • les petites entreprises ouvrent de plus en plus de possibilités aux membres des minorités, qui, d'après les données du recensement, détiennent 4,1 millions d'entreprises dont le chiffre d'affaires annuel atteint 695 milliards de dollars et qui emploient 4,8 millions de personnes ;

  • les petites entreprises favorisent l'activité économique dans des zones défavorisées. Environ 800.000 entreprises (dont 90 % de micro-entreprises) sont situées dans les quartiers les plus pauvres des 100 plus grandes villes américaines ;

  • les petites entreprises constituent une source de satisfaction professionnelle et d'autonomie. Des études montrent que la création d'une entreprise est due à la volonté de son créateur d'améliorer sa situation, plutôt qu' à l'absence d'autres débouchés. Environ 500.000 entreprises sont créées chaque mois.

« Un cercle vertueux  »

Le secteur des petites entreprises constitue une part importante de l'économie américaine, mais son influence ne se limite pas à sa seule taille, qui est pourtant déjà considérable. À mesure que la prospérité économique dépend davantage de l'application de connaissances que de l'utilisation de matériaux, il est plus important que jamais de faire preuve d'innovation, de souplesse, d'adaptation aux besoins des clients et de spécialisation, qu'il s'agisse de servir des sandwiches ou de créer des logiciels de programmation. Alors que la proportion d'Américains employés par des entreprises du classement Fortune 500 ne cesse de reculer (de 20 % de la population active en 1980 à moins de 9 % aujourd'hui), 9,36 % de la population a fondé sa propre entreprise au cours des dix dernières années.

Il s'ensuit des succès - les deux tiers des nouvelles entreprises employant plus de 1 personne sont encore en activité deux ans après leur création - et de francs échecs, qui ne suscitent aucune condamnation sociale aux États-Unis. En effet, il est toujours possible de retenter l'aventure, peut-être avec une innovation plus au point, une meilleure compréhension des débouchés et de nouveaux partenaires. Créer, exploiter et développer des petites entreprises s'inscrit dans le cadre d'un cercle vertueux de créativité et de prospérité croissante qui peut être mis en pratique partout, par des personnes motivées et réfléchies. Il n'existe aucune recette magique, et souvent l'argent compte moins qu'un savant dosage d'imagination et d'effort.

L'entrepreneuriat et la petite entreprise

Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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