Le rôle de l'État
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Dans la Chine communiste de la fin des années 1970, les paysans d'une commune étaient si affamés et si pauvres qu'ils osèrent l'impensable, quitte à y payer de leur vie : en secret, ils privatisèrent la terre et la divisèrent en lopins. Chacun reçut une petite parcelle, qu'il se mit à cultiver. Ceux qui produisaient plus qu'ils ne pouvaient consommer vendaient leurs excédents. En l'espace d'un an, cette commune naguère miséreuse devint l'une des plus prospères du pays et, est-il besoin de le dire, retint l'attention des dirigeants communistes. Loin de condamner cette idée décidément non orthodoxe, le gouvernement donna son aval à la distribution de lopins privés. On connaît le reste de l'histoire : le tournant capitaliste amorcé par la Chine mit en branle le plus vaste programme antipauvreté dans les annales de l'humanité, lequel sortit des millions de personnes de l'ornière de la misère en l'espace de quelques décennies seulement. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'action de l'État peut avoir un effet considérable sur la création de petites entreprises et sur leur croissance. Dans un monde où trop de gens souffrent de la faim et où les besoins sont grands, la petite entreprise, on le sait, a la capacité non seulement de soulager les souffrances, mais aussi de donner naissance à une solide classe moyenne, de créer une bonne assiette de l'impôt et d'encourager la stabilité de la société. Bref, petite entreprise rime avec bonne affaire. Élargir l'accès aux capitaux Quand j'étais jeune, mon père était propriétaire de plusieurs magasins de moquette. Un jour, pour un de mes devoirs d'école, je devais rédiger une composition sur le métier de mon père. Comme j'avais du mal à concevoir ce que je pouvais dire au sujet d'un « propriétaire d'un commerce de moquette », je lui ai demandé ce qu'il faisait dans la vie. « Eh bien, m'a-t-il répondu, je suis entrepreneur. » Un peu perplexe, je l'ai prié de m'en dire plus. « Un entrepreneur, a-t-il alors ajouté, c'est quelqu'un qui risque de l'argent pour en gagner davantage. » Cette définition est aussi satisfaisante aujourd'hui qu'elle l'était à l'époque, mais j'ai tout de même appris, depuis, que les entrepreneurs aiment prendre des risques modestes et calculés. Dès lors, s'ils veulent promouvoir la petite entreprise, les pouvoirs publics doivent adopter des mesures propres à réduire les risques de l'entrepreneuriat. En effet, les gens seront alors plus disposés à quitter leurs bureaux tout confort pour se mettre à leur compte. Par voie de conséquence, la première mesure à prendre consiste à aider les personnes désireuses de créer une entreprise à trouver les fonds dont elles ont besoin pour sauter le pas. Aux États-Unis, un organisme fédéral, l'Administration des petites entreprises (Small Business Administration ou SBA), a précisément pour tâche d'aider les créateurs d'entreprise à obtenir les fonds dont ils ont besoin pour prendre les risques nécessaires à cet effet. Il est à noter que ce n'est pas la SBA qui consent les prêts, mais qu'elle les garantit. Les banques sont plus susceptibles d'avancer des fonds aux nouvelles entreprises, dont le succès est incertain, quand elles savent que la SBA et l'État fédéral garantissent le remboursement des prêts, quand bien même l'emprunteur ne pourrait pas honorer ses échéances. Le résultat, c'est que l'économie des États-Unis est dynamique et que 99 % de toutes les entreprises sont des petites entreprises. Tout gouvernement qui veut encourager l'initiative privée se doit donc d'établir un fonds commun de prêts garantis par l'État. L'accès aux capitaux constitue le point de départ d'un secteur vivifiant pour les petites entreprises. Enseigner les techniques de l'entrepreneuriat Assurément, de nombreux facteurs interviennent dans la création d'une économie propice au développement de la petite entreprise, mais il va sans dire que l'existence de personnes désireuses de monter leur propre affaire joue un rôle fondamental en la matière. Ceci suppose que ces personnes aient acquis les compétences nécessaires. L'État est en mesure de les y aider de diverses manières. Par exemple, il peut :
Encourager la petite entreprise Il faut non seulement armer les nouveaux créateurs d'entreprise des compétences dont ils ont besoin pour réussir, mais encore soutenir ceux qui se sont lancés dans cette aventure afin d'encourager davantage de personnes à suivre leur exemple. Au Costa-Rica et au Paraguay, la petite entreprise et l'entrepreneuriat sont mis à l'honneur à l'occasion de foires et d'expositions. L'Uruguay décerne des prix aux petites entreprises qui se distinguent par leur contribution à la société. Les possibilités offertes aux pouvoirs publics sont multiples. Par exemple, ils peuvent :
Créer un cadre fiscal et réglementaire adapté La législation fiscale constitue l'un des meilleurs outils à la disposition des pays qui veulent soutenir la croissance des petites entreprises. Aux États-Unis, par exemple, le code fiscal est régulièrement remanié de façon à stimuler la croissance dans tel secteur plutôt que dans tel autre au moyen de crédits d'impôt, d'abattements ou de dégrèvements. En voici un autre exemple : près de 98 % de toutes les entreprises canadiennes sont des petites et moyennes entreprises. Une association de comptables agréés, la Certified Management Accountants of Canada, a récemment recommandé au Parlement canadien d'envisager l'adoption de nouvelles mesures destinées à encourager encore davantage le secteur de la petite entreprise. Elle suggère notamment :
Indépendamment de la baisse des impôts pour encourager la création d'entreprises, il est important d'alléger, et à terme de supprimer, les dispositions réglementaires qui entravent la croissance dans ce secteur. La petite entreprise aura d'autant plus de chance de se développer que la réglementation sera simple. Protéger la propriété intellectuelle Tout État qui souhaite encourager la petite entreprise doit promulguer des lois de nature à protéger les innovations des entrepreneurs. L'innovation forme la clé de voûte de la croissance de la petite entreprise, mais si leurs idées novatrices ne bénéficient pas de la protection de la loi, les entrepreneurs s'abstiendront probablement de prendre les risques nécessaires à l'invention de solutions aux problèmes de la société. Dans la même logique, l'adoption de mesures visant à protéger les brevets, le droit d'auteur et les marques déposées revêt un caractère essentiel. Au bout du compte, tout État désireux de stimuler le secteur de la petite entreprise doit appliquer des mesures qui aident les entrepreneurs à prendre moins de risques et à gagner plus d'argent. C'est simple, et ça marche.
Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.
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