Les pays en développement
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Le cycle de négociations commerciales multilatérales de Doha est dans l'impasse et risque bien de ne pas aboutir. Selon l'Organisation mondiale du commerce (OMC), cette série de négociations sur la libéralisation des échanges était censée être « le cycle du développement » et apporter des avantages en particulier aux pays en développement, lesquels regroupent 1 milliard d'habitants qui vivent avec moins de 1 dollar par jour et 2,6 milliards qui disposent de moins de 2 dollars. Comment une nouvelle série de mesures de libéralisation commerciale aiderait-elle les pays pauvres ? L'ouverture des marchés agricoles La question la plus évidente, et celle qui retient le plus l'attention, a trait au protectionnisme agricole des pays riches. Le Japon protège son marché du riz et d'autres denrées. Les États-Unis et l'Europe subventionnent et protègent leurs agriculteurs. La libéralisation complète du marché agricole des pays riches se traduirait immédiatement par un gain annuel de 26 milliards de dollars pour les pays en développement, selon des estimations récentes de la Banque mondiale. Cette somme représente environ la moitié des apports annuels d'aide des pays riches aux pays pauvres. C'est dire l'importance que revêt l'ouverture des marchés agricoles dans les pays riches. Un autre aspect, dont on parle moins, est le fait que l'ouverture du marché agricole des pays en développement se traduirait pour ces derniers par des gains du même ordre, voire légèrement supérieurs, aux alentours de 28 milliards de dollars par an. Ceci s'explique en partie par le fait que la libéralisation des échanges permettra à chaque pays d'accroître son offre de biens et de services qu'il produit de manière efficace et de les vendre à meilleur prix. Un autre avantage qui découle des échanges, c'est que les consommateurs achèteront à moindre prix les biens et les services dont la production n'est pas particulièrement rentable dans leur pays. De surcroît, la libéralisation dans les pays en développement aurait pour effet de stimuler les échanges Sud-Sud (c'est-à-dire les échanges entre pays en développement), ce qui procurerait des avantages à d'autres pays pauvres. Là où elle est réalisable, la libéralisation du marché des denrées de consommation courante peut en particulier faire reculer la pauvreté dans la mesure où ces produits représentent une grande partie des dépenses des ménages pauvres des pays en développement. La baisse des droits de douane sur les produits industriels Si le dossier de l'agriculture retient une attention considérable dans le cadre des négociations commerciales, il faut noter que la libéralisation accrue du marché des produits industriels mérite tout autant notre intérêt. Beaucoup de pays en développement sont aujourd'hui des producteurs efficaces de biens industriels, en particulier dans les secteurs du textile et de l'électronique, à forte intensité de main-d'œuvre. En fait, 80 % des exportations des pays en développement portent sur des produits industriels. C'est dans les pays riches que se trouvent les marchés des produits industriels les plus vastes, mais les droits de douane perçus sur les importations y sont déjà relativement faibles. À l'heure actuelle, environ les deux tiers de tous les droits de douane payés par les producteurs des pays en développement sur les produits industriels sont versés à d'autres pays en développement parce que les taux de ces droits douane ont tendance à être plus élevés dans le tiers monde. Dès lors, les pays en développement ont beaucoup à gagner à s'ouvrir les uns aux autres. Les entreprises rentables pourront ainsi accroître leur production et parvenir à des économies d'échelle, et on assistera à une spécialisation accrue, phénomène que l'on a observé ces dernières dizaines d'années dans le contexte de l'intégration européenne. L'expression de « cycle de développement » peut amener d'aucuns à penser que l'objectif principal de ces négociations consiste à obtenir des pays riches qu'ils suppriment leurs obstacles à l'importation de biens en provenance des pays pauvres. Or, une telle démarche à elle seule ne procurerait aux pays en développement que la moitié des avantages que ceux-ci sont en droit d'attendre d'un système commercial encore plus ouvert. La moitié des avantages dont ils pourraient bénéficier découleraient de l'amélioration de leur accès au marché des autres pays en développement. Des avantages dynamiques Les avantages dont j'ai parlé jusqu'à présent correspondent à ce que les économistes qualifient d'« avantages statiques » - autrement dit, des gains susceptibles de se manifester rapidement en fonction des capacités actuelles de production. La libéralisation complète des échanges amènerait les pays industriels à réduire leur production de certaines denrées agricoles, tandis que cette production prendrait de l'essor dans les pays en développement suffisamment pourvus en terres cultivables et en eau. De même, les pays en développement parviendraient à accroître leur production et leurs exportations de produits industriels à forte intensité de main-d'œuvre, alors que les pays industriels se tourneraient davantage vers la production de machines lourdes, de produits à forte composante technologique et de services. Mais par-delà ces avantages statiques, il existe aussi d'importants avantages dynamiques. Difficiles à quantifier, ces effets dynamiques l'emportent, il est permis de le croire, en importance sur les avantages statiques. Ce qu'on entend par l'expression « avantages dynamiques », c'est que le fait d'entrer en rapport avec le marché mondial tend à stimuler les innovations et l'accroissement de la productivité au niveau de l'entreprise. Les innovations ne se limitent pas aux grands progrès technologiques ; la plupart du temps, elles se manifestent sous la forme de modestes modifications des procédés techniques ou des produits d'une entreprise. Les entreprises qui fonctionnent dans un marché protégé ont tendance à se reposer sur leurs lauriers, alors qu'un marché concurrentiel de grande envergure devient un vivier de bonnes idées et stimule la production de haute qualité. Par ailleurs, un marché vaste permet une division plus fine du travail. Un pays en développement qui abaisse ses barrières à l'importation de produits industriels va normalement constater que ses entreprises s'insèreront dans des réseaux mondiaux de production au sein desquels les composants et les activités nécessaires à l'élaboration finale d'un produit proviennent de divers pays. Pour que les pays en développement participent à ces complexes réseaux mondiaux de production, il faut que leur climat en matière d'investissement soit propice au démarrage des entreprises et à leur expansion. En outre, ils doivent disposer d'une infrastructure de transport qui les relie au reste du monde et d'une administration douanière efficace. Un dernier point à noter au sujet du cycle de Doha concerne la libéralisation des services. Un grand nombre de services modernes contribuent à la création d'un climat favorable aux investissements : citons, entre autres, les services dans les domaines de la finance, de l'assurance, de la logistique, de la gestion portuaire et des transports. En libéralisant l'importation de ces services modernes, les pays en développement peuvent améliorer leur climat en matière d'investissement pour que leurs entreprises puissent tirer plus facilement parti des débouchés sur le marché mondial.
Les dirigeants politiques doivent faire preuve de courage Un cycle de libéralisation commerciale de grande envergure se traduira par des avantages pour tous les pays membres de l'Organisation mondiale du commerce. Si c'est vrai, pourquoi leur est-il si difficile de se mettre d'accord ? Tout le monde le sait : le problème politique de la libéralisation des échanges, c'est que l'ouverture des marchés, si elle apporte des avantages diffus à l'ensemble de la population, impose aussi des coûts d'ajustement élevés dans certains secteurs précis de l'économie. Bien évidemment, les agriculteurs des pays riches qui bénéficient de mesures de protection plaident contre la libéralisation des échanges dans leur secteur. Les entreprises des secteurs secondaire et tertiaire des pays en développement, elles-mêmes protégées, en font autant. Il faut donc que les dirigeants politiques de chaque pays fassent preuve de courage pour parvenir à un accord. C'est une question de bon sens et d'humanité que de se soucier des perdants et de concevoir dans toute la mesure du possible des plans de compensation à même de leur faciliter la transition. Beaucoup de pays se sont dotés de programmes d'aide à l'ajustement pour aider les travailleurs à se recycler ou à s'installer ailleurs, en leur donnant ainsi les moyens de tirer parti des débouchés nés de l'expansion du commerce. D'autres cycles de libéralisation des échanges sont sortis de l'impasse à la dernière minute. Dans l'intérêt des pays pauvres, il faut espérer que des dirigeants politiques courageux seront de part et d'autre à la hauteur des enjeux. L'aboutissement des négociations de Doha exige que l'on fasse de gros progrès sur le dossier du protectionnisme agricole des États-Unis, de l'Europe et du Japon. Toutefois, les pays en développement doit aussi faire preuve de courage politique, en particulier dans les grands pays en développement qui ont déjà beaucoup profité de la mondialisation. La poursuite de la libéralisation des échanges pour les produits industriels et les services répond indiscutablement à l'intérêt des pays en développement, mais les dirigeants de ces pays devront en convaincre leurs concitoyens et trouver les moyens de venir en aide aux travailleurs temporairement lésés pendant la phase de transition. Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis ni les vues de la Banque mondiale et de ses États membres. |
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