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L'étiquetage des aliments : deux points de vue
Peu de questions relatives à l'alimentation suscitent
autant de controverses que l'étiquetage des aliments. Alors que tout le monde convient
qu'on devrait fournir aux consommateurs du monde entier des renseignements exacts sur
la valeur nutritionnelle des produits alimentaires, la nature exacte des informations à
inscrire sur les étiquettes fait l'objet de négociations internationales en cours au sein de la
Commission du Codex alimentarius, organisme auxiliaire de l'Organisation des Nations
unies pour l'alimentation et l'agriculture et de l'Organisation mondiale de la santé, qui a
pour mission de faciliter l'harmonisation des normes en matière de sécurité sanitaire des
aliments
Les deux points de vue différents qui sont exposés dans les deux articles ci-après
donnent une idée complète de la tournure du débat en cours aux États-Unis sur cette
question. Pour Mme Ellen Matten, analyste de la politique internationale, du Bureau du
Codex alimentarius aux États-Unis, l'inscription sur les étiquettes des aliments du pays
d'origine de leurs ingrédients constituerait une charge pesante, principalement pour les
exportateurs des pays en développement et ne présenterait pas d'avantages
supplémentaires pour les consommateurs sur le plan de la sécurité sanitaire. Elle estime
en outre que la mention sur l'étiquette de la présence d'aliments transgéniques, s'il n'existe
pas de preuve que la composition, la valeur nutritionnelle ou l'utilisation prévue du
produit ont été modifiées, risque d'être interprétée par de nombreux consommateurs
comme un avertissement du danger du produit en question pour la santé. De leur côté,
Mme Kristin Dawkins et M. Neil Sorensen, de l'Institut de politique agricole et
commerciale, déclarent que l'absence de renseignements sur les effets à long terme des
aliments génétiquement modifiés milite en faveur d'un étiquetage
obligatoire.
L'étiquetage des aliments dans le Codex alimentarius
Ellen Matten, analyste de la politique internationale, du bureau du Codex alimentarius
aux États-Unis
Le commerce international des produits alimentaires s'est considérablement
développé au XXe siècle. Parallèlement, les pays ont adopté à leur sujet un certain
nombre de lois et de normes techniques qui créent des obstacles de plus en plus
préoccupants pour l'industrie alimentaire.
La Commission du Codex alimentarius a été créée en 1962 par deux institutions des
Nations unies - l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture et l'Organisation
mondiale de la santé - en réponse à ces préoccupations. Les responsables pensaient alors
que si tous les pays harmonisaient leurs lois relatives à l'alimentation et adoptaient des
normes mondialement reconnues, ces problèmes seraient automatiquement résolus. Selon
eux, cette harmonisation devait entraîner une réduction des obstacles au commerce et
accroître la liberté du commerce des produits alimentaires sur le marché mondial, ce qui
profiterait aux agriculteurs et contribuerait à l'atténuation de la faim et de la pauvreté dans
le monde. La Commission du Codex alimentarius est le principal mécanisme
international qui encourage un commerce alimentaire mondial équitable tout en favorisant
la santé et les intérêts économiques des consommateurs.
L'expansion constante du marché mondial de l'alimentation confère à cette
commission une pertinence particulière. Les avantages présentés par l'adoption de normes
universelles pour la protection des consommateurs sont évidents.
L'Accord sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires et l'Accord
sur les obstacles techniques au commerce encouragent l'un et l'autre l'harmonisation des
normes alimentaires. Issu du cycle d'Uruguay, le premier accord cite les normes, les
directives et les recommandations de la Commission du Codex alimentarius en tant que
mesures internationales propres à promouvoir le commerce alimentaire international. Ces
normes sont désormais les critères utilisés pour l'évaluation des mesures et des règlements
nationaux dans le cadre des accords d'Uruguay.
La Commission du Codex alimentarius a créé le Comité sur l'étiquetage des
denrées alimentaires (CCFL) en 1965. Elle considérait en effet que l'étiquetage des
produits alimentaires était le principal moyen de communication entre le producteur et le
vendeur d'aliments, d'une part, et l'acheteur et le consommateur, d'autre part. Ce comité
s'attaque aux gros problèmes qui surgissent quand la multiplicité des règles en matière
d'étiquetage risque d'entraver les échanges. Les problèmes actuellement à l'étude se
rapportent à la mention sur les étiquettes du pays d'origine et de la présence d'aliments
transgéniques ainsi qu'à la fiabilité de ces renseignements.
L'inscription du pays d'origine
De nombreux pays exigent la mention du « pays
d'origine » sur l'étiquette des aliments vendus sur leur territoire. Selon le
critère général du Codex pour l'étiquetage des produits alimentaires préemballés, le pays
d'origine doit figurer sur l'emballage du produit si son omission risque d'induire le
consommateur en erreur. La plupart des pays, y compris les États-Unis, ont déjà une
réglementation qui exige la mention du pays d'origine sur l'étiquetage des aliments.
Des discussions sont actuellement en cours, au sein du CCFL, sur la question de savoir si
les exigences actuelles en matière de pays d'origine devraient être étendues à l'origine des
divers ingrédients entrant dans la composition des aliments. Certains pays estiment que
l'imposition d'une telle règle constituerait une charge pesante, peu pratique et ne
présenterait aucun avantage supplémentaire pour le consommateur. En outre, rien ne
justifie de tels changements pour des considérations de sécurité alimentaire.
Certains pays, dont les États-Unis, estiment qu'il est particulièrement difficile d'ajouter à
l'indication de l'origine d'un aliment celle de ses ingrédients. En effet, ces ingrédients
peuvent être obtenus par les fournisseurs de pays différents, à des moments différents de
l'année ou provenir de nombreux pays, avant d'être mélangés les uns aux autres. Les
différences de disponibilité et de qualité des ingrédients risquent d'influencer leur
utilisation ainsi que les décisions des entreprises agro-alimentaires en matière de
production. Les fabricants des ingrédients, les intermédiaires et les entreprises de
transformation et de traitement des produits alimentaires seraient constamment tenus de
séparer les ingrédients en provenance de pays différents afin de respecter les exigences
relatives à leur origine et d'utiliser une multitude d'étiquettes différentes correspondant à
toute combinaison éventuelle de sources d'ingrédients. Cette exigence constituerait une
charge particulièrement pesante pour les pays en développement.
C'est pourquoi des travaux sur l'harmonisation des règles d'origine ont lieu
depuis plusieurs années au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec
l'assistance technique de l'Organisation mondiale des douanes, dans le cadre de l'accord
de l'OMC sur les règles d'origine conclu en 1994.
Les règles commerciales internationales en vigueur dans le cadre de l'accord de
l'OMC sur les obstacles techniques au commerce interdisent que les règles techniques - y
compris les exigences en matière d'étiquetage - créent des obstacles non nécessaires au
commerce international. Ces règles ne doivent pas être plus restrictives que cela n'est
nécessaire pour remplir certains objectifs légitimes dûment définis. Le fait d'étendre aux
ingrédients d'un aliment les exigences relatives au pays d'origine du produit créerait très
probablement un obstacle non nécessaire au commerce sans justification légitime ou
reconnue sur le plan international.
L'étiquetage des aliments issus de la biotechnologie moderne
Le problème d'étiquetage le plus complexe et le plus controversé sur la scène
internationale est probablement celui de l'étiquetage des aliments obtenus à l'aide de la
biotechnologie moderne. Un consensus semble exister, au sein du CCFL, sur la nécessité
de l'étiquetage des aliments issus de la biotechnologie moderne et des changements
importants apportés à leur composition, à leur valeur nutritionnelle ou à leur utilisation
prévue, ainsi que sur l'importance de fournir de tels renseignements aux consommateurs.
Le CCFL est parvenu à un consensus sur l'étiquetage des allergènes contenus dans des
aliments issus de la biotechnologie moderne et il estime que de telles dispositions aident
et protègent considérablement les consommateurs. Il n'existe cependant pas de consensus,
au sein des pays membres de la Commission du Codex alimentarius, sur un étiquetage
obligatoire indiquant la méthode de production des aliments issus de la biotechnologie
moderne.
Certains pays pensent que l'étiquetage obligatoire indiquant la méthode de
production des aliments transgéniques pourrait être considéré par de nombreux
consommateurs comme un signal que le produit est dangereux pour la santé, rendant ainsi
l'étiquetage fallacieux et inopportun en tant que directive internationale obligatoire. Les
aliments issus de la biotechnologie ne sont pas intrinsèquement moins sains que les
produits alimentaires traditionnels.
Ces mêmes pays craignent que le texte des directives que le CCFL est en train
d'élaborer ne tienne pas compte des conséquences pratiques qui devront être prises en
considération par les pays avant l'application de l'étiquetage indiquant la méthode de
production des aliments. Plus précisément, le texte en question ne traite pas de nombreux
problèmes techniques qui n'ont pas encore été résolus et qui risquent de rendre
problématique l'application d'un tel étiquetage. Les États-Unis estiment que le Comité
devrait étudier la question plus soigneusement et plus à fond et tenir compte des
nombreuses conséquences susceptibles de rendre problématique tout étiquetage indiquant
la méthode de production de l'aliment, avant de recommander qu'une telle approche
devienne la norme sur le plan international.
L'étiquetage trompeur des aliments
Les consommateurs du monde entier ont de plus en plus accès à de nouveaux
produits alimentaires et aux informations les concernant. Tout en étant généralement
positive, cette évolution n'en soulève pas moins des préoccupations sur le danger que
courent les consommateurs d'être induits en erreur par l'étiquetage des aliments. Cette
question est très importante pour la Commission du Codex alimentarius en raison de
l'énorme risque que poserait un étiquetage alimentaire fallacieux sur la santé des
consommateurs et sur le commerce alimentaire. Des renseignements exacts mais
équivoques pourraient inciter les consommateurs à arriver à des conclusions incorrectes.
La présence ainsi que l'absence d'informations dans le libellé de l'étiquette entrent en jeu
dans sa fiabilité.
L'influence de la culture est particulièrement importante pour comprendre
pourquoi les consommateurs de différents pays interprètent différemment des
renseignements identiques. La culture peut être définie comme l'ensemble des valeurs,
des préférences et des règles acceptables de conduite transmis d'une génération à l'autre
par les habitants d'un pays ou d'une région donnés. Ces différences culturelles influencent
les conclusions que les consommateurs sont susceptibles de tirer de l'examen d'une
étiquette, d'un logo ou d'une image. C'est pourquoi la même information peut conduire à
des conclusions erronées dans une culture et pas dans une autre. Par exemple, les
consommateurs d'un pays pourraient prendre pour de l'argent comptant des termes tels
que « supérieur » ou « meilleur »
tandis que d'autres n'en tiendraient aucun compte, les considérant comme une exagération
typique du langage publicitaire.
Les informations trompeuses prennent souvent la forme de déclarations, de
symboles ou d'images qui, tout en étant exacts au sens littéral, amènent cependant les
consommateurs à des conclusions erronées. L'interprétation de informations équivoques
peut être influencée par des facteurs tels que la culture, les connaissances ou le degré
d'instruction du consommateur et par le libellé des étiquettes. Une étiquette peut se
révéler trompeuse pour un groupe ou une culture mais pas pour d'autres. Elle peut l'être
de différents façons, par exemple en raison de l'omission d'un détail, du manque de
précision de son libellé, de l'utilisation d'un langage ou de symboles prêtant à confusion,
parce que le consommateur interprète incorrectement la mention ou l'absence de mention
d'une propriété du produit, ou encore parce qu'un témoignage favorable au produit est
utilisé abusivement. Il est possible d'éviter de diverses façons les indications trompeuses
figurant sur l'étiquetage, par exemple en exigeant du fabricant des précisions
supplémentaires, en établissant des normes ou en interdisant les indications jugées
fondamentalement trompeuses.
La Commission du Codex alimentarius et le CCFL vont continuer à élaborer des
recommandations, des directives et des normes dans le domaine de l'étiquetage des
aliments, conformément à leur mission qui consiste à améliorer la communication entre
les producteurs et les vendeurs, d'une part, et les acheteurs et les consommateurs
d'aliments, d'autre part. Il se peut que certains obstacles au commerce soient levés et que
les denrées alimentaires circulent plus librement d'un pays à un autre, ce qui servirait les
intérêts des agriculteurs tout en aidant à atténuer la faim et la pauvreté.
L'étiquetage et la traçabilité des aliments transgéniques
Kristin Dawkins, vice-présidente, et Neil Sorensen, associé pour les programmes, de
l'Institut de la politique agricole et commerciale
Les États-Unis donnent depuis longtemps l'exemple au monde en matière de
législation et de réglementation en faveur de la sécurité sanitaire des aliments. Dès 1902,
le Congrès a voté les crédits nécessaires à la réalisation d'une étude relative aux effets des
agents de conservation et des colorants chimiques sur la digestion et sur la santé. Le
soutien dont les lois fédérales sur l'alimentation et les produits pharmaceutiques jouissent
auprès du public n'a fait que croître depuis lors.
En 1906, le président Théodore Roosevelt a promulgué la loi Wiley qui
interdisait la vente d'aliments ou de produits pharmaceutiques dont l'étiquetage était
inexact ou qui avaient été falsifiés. En 1943, lors de l'affaire Dotterweich, la Cour
suprême des États-Unis a statué que les dirigeants d'une société et cette société elle-même
pouvaient être poursuivis en justice pour infraction à la législation sur les produits
alimentaires et pharmaceutiques. La loi fédérale de 1954 sur les produits alimentaires,
pharmaceutiques et cosmétiques comprend la disposition Delaney qui interdit la présence
dans les aliments de résidus de pesticides ou d'additifs alimentaires qui se sont révélés
cancérigènes chez les animaux. En 1962, le président Kennedy a demandé au Congrès
d'élaborer une déclaration des droits du consommateur qui comprendrait le droit à la
sécurité sanitaire, le droit de choisir, le droit de se faire entendre et le droit d'être informé.
En 1966, les États-Unis ont adopté une loi sur le conditionnement et l'étiquetage qui exige
que tous les produits de consommation préemballés vendus dans divers États du pays
soient étiquetés de façon honnête et explicite. L'Administration des produits alimentaires
et pharmaceutiques (FDA) a appliqué jusqu'ici cette loi aux aliments classiques.
La garantie d'une protection adéquate
Il convient de ne pas sous-estimer l'importance du rôle primordial des États-Unis
en matière de sécurité sanitaire des aliments ni de le réduire pour ce qui est de l'adoption
de mesures judicieuses portant sur la qualité sanitaire des aliments transgéniques et la
protection du consommateur. Les États-Unis devraient plus que jamais suivre la voie
qu'ils ont ouverte il y a longtemps et élaborer la réglementation la plus complète et la plus
rigoureuse possible pour protéger la santé de tous les Américains et, finalement, de tous
les habitants de notre planète.
Vu les progrès de la biotechnologie agricole, il incombe aux États-Unis de
renforcer la réglementation applicable aux aliments et d'adopter des règles générales sur
la vérification de la sécurité sanitaire, l'étiquetage et la traçabilité de tous les aliments
destinés à l'homme et aux animaux, et cela avant la mise de ces produits sur le marché.
Nous entrons dans une nouvelle phase où les chercheurs ont franchi les frontières de la
biologie et peuvent extraire des informations génétiques, les ajouter aux aliments et les
manipuler de toutes les manières imaginables. Ces possibilités s'accompagnent d'une
responsabilité encore plus grande, celle de veiller à ce que l'approvisionnement
alimentaire soit protégé de façon adéquate et de limiter le risque de toute conséquence
négative éventuelle de l'introduction de substances génétiques étrangères dans
l'alimentation. Si nous choisissons de ne pas assurer la traçabilité des ingrédients et de ne
pas contrôler la composition de l'alimentation humaine et animale, nous ne pourrons ni
remédier à des conséquences potentiellement dangereuses ni déterminer les sources de
contamination, et encore moins respecter notre loi sur le conditionnement et l'étiquetage
des produits.
La Commission du Codex alimentarius est l'organe chargé de la compilation des
normes, des codes de conduite, des directives et des recommandations qui constituent le
code alimentaire, ou Codex alimentarius, pour l'Organisation mondiale de la santé et pour
l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Cette commission
recommande que la présence, dans tout aliment ou ingrédient issu de la biotechnologie,
d'un allergène provenant de graines de soja, du lait et de produits laitiers ainsi que de
nombreux autres aliments dont les propriétés allergènes sont connues, soit indiquée
comme telle sur l'emballage. Elle recommande également que les aliments génétiquement
modifiés fassent l'objet d'une gestion des risques conformément au projet de principes du
Codex régissant l'analyse des risques d'aliments issus de la biotechnologie moderne, avant
que leur commercialisation ne soit envisagée.
Les normes d'évaluation de la sécurité sanitaire des aliments reposent sur une
comparaison entre les aliments transgéniques ou leurs ingrédients et les variétés de
plantes cultivées selon les méthodes traditionnelles. Ces normes tiennent compte à la fois
des effets voulus ou involontaires pour identifier les risques et les changements nouveaux
ou différents présentés par les principaux éléments nutritifs. La gestion des risques devrait
au moins comprendre la vérification des conclusions sur l'absence ou l'apparition
éventuelle d'effets et sur leur importance pour la santé du consommateur et contrôler les
changements de niveau de consommation des éléments nutritifs pour déterminer leur effet
sur la santé de l'homme.
En outre, le projet de directives du Codex sur l'évaluation de la sécurité sanitaire
des aliments issus de plantes obtenues à l'aide de recombinant ADN déclare que les
études sur les animaux ne peuvent pas être appliquées à l'analyse des risques associés à
des aliments non transformés, qui sont des mélanges complexes d'ingrédients dont la
composition et la valeur nutritionnelle varient grandement. Le projet ajoute qu'il peut
donc être extrêmement difficile de détecter tout effet adverse éventuel et de le lier de
façon conclusive à une caractéristique particulière de l'aliment en question.
La FDA et l'équivalence en substances
Contrairement au projet de directives du Codex, l'Administration des produits
alimentaires et pharmaceutiques (FDA) des États-Unis ne procède à une vérification de
l'innocuité des aliments que sur les animaux, en particulier les souris. Les renseignements
ainsi recueillis sont utilisés pour justifier le principe de l'équivalence en substances qui,
selon un avis publié en 1992 dans le journal officiel des États-Unis, signifie que la FDA
réglemente les aliments transgéniques en appliquant des règles identiques à celles qui
régissent les plantes obtenues au moyen de techniques classiques de reproduction. Un
rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et de
l'Organisation mondiale de la santé, en date de juin 2000, qui porte sur les aliments issus
de la biotechnologie, définit tout à fait différemment l'équivalence en substances. Les
auteurs de ce rapport concluent que la notion de l'équivalence en substances ne constitue
qu'un point de départ et que de nouvelles évaluations de la sécurité sanitaire consisteront
à établir l'innocuité des différences constatées dans le nouveau produit de manière que
l'on puisse établir la sécurité sanitaire de l'aliment en question.
En 2001, l'Union européenne a abandonné le principe de l'équivalence en
substances et opté pour une évaluation scientifique plus rigoureuse des risques. Les
mesures que va prendre la nouvelle Autorité européenne pour la sécurité alimentaire
(AESA) couvrent maintenant les risques pour l'environnement ainsi que la santé et la
sécurité alimentaire humaines et animales ; ses avis doivent être communiquées au
public aux fins de consultation. L'Union européenne recourt à une méthode démocratique
par laquelle une majorité de pays membres votent au sein de la commission de
réglementation de l'Autorité pour autoriser ou rejeter un produit.
En ce qui concerne les directives facultatives d'étiquetage de la FDA, cette
dernière indique qu'elle a reçu plus de 50.000 commentaires sur sa politique concernant la
sécurité sanitaire et l'étiquetage des aliments transgéniques et que la plupart d'entre eux
sont favorables à la mention obligatoire de la présence d'aliments transgéniques. La FDA
rejette les préoccupations exprimées au sujet des conséquences éventuelles, à long terme,
des aliments transgéniques sur la santé et l'environnement, concluant que
« ces commentaires étaient principalement l'expression de la peur de
l'inconnu ». Quoi qu'il en soit, dans sa stratégie d'évaluation de la sécurité et
de la gestion des risques, la FDA n'a pas tenté de documenter les faits matériels relatifs
aux aliments transgéniques et à la sécurité sanitaire des aliments. La FDA prétend qu'
« on ne dispose pas, à l'heure actuelle, de méthodes de contrôle fiables pour
de nombreux aliments », alors qu'en fait, les essais quantitatifs rapides sont
maintenant courants et peu coûteux.
La plupart des principaux partenaires commerciaux des États-Unis ont institué
des règles d'étiquetage pour les aliments transgéniques destinés à l'homme et aux
animaux. Il convient en particulier de noter que l'Union européenne et la Chine exigeront
un étiquetage et une traçabilité rigoureux, menaçant ainsi le gagne-pain des agriculteurs et
des industriels américains qui souffrent déjà du manque de contrôle de la biotechnologie
par les autorités.
Consigne pour les États-Unis
En conclusion, les États-Unis devraient adopter une réglementation exigeant la
réalisation d'essais complets en matière de sécurité alimentaire, l'étiquetage et la
traçabilité des aliments transgéniques pour l'homme et les animaux afin de protéger la
santé de leur population et l'environnement et de veiller à maintenir leurs échanges avec
leurs principaux partenaires économiques. Les États-Unis ont le devoir de continuer à
jouer un rôle de premier plan dans la mise au point de mesures judicieuses en vue de
garantir la sécurité sanitaire des aliments dans le monde entier. En ce qui concene les
aliments génétiquement modifiés, ils sont en train de prendre rapidement du retard.
Par ailleurs, les États-Unis devraient renoncer au principe de l'équivalence en
substances et adopter officiellement les stratégies d'évaluation de la sécurité sanitaire et
de la gestion des risques contenues dans le projet de principes et directives de la
Commission du Codex alimentarius.
Note : les opinions exprimées dans l'article de Mme Kristin Dawkins et
de M. Neil Sorensen ne reflètent pas nécessairement le point de vue ou la ligne d'action
du département d'État des États-Unis.
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